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Le
"comme si !" dans l'hypnothérapie du
possible
M.
Yves Halfon
Psychologue
La pensée analogique mobilisée en hypnose
renvoie aux processus primaires (représentations,
affects) mis en jeu dans la pensée magique.
L'irrationnel naît des périodes d'incertitude,
de déstabilisation chez l'individu : périodes
de crise (deuil, séparation, conflit), changement
de cycle de vie, maladies, etc.
Et au lieu de combattre cette morbidité imaginaire,
ces croyances pathogènes par la raison, la logique
qui montrent leur insuffisance, il semble préférable,
en pratiquant l'hypnose, d'utiliser les processus imaginaires
associés à la pensée magique, voire
à la pensée religieuse que l'on retrouve
dans toutes les cultures, équivalent de la pensée
prélogique, dominante chez l'enfant et jamais disparu
chez l'adulte malgré le développement du
raisonnement et de la logique.
Le rituel hypnotique, par le cadre, les interactions,
les ratifications (par exemple de la catalepsie, de la
lévitation, etc.) et en particulier le " comme
si " semble être un rituel laïcisé,
raisonnable, de ces approches anciennes qui devaient amener
la guérison.
Le " comme si " c'est construire un "
monde du possible ". La personne en utilisant cette
pratique, dans la transe hypnotique s'échappe
de la contrainte de la répétition du réel,
en jouant avec son imagination, elle peut établir
des projets ; elle peut les décrire par avance,
avant même toute réalisation.
Le " comme si " ne s'oppose pas à la
réalité ; son but est de casser la duplication
de la réalité, d'être une alternative
à la réalité, rejouée par
le patient, surtout, quand cette répétition
imaginaire projette le patient dans le morbide et l'impuissance.
Le procédé du " comme si " encourage
la personne à se fabriquer mentalement une réalité
différente, " juste pour voir ", mais
cette représentation mentale induit à
son tour des modifications sur les plans intellectuel,
émotionnel et physiologique.
Le " comme si " entre dans la composition
de toute suggestion, il est constitutif de la suggestion
: en réalisant la suggestion, le patient s'engage
à accepter la réalité de quelque
chose qui ne faisait pas encore partie de ses représentations
mentales, conscientes, mais étaient encore une
potentialité inconsciente ; cette proposition
du " faire semblant " ne s'oppose pas de front
aux croyances du sujet, elle les contourne et les déstabilise.
Cela va dans les deux polarités du possible
: les ténèbres ou la lumière. Le
rôle du praticien c'est d'amener le patient vers
la lumière, le soulagement et l'autonomie. Une
lueur dans l'obscurité qui peut devenir lumière,
et le " faites comme si " devient un des fils
conducteurs qui mènent à la lumière.
Quand la personne " fait semblant ", la personne
crée un fonctionnement nouveau ; elle s'autorise
à vivre de nouvelles expériences, ressentir
de nouvelles sensations, éprouver des sentiments
peu développés en elle, simplement parce
qu'elle accepte de créer avec son imagination
un changement, de contourner ses croyances limitatives.
Proposer de se " comporter comme si " rompt
un cercle vicieux : celles des fausses croyances intégrées
dans l'enfance.
L'emploi du " comme si " est le sésame
qui ouvre le contrôle de l'imagination. On retrouve
ce processus implicitement dans toutes les approches
centrées sur le futur, un futur meilleur. Cependant
la transe hypnotique est nécessaire pour contourner
les pensées limitatives conscientes du sujet
: " Je n'y arriverai pas ", " C'est toujours
comme cela ", " J'ai tout essayé "
Le praticien doit aussi croire que le changement est
possible chez le patient, c'est l'effet " Rosenthal
", appliqué à la relation.
Hôpital maternité du Belvédère
à Mont Saint Aignan
Hypnothérapeute au Centre de traitement de la
douleur, CHU de Rouen
Enseignant, Responsable de la formation à l'hypnoanalgésie
dispensée par l'Institut Français d'Hypnose
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son intervention
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