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L'imagination
créatrice et l'état natif de conscience
Michel Cazenave
Philosophe et Ecrivain
Depuis les grands textes de Platon et
d'Aristote sur la mimesis, la tradition occidentale
s'est toujours méfiée de l'imagination,
considérée sous l'ordre du faux et de
l'illusoire : il ne s'agit jamais que de la capacité
de représentation d'un objet absent, ou, comme
chez Descartes ou Malebranche, d'une création
de l'âme sous l'action funeste des passions qui
l'empoisonnent.
Pourtant, après Plotin et Saint-Augustin, mais
surtout de Jamblique à Proclus, tout le néo-platonisme
va peu à peu réévaluer le statut
de l'imagination, faisant le départ entre ce
que l'on pourrait appeler aujourd'hui imaginaire et
imagination réelle (distinction reprise dans
tout le courant hermétique et dans l'alchimie
par la formule : imaginatio vera, non phantastica),
cette philosophie va considérer l'imagination
comme un instrument de connaissance et un processus
de création successivement psychique, spirituel
et proprement métaphysique.
En particulier, le néo-platonisme soufi, dans
la foulée d'Ibn'Arabi, va créer le concept
de mundus imaginalis, de " monde imaginal "
suscité par la puissance d'une imagination créatrice.
Ce sont des conceptions parallèles que l'on
retrouvera dans les uvres de Paracelse ou de Jakob
Boehme, annonçant ces pouvoirs de l'imagination
qu'invoquera la commission royale d'enquête sur
les cures de Mesmer - permettant sans doute de comprendre
dans une conception réglée et rationnellement
construite la vérité pratique de cette
imagination que l'on retrouvera tout autant dans les
procédés de l'imagination active de Jung,
que dans beaucoup d'écoles contemporaines d'hypnose,
ou dans les coutumes de cultures extra-occidentales.

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