POLARITES
CONVULSIVES : TOMBEAU, ALTERITE
Daniel
VIDAL
Directeur
de Recherche au CNRS, Centre d'Etude des Mouvements
Sociaux, E.H.E.S.S.
A Lyon, au premier tiers du XIXème
siècle, dans le foisonnement des enthousiasmes
de toutes propensions, œuvre un groupe convulsionnaire
dans l'héritage revendiqué du port-royalisme
du XVIIe siècle et des sociétés
miraculistes et convulsives du XVIIIème. Figure
éminente de ce groupe : sœur Isaac, juive convertie.
Sœur de transe - cette mise en absolu de l'énergétique
du corps, pour des raisons de connaissance du mal qu'il
conviendra d'expliciter - , elle est sœur de transit.
Par elle en effet, son corps et son dire, l'un en travail
d'extase, l'autre en une véritable agonistique
de vocables, doivent être visitées en leurs
tombeaux les tribus d'Israël - peuple déicide
et stigmatisé, mais qui, dans la débâcle
de la foi chrétienne, est promu au rang de peuple
salvateur.
A ce peuple ainsi réhabilité
par un coup de force doctrinal, et un voyage halluciné
(<hypnotique> ?) aux envers de la terre, il convient
de donner langue nouvelle. Soeur Isaac va donc tenter,
contre le verbe plénier de son Dieu, de libérer
un espace sémantique où puisse s'énoncer
parole humaine. Parole contre verbe : bataille acharnée
de trente ans, que ne conclut nulle assurance, mais
une promesse fragile et cependant altière - la
convulsion est avènement du sujet à son
langage.
Langage aussitôt ne s'entend,
il va de soi, que comme principe d'échange. A
quoi s'opposent thésaurisation, profit endogène,
- usure. Ainsi le groupe lyonnais, dans le droit fil
du plus radical jansénisme alors réfugié
à Utrecht, renoue-t-il avec la théorie
contre-usuraire. Car usure est engendrement illicite,
incestueux. La parole étant toujours déjà
<<donation>> à l'autre, et, à
terme, celle même de l'autre, elle ne saurait
se consumer ni se consommer en son économie propre.
La transe de sœur Isaac, de ce point de vue, promeut
l'altérité comme injonction en permanence
reconduite de toute socialité.
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