L'HYPNOSE,
LA MEMOIRE ET LE DE-CONSTRUCTION DU MOI POST-MODERNE
Sherril
MULHERN
U.F.R. Anthropologie, Ethnologie, Science des Religions,
Université de Paris VII
Aux Etats Unis, au cours
de ces vingt dernières années, la prise
de conscience de plus en plus marquée du public
et des professionnels de la santé à l'égard
des mauvais traitements et des violences sexuelles infligés
aux enfants a déclenché la résurgence
d'un intérêt clinique pour la théorie
traumatique de la psychopathologie élaborée
par Pierre Janet et adoptée par Freud dans son
Etiologie de l'hystérie. Parallèlement,
ce sont leurs techniques thérapeutiques hypnotiques
et/ou abréactives qui ont suscité un intérêt
nouveau. Inévitablement, la fixation que font
les psychothérapeutes contemporains en matière
de séquelles psychophysiologiques des traumas
subis pendant l'enfance a fondamentalement modifié
leur compréhension de la mémoire humaine
et engendré une forme de possession singulièrement
occidentale : le trouble de la personnalité multiple.
Les personnalités "alternantes"
que recèlent au fond d'elles-mêmes les
personnes qui souffrent de ce trouble sont interprétées
comme des entités psychiques persistantes et
dotées d'une volonté propre, responsables
d'un large éventail de dysfonctionnements psychophysiologiques
comme l'anorexie, la boulimie, la dépression
atypique, les maladies gastro-intestinales, la toxicomanie,
l'alcoolisme, les troubles d'ordres sexuel, les automutilations
et les tentatives de suicides. Toutefois, à l'inverse
des dieux, esprits et démons, elles sont décrites
comme des "moi" de substitutions, crées par des
enfants extrêmement réceptifs à
l'hypnose, dans le but de receler les souvenirs par
trop douloureux des traumas qu'ils ont subis. Paradoxalement,
une fois incarnés et intégrés dans
une société post-moderne, ces "moi" alternants,
pourtant censés être les témoins
de l'histoire véridique du trauma infantile,
deviennent des purs mensonges sociologiques.
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