MOTS,
CROYANCES ET TRANSES. A PROPOS DES PHENOMENES DE POSSESSION
(DE SORCELLERIE, D'EXTASE ?)
DE MORZINE (1857-1877)
Jacqueline
CARROY
Professeur
en Psychologie, Université Paris X - Nanterre
En 1857 à Morzine,
des épizooties répétées,
des premières communions perturbées évoquent
un "mal donné" à une paroisse ensorcelée.
Mais aussi certains(e) communiants(e) ont des visions
de la Vierge et "lévitent" en haut des sapins.
Ce pourrait être lourdes, si le curé ne
se mettait à parler de possession et à
exorciser. D'autres, plus "modernes" évoquent
le magnétisme animal (on ne parle pas encore
couramment d'hypnotisme alors) ou le spiritisme qui
s'est répandu dans les villages. L'annexion en
1860 de la Savoie à un empire français
centralisateur fait de Morzine une affaire d'état,
à l'instar de Loudun. On y envoie des aliénistes,
la troupe, des gendarmes, un commissaire. Se pose la
question d'un diagnostic. Est-ce de la démonomanie
ou de l'hystérie ? Si c'est de l'hystérie,
se situe-t-elle au dessus ou en dessous de la ceinture
? N'était-ce pas plutôt de la simulation
liée à de ténébreuses affaires
de politique locale, comme le suggéreront ultérieurement
certains autour de Charcot ?
L'histoire de ce que d'aucuns appelèrent
à l'époque "le mal de Morzine" est exemplaire,
en ce que s'affrontèrent, et s'affrontent encore,
plusieurs explications, plusieurs interprétations,
et, par suite, plusieurs thérapeutiques, plusieurs
politiques; plusieurs croyances. Tout se passe comme
si les mots qui nomment les phénomènes
les font être aussi, et se cristallisent irrésistiblement
en croyances. Plutôt que d'isoler les uns des
autres, mots, croyances et transes, il faut analyser
comment ils interagissent et quelles séquences
ils forment.
|