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L'Aire
de la Sentinelle :
ou comment associer l'hypnose et le toucher dans les
troubles anxieux
Dr. Jean
RAULIER
"Tout
est dangereux, alors nous avons toujours quelque chose
à faire."
Michel Foucault
"
CROYEZ et VEUILLEZ :
Volonté active vers le bien,
Croyance ferme en sa puissance,
Confiance entière en l'employant. "
Marquis de Puységur
Pendant plus d'un siècle, de Mesmer à Pierre Janet, l'hypnose,
qui portait d'abord le nom de magnétisme, et
le toucher, ont été constamment associés.
Freud et ses héritiers ont rejeté à
la fois l'hypnose et le toucher. Face à ce double
interdit, j'ai voulu interroger autrement la relation
thérapeutique et centrer ma recherche sur la
notion fondamentale de présence. C'est quoi,
être présent, pour le thérapeute
?
S'est mis progressivement en place le concept de l'aire
de la sentinelle, où se retrouvent indissociablement
liées quatre dimensions essentielles : la fonction
d'emprise, la présence absence, la distance proximité,
et l'importance du tiers dans la création de
l'espace de l'entre-deux.
J'ai choisi de développer la notion d'emprise
dans sa double polarité de liaison et de déliaison,
car l'utilisation conjointe de l'hypnose et du toucher
nous oblige à interroger d'emblée la notion
d'emprise : il est impossible, en effet, de faire l'impasse
sur les dangers liés au pouvoir d'emprise existant
potentiellement dans toute relation.
Tout thérapeute a son style, une manière
bien à lui de pratiquer la thérapie. Formé
entre autres à l'analyse existentielle, j'ai
acquis avec les années un style, que l'on pourrait
appeler phénoménologique. Ce style a pour
fondement une certaine conception de l'homme et du corps,
une méthode de travail, un mode particulier de
rencontre et une éthique, tout cela mériterait
bien sûr de plus longs développements,
mais il est important de savoir que l'impératif
de Husserl "le retour aux choses elles-mêmes"
: c'est interroger l'origine, c'est interroger l'expérience
à l'état naissant. Aussi une des clés
fondamentales de mon approche est de ne jamais laisser
tomber en ruine le pont qui nous relie à la nature,
et d'avoir toujours avec soi la torche allumée
de la sensation.
L'intuition première de mon travail thérapeutique
est que tout sujet se constitue à partir de la
relation et que tout patient vient avec la demande de
modifier la relation affective qu'il a avec lui-même,
la manière dont il se sent et se sent senti par
les autres, la manière dont il est ému
et mis en mouvement par le monde qui l'entoure.
C'est pourquoi, et c'est ce que mon expérience
m'a confirmé, la rencontre thérapeutique
à l'état naissant s'enracine dans la dimension
esthétique (sentir se mouvoir), ou si l'on préfère,
dans la dimension thymopathique de l'existence.
Cette dimension a surtout été thématisée
par la pensée phénoménologique
issue de Husserl et de Merleau-Ponty et par les psychiatres
qui se sont inspirés de cette pensée :
Erwin Strauss, Minkowski, Binswanger et plus récemment,
Jacques Schotte et Pierre Fédida.
Pour nommer cette dimension, ils utilisent essentiellement
les concepts d'atmosphère, de contact, de stimmung,
de communication pathique, concepts qui ont pour dénominateur
commun de faire référence à l'enveloppement
du sujet par son milieu, ou encore à ce que Merleau-Ponty
appelle le chiasme de la perception : en effet, le sujet
qui sent le monde est à la fois senti par lui,
ou du moins, il se sent être senti par l'autre,
et cette réflexivité du sentir est à
l'origine de la tonalité dominante de son vécu
émotionnel.
Comme le dit Jacques Schotte : " Dans la vie, comme
en psychothérapie, tout commence, doit, ou devrait
recommencer par le problème de l'humeur et de
ses perturbations possibles. "
Dans la relation thérapeutique donc, comme dans
la vie quotidienne, l'essentiel se noue d'abord dans
une participation atmosphérique entre le psychothérapeute
et son patient, entre celui-ci et l'espace-temps de
la cure.
Si l'on part du principe que la cure a pour but de repossibiliser
l'existence malade, il faut alors tenir compte du fait
que cette repossibilisation n'est praticable que si
la thérapie agit sur l'ouverture affective du
patient, à l'évènement même
de la rencontre.
Une tonalité affective morbide, ce qu'en allemand,
on appelle verstimmung, une altération de l'atmosphère,
se caractérise entre autres par un trait dominant
que l'on désigne du nom d'anormie, c'est-à-dire,
l'absence d'élan vital, et donc l'inhibition
de la capacité de prendre affectivement part
aux activités et aux évènements
présents dans le milieu.
Ce trait dominant laisse clairement apparaître
que l'altération de l'humeur a pour conséquence
une fermeture affective à tout ce qui pour le
patient pourrait agir sur lui dans le sens d'une surprise,
d'une déprise ou d'une sortie de soi.
C'est ce que Henri Maldiney appelle aussi la mise en
échec de la transpassibilité, c'est-à-dire
de la dimension la plus primordiale de toute l'existence.
Transpassible, l'homme l'est en effet, au sens littéral,
où il est passible de, c'est-à-dire vulnérable
à, accessible à, réceptif à,
ouvert à toute une palette de sensations et d'affections
différenciées, qui forment, chez le sujet
normal, toute la gamme chromatique de ses dispositions
et de ses indispositions. La mise en échec de
la transpassibilité surgit lorsque cette palette
devient monochrome et indivise et que domine continûment
la même sensation de diminution, de lourdeur,
d'affaissement, de grisaille et de stagnation.
Le patient baigne dans la sensation de ne plus pouvoir
y arriver. Mais que désigne ici le y de y arriver
? Il désigne le mouvement de la transpassibilité
elle-même, c'est-à-dire le mouvement par
lequel nous traversons la faille entre l'extérieur
et l'intérieur de nous-mêmes, entre le
monde ambiant et le monde intime, entre l'univers social
et notre univers individuel.
Comme vous l'entendez, je partage avec la phénoménologie
l'hypothèse que les altérations de la
tonalité affective sont les plus ubiquitaires
de toutes, et qu'elles se trouvent à la racine
de tout ce que l'on a coutume de ranger dans la classe
nosographique des névroses. Il va dès
lors de soi que si l'on définit le travail thérapeutique
comme un travail de transformation, le thérapeute
doit nécessairement agir sur cette dimension
esthétique ou thymopathique pour la modifier.
C'est ce mode d'action que je vais maintenant développer,
en insistant sur deux aspects de mon travail que je
considère comme essentiels.
Le premier aspect concerne l'emprise que le thérapeute
doit exercer sur son patient pour provoquer en lui la
modification dont je viens de vous parler.
Le deuxième aspect concerne l'éthique
qui doit orienter et gouverner cette emprise intentionnelle
pour la mettre à l'abri de ses déviations
et de ses perversions possibles. Commençons par
le premier aspect.
Comme je l'ai dit, le niveau de communication basal
du pathique est pour moi la clé de compréhension
et d'ouverture thérapeutique, et mon défi
est de rejoindre à ce niveau mon patient en souffrance.
Je suis sûr que l'hypnose et le toucher concourent
tous deux à permettre de me frayer un passage
vers ce monde de la communication pathique.
En effet, mon hypothèse de travail est que l'hypnose
est au cerveau et le toucher est à la peau ce
que la clé est à la porte, c'est-à-dire,
l'ouverture ou la fermeture de la frontière du
monde de l'interrelation. Je suis certain que nous touchons
avec l'hypnose et le toucher à ce niveau primordial
de contact, à cette première manière
d'exister. On pourrait l'appeler le territoire existentiel.
Mon projet est d'être un passe-frontière
et d'être un explorateur partant à la découverte
de ce territoire existentiel. C'est une très
longue expédition, qui demande une bonne préparation,
car les territoires traversés sont très
dangereux, infestés de mines anti-personnelles.
En effet, l'hypnose et le toucher, comme Janus, ont
un double visage, une double identité oscillant
entre le bien et le mal : c'est à travers cette
dualité que nous allons nous avancer dans notre
territoire.
Il est de toute façon évident, qu'aussi
bien dans les techniques de manipulation corporelle
que dans l'hypnose, il s'agit de déjouer le système
de défense que le patient met ordinairement en
place dans sa relation au monde En ultime instance,
il s'agit d'amplifier sa réceptivité,
c'est-à-dire sa capacité à se laisser
interpeller par ce qui échappe à son contrôle
: ce dont nous cherchons à augmenter l'efficace,
n'est autre que, par-delà le message explicite
du thérapeute, le timbre de la voix, le rythme
de l'énonciation et le contenu affectif préverbal
que le thérapeute insuffle à sa parole.
L'on pourrait condenser cette intervention véritablement
hypnogène de captation thérapeutique par
la notion de tact : parler, c'est aussi toucher, et
l'hypnose, pour le dire simplement, vise essentiellement
à amplifier cette part tactile ou haptique de
la parole au détriment de la portée signitive
ou cognitive de son message.
C'est pourquoi depuis des années j'ai toujours
établi un lien direct entre l'hypnose et le travail
corporel que j'introduis très souvent dans la
relation avec mes patients. Ce que je recherche toujours,
c'est de dilater la faculté d'ouverture tout
uniment sensori-motrice et affective du corps sujet.
Car, le contact corporel chez l'être humain n'est
pas un rapport de pure contiguïté, mais
un rapport d'implication. Merleau-Ponty et Erwin Strauss
le démontrent très bien : être en
contact avec le monde et avec l'autre, c'est d'être
impliqué dans un lien constituant et enveloppant
avec cette altérité qui n'est pas pure
extériorité. Dans le langage courant,
nous disons, d'ailleurs, que nous subissons une atmosphère,
que nous sommes assujettis à la vibration de
la présence des choses qui nous entourent, ou
même, que nous pâtissons en bien ou en mal
de la présence de telle ou telle personne.
Toutes ces expressions, qui nous renvoient à
ce qui, émanant du monde et d'autrui, tantôt
nous pèsent, tantôt nous portent, témoignent
bien d'un rapport de dépendance, que nous ne
pouvons mettre totalement hors circuit qu'en nous mettant
nous-mêmes hors du coup, c'est-à-dire en
nous fermant et en nous dissociant de la part de nous
mêmes qui ne s'éveille qu'en présence
de l'autre. Or, cette dissociation que nous pouvons
opérer volontairement, le névrosé
en est le plus souvent la victime involontaire.
Quels que soient les évènements ou les
personnes rencontrées, c'est toujours le même
affect qui se répète et qui l'aliène
: il n'est plus pris par l'autre, il ne participe plus
à la vie psychique de l'autre, il est empêtré
dans une tonalité affective qui lui colle à
la peau et qui intercepte ainsi toute la gamme des sensations
pour la réduire implacablement à un seul
sentiment d'accusation, de dévalorisation, d'impuissance,
d'indécision, d'indifférence
C'est précisément cette mono-tonie du
vécu thymopathique morbide qui motive le patient
à accorder au thérapeute un pouvoir omniscient
en matière de souffrance, et plus généralement,
un pouvoir d'anticiper sur toutes les réponses
à ses propres questions.
L'asymétrie où s'inscrit le patient dès
le départ dans la relation provient du fait qu'il
ne peut de sa propre initiative correspondre aux sollicitations
qui lui sont adressées. D'où le besoin
dans toute situation névrotique, non seulement
de capter l'attention bienveillante d'une autre personne,
mais d'être soi-même capté et tenu
hors de soi par celle-ci.
Si le névrosé cherche consciemment ou
inconsciemment de se mettre sous l'emprise de son thérapeute,
c'est toujours avec le vu implicite de recevoir
de lui de nouvelles prises sur sa propre existence.
Si d'un côté, il souhaite être désapproprié
de soi, c'est paradoxalement pour pouvoir se réapproprier
soi-même nouvellement.
L'asymétrie de la relation thérapeutique
comporte donc en elle-même son propre correctif
: être sous l'emprise de l'autre ne signifie pas
être aliéné par l'autre, mais accéder
par la médiation du pouvoir que l'autre a sur
soi à une nouvelle possession de soi.
C'est ce que Freud avait déjà compris
comme étant une des fonctions positives de l'emprise
: la pulsion d'emprise se développe toujours
comme un processus qui lie et qui délie, qui
construit et qui dissout, qui approprie et exproprie.
L'emprise que le thérapeute exerce n'est donc
jamais pour le patient qu'un détour pour se relier
d'une façon inédite à lui-même,
c'est-à-dire, pour reconstruire son intimité.
Comment la relation thérapeutique réussit-elle
ce tour de force ? Comment peut-elle accepter d'être
un pouvoir délibérément exercé
sur autrui, sans pour autant succomber à une
forme de domination unilatérale sur ce même
autrui ? Elle ne le peut qu'à une condition :
à savoir que le thérapeute s'implique
lui-même dans la problématique que le patient
lui soumet. Qu'est ce que cela veut dire ? Au moins
deux choses : participer veut dire premièrement,
comprendre affectivement ce qui affecte le patient dans
la problématique avec laquelle il est aux prises
: c'est ce que Max Scheller désigne par le mot
d'empathie : vivre un rapport empathique ne signifie
pas se laisser gagner par une contagion affective ainsi
que cela se passe dans une émeute ou dans une
foule enthousiaste, mais faire sien le problème
du patient, le reconstruire pour soi-même dans
un dialogue continu avec celui qui en souffre. Participer
veut dire deuxièmement : établir avec
le patient une dynamique de mobilisation réciproque
des affects qui suppose que le thérapeute offre
autant de prise à son patient qu'il n'exerce
d'emprise sur lui. Car ce n'est que dans cette dialectique
entre avoir prise et donner prise qu'il sera permis
à l'homme souffrant de modifier le rapport auto
affectif qu'il a avec lui-même.
Nous le voyons donc : rétablir une relation de
participation affective n'équivaut pas à
s'identifier à l'autre. Pour que le thérapeute
puisse agir sur l'intimité du patient et réveiller
en celui-ci son émotivité, c'est-à-dire
le remettre en mouvement, il lui faut maintenir avec
celui-ci la distance inhérente à toute
interprétation.
Interpréter, c'est prêter à l'autre
ses affects et sa compréhension pour que celui-ci
puisse rétablir avec soi un espace de jeu, un
écart entre soi et soi, un décentrement
salvateur.
La proximité empathique avec le patient implique
donc un éloignement, une distanciation, et c'est
grâce à celle-ci, comme nous allons le
voir à présent, qu'une maîtrise
du pouvoir exercée sur lui est rendue possible.
J'en arrive ainsi à parler du deuxième
aspect de mon travail thérapeutique annoncé
tout à l'heure, à savoir ce qu'on pourrait
appeler avec Michel Foucault une éthique de l'emprise.
En effet nous venons de voir qu'il y a un paradoxe dans
la visée thérapeutique puisqu'il s'agit
en elle d'être à la fois responsable des
affects que l'on produit chez le patient et partie prenante
dans la co-création de son histoire.
C'est là une gageure, car la psychanalyse nous
a montré que l'on ne se débarrasse pas
si facilement des fantasmes engendrés par son
propre rapport aux instances d'autorité et des
projections qui leur sont spontanément associées.
Le danger, comme on le sait, consiste dès lors
à instrumentaliser la problématique d'autrui
dans le but inconscient de résoudre les conflits
hérités de sa problématique singulière.
Ma thèse consiste, toutefois, à soutenir
l'idée qu'il est possible de maîtriser
l'emprise exercée sur le patient en vue de son
bénéfice à lui, de s'en servir
comme d'un levier, ou si l'on préfère,
que d'un mal puisse naître un bien.
Michel Foucault s'est en effet demandé comment
il était possible de surmonter le pur et simple
rapport de force et de renverser l'exercice aliénant
du pouvoir, que je le détienne ou que je le subisse,
en une relation libératrice. Comment opérer
ce renversement ? Pour Foucault, il s'agit de doubler
le rapport de pouvoir inhérent à toute
relation par une relation clairvoyante à soi-même.
Nous sommes libres, pour nous mêmes et pour les
autres, écrit Foucault, quand nous sommes capables
de redéfinir les conditions de notre propre existence,
et quand nous sommes en mesure de maîtriser ce
qui menace de nous dominer.
Il en va donc de cette relation clairvoyante à
soi-même comme de ce que les phénoménologues
appellent la réduction ou l'epoché : il
s'agit non seulement d'être à tout moment
vigilant à ce qui, dans la constitution de notre
histoire, intercepte notre relation à l'autre,
mais il s'agit aussi de vivre la relation d'asymétrie
à l'autre de façon consciente, en maintenant
toujours l'espace de jeu de la compréhension.
La fonction d'emprise, que le patient vit à sa
manière, dans une passion, que Pierre Janet appelle
somnambulique, est alors exercée, non pas comme
une contrainte qui s'imposerait au patient en raison
de la volonté d'auto-affirmation du thérapeute,
mais comme la position d'un socle, d'un soubassement
qui permet à ce même patient d'exercer
à son tour un pouvoir qu'il convient de lui réoffrir
à chaque moment.
C'est pourquoi, dans l'interrelation thérapeutique
la présence à l'autre est aussi creusée
d'absence, puisqu'il s'agit d'aménager un entre-deux,
un espace de jeu, qui permet au patient d'accéder
à ce que fondamentalement il recherche : un rapport
médiatisé avec soi, une appartenance à
soi soutenue par autrui, une confiance en ses propres
possibilités, étayée et confirmée
par un autre.
Si l'on se réfère encore à Michel
Foucault, le fil conducteur qui permet d'accéder
à cette maîtrise s'élabore dans
ce qu'il appelle lui-même une pratique de soi,
une technique du devenir soi, élevée au
rang d'une véritable ascèse, si l'on comprend
cet ascétisme, non pas dans le sens d 'une morale
du renoncement, mais d'un exercice de lucidité
continuelle, par lequel on s'efforce de se transformer,
de se récccccélaborer et d'accéder
à un mode d'être où la relation
est assumée de façon délibérée.
Le souci de soi dont parle Foucault, a une portée
éthique évidente, car plutôt que
de nier la relation de pouvoir, il vise à la
gérer dans le sens d'une non-domination, et même
de la convertir en une donation de pouvoir.
Le souci de soi issu de l'impératif socratique
qui impose de s'occuper d'abord de soi-même va
donc de pair avec le souci que l'on peut avoir de faire
place à la liberté de l'autre, dans la
maîtrise. Il s'agit en d'autres termes d'acquérir
une maîtrise de soi qui soit telle que l'on soit
plus fort que soi-même, c'est-à-dire plus
fort que ses propres inclinations à la domination,
jusque dans l'exercice du pouvoir exercé sur
l'autre.
Le problème n'est donc pas de dissoudre les stratégies
de pouvoir dans l'utopie d'une relation complètement
transparente, mais de se donner les règles qui
permettent à ces stratégies de pouvoir
de jouer dans le sens d'un accroissement de la connaissance
que l'autre peut avoir de ses propres possibilités
d'existence.
Fort de cela, mon projet thérapeutique est de
créer un espace habité par la relation
dans laquelle je suis partie prenante et où je
deviens co-constructeur de la reprise de pouvoir que
le patient conquiert au fil des séances sur son
propre devenir.
En conséquence, j'attache déjà
une importance fondamentale au cadre spatio-temporel
que je propose, et d'une certaine façon, impose.
Les patients entrant dans mon cabinet, s'immergent dans
une atmosphère que je m'efforce de rendre accueillante
et chaleureuse en usant à la fois de couleurs,
de la lumière, et de tous les éléments
environnementaux, telles les plantes vertes et les livres,
qui agissent très directement sur l'état
de réceptivité de la personne.
Cette simple fonction d'accueil est déjà
en soi, l'indice d'une stratégie visant à
déjouer les systèmes de défense
rationnels et émotionnels que le patient apporte
avec lui.
Il en va de même pour le temps que pour l'espace.
Il s'agit pour moi d'aménager une durée
qui permette au patient d'évoluer à son
rythme propre, en respectant le mouvement de va et vient
qu'il opère entre son passé et son avenir.
Ne pas anticiper trop vite, ne pas régresser
de façon trop insistante, mais accepter cependant
que chaque pas gagné s'accompagne nécessairement
d'un pas vers l'arrière, tel est un des principes
qui m'obligent à refuser l'idée d'une
thérapie programmée dans un laps de temps
défini, et de faire alterner l'attente d'une
nouvelle aurore avec la patience d'une traversée
dans la nuit.
Faire uvre de sourcier qui cherche à se
mettre au plus près de la problématique
existentielle de mon patient tel est mon projet thérapeutique,
tout en ayant toujours la profonde conviction que "les
vrais secrets sont ceux qui continuent à être
des secrets, même quand on les dévoile".
Il faut toujours réinventer, dévoiler,
en laissant toujours l'énigme intacte.
Dr. Jean Raulier, Rue de la Croix, 29 1050 Bruxelles
( 32 2 / 511 74 25
Médecin psychothérapeute, formé
à l'analyse existentielle, pratiquant l'hypnose.
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