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HYPNOSE, DOULEUR et SOUFFRANCE

PARIS,06 & 07 Octobre 2000, Colloque International Francophone

 

L'Aire de la Sentinelle :
ou comment associer l'hypnose et le toucher dans les troubles anxieux

Dr. Jean RAULIER

 

"Tout est dangereux, alors nous avons toujours quelque chose à faire."
Michel Foucault

" CROYEZ et VEUILLEZ :
Volonté active vers le bien,
Croyance ferme en sa puissance,
Confiance entière en l'employant. "
Marquis de Puységur

Pendant plus d'un siècle, de Mesmer à Pierre Janet, l'hypnose, qui portait d'abord le nom de magnétisme, et le toucher, ont été constamment associés.
Freud et ses héritiers ont rejeté à la fois l'hypnose et le toucher. Face à ce double interdit, j'ai voulu interroger autrement la relation thérapeutique et centrer ma recherche sur la notion fondamentale de présence. C'est quoi, être présent, pour le thérapeute ?
S'est mis progressivement en place le concept de l'aire de la sentinelle, où se retrouvent indissociablement liées quatre dimensions essentielles : la fonction d'emprise, la présence absence, la distance proximité, et l'importance du tiers dans la création de l'espace de l'entre-deux.
J'ai choisi de développer la notion d'emprise dans sa double polarité de liaison et de déliaison, car l'utilisation conjointe de l'hypnose et du toucher nous oblige à interroger d'emblée la notion d'emprise : il est impossible, en effet, de faire l'impasse sur les dangers liés au pouvoir d'emprise existant potentiellement dans toute relation.
Tout thérapeute a son style, une manière bien à lui de pratiquer la thérapie. Formé entre autres à l'analyse existentielle, j'ai acquis avec les années un style, que l'on pourrait appeler phénoménologique. Ce style a pour fondement une certaine conception de l'homme et du corps, une méthode de travail, un mode particulier de rencontre et une éthique, tout cela mériterait bien sûr de plus longs développements, mais il est important de savoir que l'impératif de Husserl "le retour aux choses elles-mêmes" : c'est interroger l'origine, c'est interroger l'expérience à l'état naissant. Aussi une des clés fondamentales de mon approche est de ne jamais laisser tomber en ruine le pont qui nous relie à la nature, et d'avoir toujours avec soi la torche allumée de la sensation.
L'intuition première de mon travail thérapeutique est que tout sujet se constitue à partir de la relation et que tout patient vient avec la demande de modifier la relation affective qu'il a avec lui-même, la manière dont il se sent et se sent senti par les autres, la manière dont il est ému et mis en mouvement par le monde qui l'entoure.
C'est pourquoi, et c'est ce que mon expérience m'a confirmé, la rencontre thérapeutique à l'état naissant s'enracine dans la dimension esthétique (sentir se mouvoir), ou si l'on préfère, dans la dimension thymopathique de l'existence.
Cette dimension a surtout été thématisée par la pensée phénoménologique issue de Husserl et de Merleau-Ponty et par les psychiatres qui se sont inspirés de cette pensée : Erwin Strauss, Minkowski, Binswanger et plus récemment, Jacques Schotte et Pierre Fédida.
Pour nommer cette dimension, ils utilisent essentiellement les concepts d'atmosphère, de contact, de stimmung, de communication pathique, concepts qui ont pour dénominateur commun de faire référence à l'enveloppement du sujet par son milieu, ou encore à ce que Merleau-Ponty appelle le chiasme de la perception : en effet, le sujet qui sent le monde est à la fois senti par lui, ou du moins, il se sent être senti par l'autre, et cette réflexivité du sentir est à l'origine de la tonalité dominante de son vécu émotionnel.
Comme le dit Jacques Schotte : " Dans la vie, comme en psychothérapie, tout commence, doit, ou devrait recommencer par le problème de l'humeur et de ses perturbations possibles. "
Dans la relation thérapeutique donc, comme dans la vie quotidienne, l'essentiel se noue d'abord dans une participation atmosphérique entre le psychothérapeute et son patient, entre celui-ci et l'espace-temps de la cure.
Si l'on part du principe que la cure a pour but de repossibiliser l'existence malade, il faut alors tenir compte du fait que cette repossibilisation n'est praticable que si la thérapie agit sur l'ouverture affective du patient, à l'évènement même de la rencontre.
Une tonalité affective morbide, ce qu'en allemand, on appelle verstimmung, une altération de l'atmosphère, se caractérise entre autres par un trait dominant que l'on désigne du nom d'anormie, c'est-à-dire, l'absence d'élan vital, et donc l'inhibition de la capacité de prendre affectivement part aux activités et aux évènements présents dans le milieu.
Ce trait dominant laisse clairement apparaître que l'altération de l'humeur a pour conséquence une fermeture affective à tout ce qui pour le patient pourrait agir sur lui dans le sens d'une surprise, d'une déprise ou d'une sortie de soi.
C'est ce que Henri Maldiney appelle aussi la mise en échec de la transpassibilité, c'est-à-dire de la dimension la plus primordiale de toute l'existence. Transpassible, l'homme l'est en effet, au sens littéral, où il est passible de, c'est-à-dire vulnérable à, accessible à, réceptif à, ouvert à toute une palette de sensations et d'affections différenciées, qui forment, chez le sujet normal, toute la gamme chromatique de ses dispositions et de ses indispositions. La mise en échec de la transpassibilité surgit lorsque cette palette devient monochrome et indivise et que domine continûment la même sensation de diminution, de lourdeur, d'affaissement, de grisaille et de stagnation.
Le patient baigne dans la sensation de ne plus pouvoir y arriver. Mais que désigne ici le y de y arriver ? Il désigne le mouvement de la transpassibilité elle-même, c'est-à-dire le mouvement par lequel nous traversons la faille entre l'extérieur et l'intérieur de nous-mêmes, entre le monde ambiant et le monde intime, entre l'univers social et notre univers individuel.
Comme vous l'entendez, je partage avec la phénoménologie l'hypothèse que les altérations de la tonalité affective sont les plus ubiquitaires de toutes, et qu'elles se trouvent à la racine de tout ce que l'on a coutume de ranger dans la classe nosographique des névroses. Il va dès lors de soi que si l'on définit le travail thérapeutique comme un travail de transformation, le thérapeute doit nécessairement agir sur cette dimension esthétique ou thymopathique pour la modifier.
C'est ce mode d'action que je vais maintenant développer, en insistant sur deux aspects de mon travail que je considère comme essentiels.
Le premier aspect concerne l'emprise que le thérapeute doit exercer sur son patient pour provoquer en lui la modification dont je viens de vous parler.
Le deuxième aspect concerne l'éthique qui doit orienter et gouverner cette emprise intentionnelle pour la mettre à l'abri de ses déviations et de ses perversions possibles. Commençons par le premier aspect.
Comme je l'ai dit, le niveau de communication basal du pathique est pour moi la clé de compréhension et d'ouverture thérapeutique, et mon défi est de rejoindre à ce niveau mon patient en souffrance.
Je suis sûr que l'hypnose et le toucher concourent tous deux à permettre de me frayer un passage vers ce monde de la communication pathique.
En effet, mon hypothèse de travail est que l'hypnose est au cerveau et le toucher est à la peau ce que la clé est à la porte, c'est-à-dire, l'ouverture ou la fermeture de la frontière du monde de l'interrelation. Je suis certain que nous touchons avec l'hypnose et le toucher à ce niveau primordial de contact, à cette première manière d'exister. On pourrait l'appeler le territoire existentiel. Mon projet est d'être un passe-frontière et d'être un explorateur partant à la découverte de ce territoire existentiel. C'est une très longue expédition, qui demande une bonne préparation, car les territoires traversés sont très dangereux, infestés de mines anti-personnelles.
En effet, l'hypnose et le toucher, comme Janus, ont un double visage, une double identité oscillant entre le bien et le mal : c'est à travers cette dualité que nous allons nous avancer dans notre territoire.
Il est de toute façon évident, qu'aussi bien dans les techniques de manipulation corporelle que dans l'hypnose, il s'agit de déjouer le système de défense que le patient met ordinairement en place dans sa relation au monde En ultime instance, il s'agit d'amplifier sa réceptivité, c'est-à-dire sa capacité à se laisser interpeller par ce qui échappe à son contrôle : ce dont nous cherchons à augmenter l'efficace, n'est autre que, par-delà le message explicite du thérapeute, le timbre de la voix, le rythme de l'énonciation et le contenu affectif préverbal que le thérapeute insuffle à sa parole.
L'on pourrait condenser cette intervention véritablement hypnogène de captation thérapeutique par la notion de tact : parler, c'est aussi toucher, et l'hypnose, pour le dire simplement, vise essentiellement à amplifier cette part tactile ou haptique de la parole au détriment de la portée signitive ou cognitive de son message.
C'est pourquoi depuis des années j'ai toujours établi un lien direct entre l'hypnose et le travail corporel que j'introduis très souvent dans la relation avec mes patients. Ce que je recherche toujours, c'est de dilater la faculté d'ouverture tout uniment sensori-motrice et affective du corps sujet. Car, le contact corporel chez l'être humain n'est pas un rapport de pure contiguïté, mais un rapport d'implication. Merleau-Ponty et Erwin Strauss le démontrent très bien : être en contact avec le monde et avec l'autre, c'est d'être impliqué dans un lien constituant et enveloppant avec cette altérité qui n'est pas pure extériorité. Dans le langage courant, nous disons, d'ailleurs, que nous subissons une atmosphère, que nous sommes assujettis à la vibration de la présence des choses qui nous entourent, ou même, que nous pâtissons en bien ou en mal de la présence de telle ou telle personne.
Toutes ces expressions, qui nous renvoient à ce qui, émanant du monde et d'autrui, tantôt nous pèsent, tantôt nous portent, témoignent bien d'un rapport de dépendance, que nous ne pouvons mettre totalement hors circuit qu'en nous mettant nous-mêmes hors du coup, c'est-à-dire en nous fermant et en nous dissociant de la part de nous mêmes qui ne s'éveille qu'en présence de l'autre. Or, cette dissociation que nous pouvons opérer volontairement, le névrosé en est le plus souvent la victime involontaire.
Quels que soient les évènements ou les personnes rencontrées, c'est toujours le même affect qui se répète et qui l'aliène : il n'est plus pris par l'autre, il ne participe plus à la vie psychique de l'autre, il est empêtré dans une tonalité affective qui lui colle à la peau et qui intercepte ainsi toute la gamme des sensations pour la réduire implacablement à un seul sentiment d'accusation, de dévalorisation, d'impuissance, d'indécision, d'indifférence…
C'est précisément cette mono-tonie du vécu thymopathique morbide qui motive le patient à accorder au thérapeute un pouvoir omniscient en matière de souffrance, et plus généralement, un pouvoir d'anticiper sur toutes les réponses à ses propres questions.
L'asymétrie où s'inscrit le patient dès le départ dans la relation provient du fait qu'il ne peut de sa propre initiative correspondre aux sollicitations qui lui sont adressées. D'où le besoin dans toute situation névrotique, non seulement de capter l'attention bienveillante d'une autre personne, mais d'être soi-même capté et tenu hors de soi par celle-ci.
Si le névrosé cherche consciemment ou inconsciemment de se mettre sous l'emprise de son thérapeute, c'est toujours avec le vœu implicite de recevoir de lui de nouvelles prises sur sa propre existence.
Si d'un côté, il souhaite être désapproprié de soi, c'est paradoxalement pour pouvoir se réapproprier soi-même nouvellement.
L'asymétrie de la relation thérapeutique comporte donc en elle-même son propre correctif : être sous l'emprise de l'autre ne signifie pas être aliéné par l'autre, mais accéder par la médiation du pouvoir que l'autre a sur soi à une nouvelle possession de soi.
C'est ce que Freud avait déjà compris comme étant une des fonctions positives de l'emprise : la pulsion d'emprise se développe toujours comme un processus qui lie et qui délie, qui construit et qui dissout, qui approprie et exproprie.
L'emprise que le thérapeute exerce n'est donc jamais pour le patient qu'un détour pour se relier d'une façon inédite à lui-même, c'est-à-dire, pour reconstruire son intimité.
Comment la relation thérapeutique réussit-elle ce tour de force ? Comment peut-elle accepter d'être un pouvoir délibérément exercé sur autrui, sans pour autant succomber à une forme de domination unilatérale sur ce même autrui ? Elle ne le peut qu'à une condition : à savoir que le thérapeute s'implique lui-même dans la problématique que le patient lui soumet. Qu'est ce que cela veut dire ? Au moins deux choses : participer veut dire premièrement, comprendre affectivement ce qui affecte le patient dans la problématique avec laquelle il est aux prises : c'est ce que Max Scheller désigne par le mot d'empathie : vivre un rapport empathique ne signifie pas se laisser gagner par une contagion affective ainsi que cela se passe dans une émeute ou dans une foule enthousiaste, mais faire sien le problème du patient, le reconstruire pour soi-même dans un dialogue continu avec celui qui en souffre. Participer veut dire deuxièmement : établir avec le patient une dynamique de mobilisation réciproque des affects qui suppose que le thérapeute offre autant de prise à son patient qu'il n'exerce d'emprise sur lui. Car ce n'est que dans cette dialectique entre avoir prise et donner prise qu'il sera permis à l'homme souffrant de modifier le rapport auto affectif qu'il a avec lui-même.
Nous le voyons donc : rétablir une relation de participation affective n'équivaut pas à s'identifier à l'autre. Pour que le thérapeute puisse agir sur l'intimité du patient et réveiller en celui-ci son émotivité, c'est-à-dire le remettre en mouvement, il lui faut maintenir avec celui-ci la distance inhérente à toute interprétation.
Interpréter, c'est prêter à l'autre ses affects et sa compréhension pour que celui-ci puisse rétablir avec soi un espace de jeu, un écart entre soi et soi, un décentrement salvateur.
La proximité empathique avec le patient implique donc un éloignement, une distanciation, et c'est grâce à celle-ci, comme nous allons le voir à présent, qu'une maîtrise du pouvoir exercée sur lui est rendue possible.
J'en arrive ainsi à parler du deuxième aspect de mon travail thérapeutique annoncé tout à l'heure, à savoir ce qu'on pourrait appeler avec Michel Foucault une éthique de l'emprise.
En effet nous venons de voir qu'il y a un paradoxe dans la visée thérapeutique puisqu'il s'agit en elle d'être à la fois responsable des affects que l'on produit chez le patient et partie prenante dans la co-création de son histoire.
C'est là une gageure, car la psychanalyse nous a montré que l'on ne se débarrasse pas si facilement des fantasmes engendrés par son propre rapport aux instances d'autorité et des projections qui leur sont spontanément associées.
Le danger, comme on le sait, consiste dès lors à instrumentaliser la problématique d'autrui dans le but inconscient de résoudre les conflits hérités de sa problématique singulière.
Ma thèse consiste, toutefois, à soutenir l'idée qu'il est possible de maîtriser l'emprise exercée sur le patient en vue de son bénéfice à lui, de s'en servir comme d'un levier, ou si l'on préfère, que d'un mal puisse naître un bien.
Michel Foucault s'est en effet demandé comment il était possible de surmonter le pur et simple rapport de force et de renverser l'exercice aliénant du pouvoir, que je le détienne ou que je le subisse, en une relation libératrice. Comment opérer ce renversement ? Pour Foucault, il s'agit de doubler le rapport de pouvoir inhérent à toute relation par une relation clairvoyante à soi-même. Nous sommes libres, pour nous mêmes et pour les autres, écrit Foucault, quand nous sommes capables de redéfinir les conditions de notre propre existence, et quand nous sommes en mesure de maîtriser ce qui menace de nous dominer.
Il en va donc de cette relation clairvoyante à soi-même comme de ce que les phénoménologues appellent la réduction ou l'epoché : il s'agit non seulement d'être à tout moment vigilant à ce qui, dans la constitution de notre histoire, intercepte notre relation à l'autre, mais il s'agit aussi de vivre la relation d'asymétrie à l'autre de façon consciente, en maintenant toujours l'espace de jeu de la compréhension.
La fonction d'emprise, que le patient vit à sa manière, dans une passion, que Pierre Janet appelle somnambulique, est alors exercée, non pas comme une contrainte qui s'imposerait au patient en raison de la volonté d'auto-affirmation du thérapeute, mais comme la position d'un socle, d'un soubassement qui permet à ce même patient d'exercer à son tour un pouvoir qu'il convient de lui réoffrir à chaque moment.
C'est pourquoi, dans l'interrelation thérapeutique la présence à l'autre est aussi creusée d'absence, puisqu'il s'agit d'aménager un entre-deux, un espace de jeu, qui permet au patient d'accéder à ce que fondamentalement il recherche : un rapport médiatisé avec soi, une appartenance à soi soutenue par autrui, une confiance en ses propres possibilités, étayée et confirmée par un autre.
Si l'on se réfère encore à Michel Foucault, le fil conducteur qui permet d'accéder à cette maîtrise s'élabore dans ce qu'il appelle lui-même une pratique de soi, une technique du devenir soi, élevée au rang d'une véritable ascèse, si l'on comprend cet ascétisme, non pas dans le sens d 'une morale du renoncement, mais d'un exercice de lucidité continuelle, par lequel on s'efforce de se transformer, de se récccccélaborer et d'accéder à un mode d'être où la relation est assumée de façon délibérée.
Le souci de soi dont parle Foucault, a une portée éthique évidente, car plutôt que de nier la relation de pouvoir, il vise à la gérer dans le sens d'une non-domination, et même de la convertir en une donation de pouvoir.
Le souci de soi issu de l'impératif socratique qui impose de s'occuper d'abord de soi-même va donc de pair avec le souci que l'on peut avoir de faire place à la liberté de l'autre, dans la maîtrise. Il s'agit en d'autres termes d'acquérir une maîtrise de soi qui soit telle que l'on soit plus fort que soi-même, c'est-à-dire plus fort que ses propres inclinations à la domination, jusque dans l'exercice du pouvoir exercé sur l'autre.
Le problème n'est donc pas de dissoudre les stratégies de pouvoir dans l'utopie d'une relation complètement transparente, mais de se donner les règles qui permettent à ces stratégies de pouvoir de jouer dans le sens d'un accroissement de la connaissance que l'autre peut avoir de ses propres possibilités d'existence.
Fort de cela, mon projet thérapeutique est de créer un espace habité par la relation dans laquelle je suis partie prenante et où je deviens co-constructeur de la reprise de pouvoir que le patient conquiert au fil des séances sur son propre devenir.
En conséquence, j'attache déjà une importance fondamentale au cadre spatio-temporel que je propose, et d'une certaine façon, impose.
Les patients entrant dans mon cabinet, s'immergent dans une atmosphère que je m'efforce de rendre accueillante et chaleureuse en usant à la fois de couleurs, de la lumière, et de tous les éléments environnementaux, telles les plantes vertes et les livres, qui agissent très directement sur l'état de réceptivité de la personne.
Cette simple fonction d'accueil est déjà en soi, l'indice d'une stratégie visant à déjouer les systèmes de défense rationnels et émotionnels que le patient apporte avec lui.
Il en va de même pour le temps que pour l'espace. Il s'agit pour moi d'aménager une durée qui permette au patient d'évoluer à son rythme propre, en respectant le mouvement de va et vient qu'il opère entre son passé et son avenir. Ne pas anticiper trop vite, ne pas régresser de façon trop insistante, mais accepter cependant que chaque pas gagné s'accompagne nécessairement d'un pas vers l'arrière, tel est un des principes qui m'obligent à refuser l'idée d'une thérapie programmée dans un laps de temps défini, et de faire alterner l'attente d'une nouvelle aurore avec la patience d'une traversée dans la nuit.
Faire œuvre de sourcier qui cherche à se mettre au plus près de la problématique existentielle de mon patient tel est mon projet thérapeutique, tout en ayant toujours la profonde conviction que "les vrais secrets sont ceux qui continuent à être des secrets, même quand on les dévoile". Il faut toujours réinventer, dévoiler, en laissant toujours l'énigme intacte.

Dr. Jean Raulier, Rue de la Croix, 29 1050 Bruxelles ( 32 2 / 511 74 25

Médecin psychothérapeute, formé à l'analyse existentielle, pratiquant l'hypnose.

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