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"Plus
forte que la douleur" : La frontière entre
l'éthique et la performance dans la préparation
mentale des sportifs de haut niveau
Jean-Jacques
MENUET
Médecin du Sport
Diplômé de Nutrition du Sport
Hypnothérapeute
Médecin de l'Équipe cycliste professionnelle
française C O F I D I S
114 rue de Rouen 80000 Amiens
Tél 0033 3 22 33 51 51
Fax 0033 3 22 33 51 52
menuet@neuronnexion.fr
1/ Considérations générales
Le titre de mon exposé, volontiers polémique,
a pour objet de solliciter les réflexions suivantes
:
· Est-il éthique de proposer à
un sportif de dépasser ses limites ? ? Peut-on
alors parler de dopage ? ?
· Le " recrutement " du sportif ? ?
· Quels " outils " proposer ? ? Quelles
indications ? ?
Chaque sportif naît avec un potentiel génétique
; par exemple certains possèdent des fibres musculaires
adaptées à l'endurance tandis que d'autres
possèdent des fibres adaptées au sprint.
Certains seront des " moutons ", d'autres
seront des " guerriers ". Arrive ensuite le
retentissement de l'environnement familial, culturel
et bien évidemment sportif. Permettre à
un sportif d'optimiser SON potentiel grâce à
SES ressources me paraît tout à fait éthique
dans une démarche de recherche de la performance.
Permettre à un sportif de dépasser le
potentiel pour lequel il est " programmé
" génétiquement, c'est pour moi du
dopage : " on ne fera jamais un cheval de course
avec un bourrin ". L'environnement qui pourra être
proposé au sportif sera le plus performant possible
: l'entraînement bien sûr et avant tout,
dans le cadre d'une relation sportif-entraîneur
qu'il faudra toujours respecter, la préparation
physique, le suivi médical préventif et
curatif, le suivi physiologique et biologique, et le
travail du mental.
Sur le terrain 3 situations se présentent par
rapport à la douleur du sportif:
La douleur physique : respect du symptôme qui
est un signe d'alarme : la réflexion médicale
précède obligatoirement l'éventuelle
prise en charge hypnothérapeutique qui ne sera
utilisée que pour optimiser les processus de
guérison et non pas pour supprimer le symptôme
ce qui aurait pour conséquence que les lésions
s'aggravent.
La douleur mentale : " se faire mal ", "
aller jusqu'au bout de ses limites ", " être
généreux dans l'effort " : il faut
alors une solide expérience de terrain pour faire
le " tri " des sujets et pour proposer une
prise en charge adaptée à chaque sportif
(chaque sport est différent, chaque sportif est
différent). On gérera alors la souffrance
(= l'interprétation de la douleur)
La douleur après l'effort (courbatures, douleurs
musculaires = le stress anatomique, physiologique, hormonal,
biologique) : l'objectif sera d'optimiser les processus
de la récupération (en complément
d'autres techniques comme la nutrition, le massage,
l'optimisation du retour veineux, etc). La douleur mentale
(= le stress psychologique) sera également prise
en charge.
Le " recrutement " du sportif : ne choisir
que des sportifs motivés qui sont conscients
du retentissement essentiel du mental sur la performance.
Privilégier le travail individuel plutôt
que collectif. Refusons les prises en charge de dernière
minute : je viens vous voir car Dimanche je participe
à une compétition importante : non !!
le mental, c'est comme l'entraînement, ça
se travaille sur la durée.
Les " outils " proposés : l'hypnose
ericksonnienne qui est un outil privilégié
dont l'objectif est d'optimiser les ressources du patient
en général, et du sportif pour ce qui
nous concerne. La relaxation qui induit un processus
physiologique de détente intéressant après
l'effort. Les techniques que j'utilise sont souvent
mixtes, avec volontiers une induction axée sur
les sensations corporelles du sportif qui, à
un très haut niveau est très à
l'écoute de ses sensations et de son corps. J'utilise
également volontiers l'hypnose " simplement
" conversationnelle. Les techniques " d'imaging
" sont très intéressantes.
Cette approche passe également par le respect
du sportif, qu'il faut aborder dans le cadre d'une relation
de terrain, avec un langage adapté, ce qui demande
une longue expérience, au moins autant que dans
la prise en charge du patient douloureux aigu ou chronique.
Mon expérience depuis 7 ans auprès de
sportifs de haut niveau (dont certains champions de
France et champions du Monde) : boxeurs, athlètes,
et bien sûr coureurs cyclistes m'amène
à considérer que cette approche du travail
du mental est incontournable dans le haut niveau. Et
qu'il s'agit là d'un excellent outil dans la
lutte contre le dopage.
2/ Les données de mon expérience
2.1 La douleur physique, un exemple : l'entorse de
cheville. La poursuite de l'activité physique
est interdite pour ne pas aggraver les lésions
; il n'est donc pas question de mettre en route un travail
mental pour anesthésier la douleur. Par contre
une stratégie peut être mise en place à
2 niveaux :
1/ Accélérer et optimiser les processus
de guérison : visualisation de l'dème
qui se résorbe, de la cicatrisation des fibres
tendineuses, de la circulation du sang qui " nettoie
" les lésions, etc.
2/ Pendant la période d'inaptitude physique transitoire,
permettre au sportif de rester mentalement au contact
avec son sport : il peut visualiser ses entraînements,
ses compétitions (anciennes et futures) ; mon
expérience me fait penser que la reprise de l'entraînement
puis de la compétition seront de meilleure qualité.
2.2 La douleur pendant l'effort : elle est physique
(avoir mal aux jambes sur le vélo sur une étape
de montagne c'est normal !!), elle est aussi mentale
: observons un joueur de tennis qui est dominé
par son adversaire dans un match : il va baisser la
tête, regarder vers le sol, orienter le tamis
de sa raquette en direction du sol, abaisser ses épaules,
traîner les pieds, mobiliser une épaule
pour montrer qu'il a une douleur, ou s'étirer
car les crampes menacent ; son adversaire joue moins
bien, notre joueur remonte au score, domine dans le
dernier set, et le voilà qui n'a plus mal, qui
s'encourage, qui porte sa silhouette de façon
victorieuse
Il n'a plus mal, les crampes se sont
éloignées, sa vision du match s'est inversée,
son mental a gommé la douleur. C'est là
que nous allons pouvoir travailler avec notre sportif
: " plus fort que la douleur "
Comment
sublimer cette douleur : en premier lieu il faut l'accepter
: " tiens, te voilà !! ", et permettre
ensuite au sportif d'acquérir au cours de notre
travail en commun des " outils ", ses "
outils " à lui : visualiser une image qui
va se substituer à la douleur (un paysage, le
visage d'un proche, la ligne d'arrivée, le podium,
la médaille), substituer à la douleur
une autre sensation comme la fraîcheur, raccourcir
le temps qui reste, remplacer la douleur par un sourire
; on travaillera aussi sur la " générosité
" du sportif à " tout donner ",
pour lui, et pour d'autres (par exemple un grand père
disparu qui l'avait initié à son sport,
un fils qui vient de naître, et là encore
c'est le sportif qui va choisir à qui il va "
faire le cadeau " de son effort) : quelque part,
on va travailler avec les mêmes " outils
" que ceux utilisés chez un patient douloureux,
et pour respecter notre sportif et le conforter dans
son idée que c'est lui qui fait son travail,
ce seront ses images à lui, la stratégie
anti-douleur qu'il aura choisie. Un " signe-signal
" pourra être mis en place pendant les séances
: un sourire, ou une inspiration profonde, ou un geste
lié au sport.
2.3 La douleur après l'effort : elle s'intègre,
comme je l'ai développé précédemment,
dans la démarche essentielle de la récupération,
aspect trop souvent négligé dans le sport
de haut niveau. Le sportif travaillera avec ses images,
mais on sera un peu plus " directif " dans
la structure de la séance, où l'induction
pourra être rapide, et l'accompagnement adapté
à une séance assez " profonde ",
bien qu'en aucun cas nous ne pouvons nous autoriser
à " manipuler " notre sportif. Mais
mon expérience m'amène à considérer
qu'une séance profonde (" oui, oui, mon
cher Erickson, je sais que la profondeur d'une séance
ça ne veut rien dire !!) est plus efficace dans
cette stratégie de la récupération.
L'objectif étant que le sportif puisse, après
quelques séances de travail, spontanément
entrer dans cet espace de récupération
tout seul. On travaillera sur la fréquence cardiaque,
la fréquence respiratoire, une inspiration plus
profonde (qui induit une légère alcalose
permettant de lutter contre l'acide lactique lorsque
cela est justifié), les images visualisant la
guérison des micro-lésions anatomiques,
les fibres musculaires qui se détendent, qui
se " nettoient ", les hormones de l'effort
qui se mettent au repos, etc. J'inclus systématiquement
une " suggestion post hypnotique " par rapport
à la qualité du sommeil qui suivra.
Je ne peux pas terminer cet exposé sans avoir
une pensée émue pour Jacques QUELET, qui
m'a fait découvrir cet outil qu'est l'hypnose
dans la préparation mentale du sportif de haut
niveau. Il m'a appris beaucoup de choses, mais je retiendrai
surtout la règle de conduite qu'il m'a communiquée
: engager avec le sportif une relation de respect et
de confiance, condition essentielle pour un travail
de qualité.
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