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Jacques Lesieur
L'infection par le VIH se caractérise par la
présence dans l'organisme d'un virus qui comme
chacun le sait s'attaque à certaines cellules
du système immunitaire. Cette contamination entraîne
chez l'adulte une infection chronique, ayant pendant
une longue période peu de conséquences
visibles. Plusieurs années après la contamination,
si aucun traitement n'est envisagé, l'infection
par le VIH évolue vers une aggravation progressive
des processus infectieux, jusqu'à la forme symptomatiquement
grave qu'est le SIDA.
Ainsi peut-on considérer suivant la date de
contamination, différents stades :
· Le premier stade qui peut durer de quelques
mois à plusieurs années, se caractérise
par une absence de symptôme
· Le second stade voit apparaître des formes
mineures d'infections: fièvres, fatigues, diarrhées,
amaigrissements, candioses buccales, leucoplasies, zonas,
salmonelloses...
· Le troisième stade, le stade SIDA proprement
dit se caractérise par la maladie franche, à
savoir, la tuberculose, la pneumocystose, la toxoplasmose,
certains cancers secondaires (kaposi, lymphomes), les
encéphalites...
Il est peut-être utile de rappeler qu'en l'espace
cinq ans le contexte de la maladie a considérablement
évolué avec l'arrivée de la trithérapie,
au moins pour ce qui concerne les pays économiquement
développés. Toute personnes ayant côtoyées
les services de maladies infectieuse se souviendra qu'il
y a à peine cinq ans, il était courant
de voir deux à trois jeunes patients décéder
par semaine. Aujourd'hui, un décès reste
exceptionnel, et relève d'une mauvaise adéquation
au traitement prescrit. C'est dire l'importance de la
chimiothérapie et du respect de la prescription.
La prise de décision du traitement s'impose au
médecin dès que le patient présente
un taux de lymphocytes (cellules immunitaires cibles
des rétrovirus) dangereusement bas. Généralement,
cela s'accompagne de symptômes signalant l'infection.
LA NON OBSERVANCE
Jeanne a 25 ans. Elle refuse la trithérapie.
De toute façon depuis qu'elle se sait malade,
elle ne veut pas se soigner. Ses parents sont atterrés.
Son histoire brièvement résumée
est la suivante: elle a 12 ans quand elle doit subir
une intervention chirurgicale non urgente, qui nécessite
une transfusion. Résident en province, la jeune
doit être transportée en ambulance dans
un hôpital de la région parisienne. Cette
opération est décidée un lundi
matin. Ce jour est mal choisi, car il la contraint à
quitter le domicile familial le soir même du jour
de sa communion. Le lendemain elle recevra un échantillon
de sang contaminé.
Ses parents l'apprennent rapidement, mais décident
de garder le secret jusqu'à la majorité
de leur fille. De fait, la révélation
lui sera faite ce jour là. C'est un grand choc
pour elle, et lui revient en mémoire la rancur
de sa communion gâchée, où se mélangent
des sentiments aussi variés que la déception,
l'injustice, l'impuissance, et l'humiliation.
Depuis Jeanne jusque là docile, se dérobe
à toutes les tentatives de soin avec une solide
idée en tête : on m'a gâchée
ma communion.
Cette histoire triste et exemplaire à la fois,
décrit parfaitement cette sorte de restructuration
tant cognitive qu'émotionnelle que l'on observe
chez les personnes ayant subit un préjudice à
caractère traumatique, à savoir :
· Modifications comportementales faisant suite
à un événement choc ou son équivalent
(l'annonce de la séropositivité) et la
mise en place de mécanismes de lutte contre l'angoisse
(déni de la gravité de la maladie).
· Passivité, soumission, comportement
de plainte, inhibition de la demande d'aide, perte de
confiance en soi et perte de l'espoir pouvant aller
jusqu'à l'épuisement.
Dans l'expérience que nous avons en qualité
de psychologue détaché à la consultation
externe du CISIH du CHU de Caen, nombreuses sont les
orientations faites par les médecins relatives
à la non observance. En effet de multiples observations
montrent des attitudes inattendues de la part de certains
malades: rendez-vous manqués, examens de contrôle
non honorés, omissions, oublis, quand ce ne sont
pas des arrêts pur et simple de prise médicaments...
, autant de comportements rendant très aléatoire
le suivi médical. Ces avatars de l'observance
apparaissent paradoxaux au vue du caractère gravissime
de la maladie. Les comportements de certains malades
désarment le corps médical. C'est le cas
des malades qui refusent tout traitement invoquant diverses
raisons, d'autres qui hésitent à prendre
les médicaments, et ceux enfin qui abandonnent
leur prescription après un temps de coopération.
Des hypothèses pour tenter de comprendre ce
phénomène ont été nombreuses:
· Déni de la maladie, négation
de la reconnaissance de l'état de maladie, absence
d'indicateur symptomatique.
· Perte de l'espoir, anxiété, dépression,
position suicidaire.
· Troubles de la personnalité, instabilité,
notamment chez les toxicomanes.
· Effets secondaires liés aux traitements
et incompatibilité avec les rythmes de vie.
Sans rejeter ces hypothèses, nous aimerions apporter
un éclairage plus personnel à partir de
l'introduction de l'hypnothérapie dans notre
consultation. Un peu perdu au départ, face à
cette pathologie que nous ne connaissions pas, mais
cependant averti par notre expérience en psychiatrie,
nous avons introduit l'hypnose là où nous
avions pu constater qu'elle renforçait la relation
thérapeutique et permettait une solide incursion
dans la singularité du sujet .
Au paravent il est nécessaire de montrer en
quoi la séropositivité présente
des particularités qui la distingue d'autres
maladies.
SINGULARITES DE LA SEROPOSITIVITE
Comme le rappelle J Corraze , les auteurs anglo-saxons
usent de 3 termes pour parler de la maladie. En effet,
ils distinguent la pathologie, l'affection et le rôle
social lié à la maladie. La pathologie
recouvre tout le champ intéressant la médecine
scientifique, soit la description des maladies en termes
si possible objectifs et selon des critères éprouvés.
L'affection constitue d'avantage le domaine de l'éprouvé,
soit un ensemble d'impressions ressenties par le sujet
à partir de symptômes ou de signes corporels
. Ces impressions donnent lieu à des plaintes
fondées ou erronées, exagérées
ou minimisées. Le rôle social quant à
lui se rapporte aux comportements généralement
codifiés qui correspondent à ce que la
société accepte ou tolère eu égard
aux handicapes liés à la maladie.
Si l'on applique ce paradigme pour appréhender
l'infection à VIH aux premiers temps de la maladie,
il demeure intéressant de constater qu'à
une pathologie avérée (la présence
du virus) rien sur le plan symptomatique ne vient renseigner
le malade d'une quelconque altération de son
état de santé. Cela est si vrai que du
coté de l'éprouvé tout se passe
comme si le sujet se vivait dans un état normal.
Au silence des organes pourrait-on dire, correspond
un " silence psychologique ".
C'est un choc lorsque certains patients découvrent
leur sérologie. Ils ont parfois été
contaminées plusieurs années au paravent
sans n'avoir jamais rien ressenti d'anormal sur le plan
physique. Cela est si vrai qu'on peut dire que tant
qu'il ignore son état, le patient n'éprouve
rien qui le distingue du sujet sain. Mais à l'inverse,
la révélation de la séropositivité
entraîne chez lui un bouleversement psychologique
activant un ensemble de représentations dont
certaines sont propres à l'image du corps (idées
de mort, images de transformations corporelles, déchéance
physique...), d'autres à l'identité (
devenir un malade chronique, être sans devenir),
d'autres encore à connotation morale ( sanction,
faute, exclusion)
Ces représentations ne
s'appuient sur aucune réalité corporelle.
Elles sont en quelque sorte désincarnée.
Pourtant en de nombreux cas la douleur physique est
invoquée, de même la gène motrice,
la fatigue, etc...Ces plaintes physiques relèvent
paradoxalement plus de la douleur morale, là
où la pathologie reste parfois longtemps silencieuse
sur le plan symptomatique. Ces plaintes s'activent sur
une base imaginaire ne prenant pas vraiment appuie sur
des perceptions sensorielles. Elles demeurent par conséquent
purement idéationelles dans un contexte où
l'expression symptomatique de la maladie reste pour
le patient difficilement identifiable. Il en est de
même pour certains traitements dont les effets
immédiats et à long termes ne sont pas
toujours bien connus. Nous garderons à l'esprit
cette singularité car il est probable que ces
incertitudes (partagées par le corps médical)
associées au manque de repères sur le
plan corporel, favorisent l'émergence de thèmes
anxieux.
Les symptômes anxieux et dépressifs sont
au premier plan du tableau clinique présenté
par les patients VIH. L'annonce de la maladie, l'apparition
de symptômes, la lecture de mauvais résultats
biologiques, la mise sous traitement, l'entrée
de la phase SIDA de la maladie peuvent être considérés
comme des évènements stresseurs à
forte intensité déclenchant des réactions
somatiques dont il est parfois difficile de faire la
distinction entre ce qui relève de l'affection
et ce qui relève de l'angoisse.
LE TEMPS DE L'ORDONNANCE, LE TEMPS DE LA PRESCRIPTION
Concernant les patients non observants, notre entretien
commence souvent par une phrase du type : " pouvez
vous me dire comment cela s'est-il passé avec
le médecin? ". Non pas pour porter un quelconque
jugement sur l'attitude de l'un ou l'autre des acteurs
de la consultation, malade ou médecin, mais parce
qu'il me semble que tout commence là, à
partir d'un " jeu relationnel " qui constitue
pour nous psychologue, notre matière première.
Il est peut être utile de s'attarder un peu sur
les caractéristiques de ce moment crucial qu'est
la prescription, moment décisif ponctuant la
consultation médicale.
Dans " le temps de l'ordonnance " , Y Halfon
voit dans l'interaction médecin-malade, tous
les ingrédients habituellement contenus dans
la relation hypnotique. Le discours du praticien s'apparente
à une véritable induction hypnotique:
focalisation de l'écoute du patient à
la voix du médecin, limitation du regard et des
bruits de l'environnement, captation au raisonnement
du médecin, etc... D'informatives, les formes
langagières du praticien évoluent en de
véritables suggestions, scandées selon
les modalités de la forme performative. Le sens
critique du malade capté par le discours s'en
trouve naturellement amenuisé. Ce qui ne veut
pas dire que le tour est joué! En effet, chacun
sait qu'en hypnose, il faut faire avec les résistances,
pour peu qu'on sache les repérer.
La nature hypnotique du temps de la prescription échappe
le plus souvent au médecin qui généralement
reste dans une logique de l'information, du type : "
je vous conseille..., il serait souhaitable pour votre
santé... ". Il est clair qu'au regard des
contraintes liées à la prise des antiviraux,
les médecins confrontés aux problèmes
de la séropositivité ont pris l'habitude
d'expliquer la nature de ces médicaments, leurs
contraintes et leurs effets secondaires. Ils prennent
du temps pour optimiser leur pouvoir persuasif. Nous
pensons qu'avec les malades séropositifs ce n'est
pas suffisant en raison des particularités de
l'affection: le traumatisme de la contamination, la
mise à jour d'une partie de la vie intime, le
secret, les incertitudes quant aux traitements et leurs
inconvénients.
Dans une autre partie de ce même article, Y Halfon
nous livre un cours extrait du roman de Carson Mc Cullers
" l'horloge sans aiguilles ". Le héros
apprend de son médecin qu'il est atteint d'une
leucémie: " le choc l'avait désorienté
et la pièce lui semblait soudain glaciale. Il
était hypnotisé par le coupe-papier que
le docteur faisait tourner entre ses doigts courts et
très propres. En lui s'éveilla vaguement
un souvenir depuis longtemps endormi; il prit conscience
d'avoir oublié un incident humiliant, sans cependant
que l'épisode lui-même se précisât.
Ainsi souffrait-il de deux angoisses parallèles
- appréhendant les paroles du médecin
et cette mystérieuse humiliation oubliée.
Les mains du docteur étaient blanches et poilues.
Malone ne pouvait supporter de les voir jouer avec le
coupe-papier et pourtant son attention en était
mystérieusement captivée. "
Il ne s'agit plus du temps de la prescription, mais
celui de l'annonce de la maladie. L'intuition créatrice
de la romancière ne s'y trompe pas, que l'on
soit dans l'une l'autre des situations, à chaque
fois le discours du médecin - d'autant plus que
le message est grave - détourne le patient de
son contexte de vie ordinaire
pour créer un état de captation singulier,
état dissociatif diront certains, où se
nouent des liens bruts, sans intentionnalité,
dépourvus de toute logique apparente et complètement
subit par la personne.
Le médecin fait de l'hypnose sans le vouloir,
sans le savoir. Mais ici, il s'agit d'une hypnose qui
met le malade en contact avec une émotion pénible,
elle ne propose pas d'issue thérapeutique comme
nous l'enseigne l'hypnose éricksonienne, elle
se contente d'activer une chaîne d'associations
à valence négative
Carson décrit de façon magistrale un
pont émotionnel : probablement existe-t-il un
lien entre ce que le héros du roman éprouve
face à ce médecin et une histoire ancienne
le concernant.: Malone entre en contact avec un étrange
sentiment d'humiliation venu des profondeurs de sa mémoire.
En apparence rien de la situation actuelle ne peut expliquer
cette résurgence, si ce n'est une modification
spontanée de l'état de conscience créée
à partir d'éléments non verbaux
de la communication médecin malade.
UN AMENAGEMENT COGNITIF ET EMOTIONNEL COMPARABLE
AU SYNDROME POST TRAUMATIQUE
De notre point de vue, il semble que nous pouvons retrouver
dans les deux type de situations, l'expérience
de la passivité, à savoir : " je
subis sans ne rien pouvoir faire, je suis comme une
victime impuissante face à cette implacable réalité
qui s'impose à moi ". Dans les deux situations
celle de l'annonce de la maladie et celle de la prescription,
nous retrouvons ces mêmes éléments:
soumission à la réalité de la maladie,
soumission à la volonté du médecin
et de sa prescription. Nous pourrions ajouter, qu'en
ce qui concerne les patients contaminés, il faut
introduire un autre niveau d'expérience de la
passivité qui est la façon dont la contamination
s'est effectuée et parfois la manière
dont celle ci a été révélée.
Rappelons que l'annonce de la séropositivité
est souvent ressentie comme une punition accompagnée
d'une peur du rejet ou de la mise à l'écart.
A chaque fois, le malade se sent la victime d'un autre.
Et de fait, il se confirme que plus la contamination
a été vécue à la façon
d'un traumatisme, plus le risque de non observance est
grand en raison même du risque de réactivation
des effets de résurgences tels qu'ils ont été
décrits précédemment. Et comme
nous le savons en hypnothérapie il est plus facile
de résister à celui qui est le plus à
portée de main, en l'occurrence le médecin
au temps de la prescription.C'est un peu comme si le
malade séropositif résistant au domaine
médical, venait nous voir au terme d'un parcours
fait d'au moins trois évènements subits:
le premier constituant le traumatisme : le temps de
la contamination.
le second : le temps de la révélation.
le troisième : le temps de la prescription.
Le contact avec les médicaments et sa répétition
quand cela a lieu, peut advenir dans cette lignée
associative où le signal déclencheur d'une
émotion aversive, elle-même reliée
à l'expérience de la passivité
déclenche un comportement résistant. Notre
hypothèse est que le refus du médicament
demeure d'une façon plus ou moins consciente,
un évitement contre une émotion négative
en rapport avec les conditions mêmes de la contamination
et sa réactivation provoquée à
l'annonce de la maladie
puis au moment de l'obligation de soin. Ceci peut s'exprimer
de différentes façons :par le comportement
(refus, oublis,
), la somatisations (douleurs diffuses,
nausées,
), crises d'angoisse.
D'où notre orientation en hypnose pour traiter
cette sorte de cas à la manière des Syndromes
Post Traumatiques, puisque nous retrouvons là
les principales caractéristiques de ce type d'affection:
1. Un événement traumatisant: la contamination
ou le contexte de sa révélation
2. Sa répétition à l'occasion de
situations présentant des indices contextuels
pouvant rappeler par analogie l'événement
traumatisant: le temps de la prescription, les contraintes
de l'administration des médicaments
3. Une baisse de l'activité par la fuite de la
réalité, par exemple par la dissociation,
le retrait, l'évitement ou l'absence d'intérêt
pour la vie quotidienne.
4. Des symptômes comme la dépression, les
troubles psychosomatiques, l'existence d'un sentiment
de culpabilité,...
CAS CLINIQUES
Joëlle, 22 ans, a été contaminée
par son mari, hémophile. Lorsqu'elle entre dans
la famille de celui ci, elle n'est au courant de rien
et subit la loi du silence. Sa belle famille sait, mais
simule et garde le secret. Elle commence à avoir
quelques soupçons au décès de son
second beau frère atteint d'une curieuse maladie
se manifestant par un état de faiblesse exactement
similaire à celui de son frère aîné,
décédé deux ans plus tôt.
Un soir, acculé par la pertinence de ses questions
le mari finit par avouer, expliquant que s'il lui avait
révélée avant sa séropositivité,
elle l'aurait certainement quitté. Victime lui-même
de la médecine, elle se devait de partager désormais
avec lui l'issue partagée d'un amour qui, bravant
la vie les conduirait à la même mort.
Lorsqu'elle nous est envoyée, Joëlle est
déprimée, dort mal, n'a pas de travail,
et n'en cherche pas vraiment. Elle n'a de goût
à rien, vivre ou mourir peu importe. Elle nous
relate son histoire sans émotion, comme s'il
si c'était celle d'une autre. Elle ne peut pas
prendre ses médicaments. Ce n'est pas qu'elle
ne veut pas. Elle oublie et puis elle a des nausées.
A quoi bon se faire soigner, ce qu'elle voudrait c'est
partir pour fuir tout ça. Elle ne peut même
pas, bloquée et enfermée dans une inertie
totale.
Après quelques séances où nous
envisageons avec elle d'évaluer ses comportements
de prise de médicaments à l'aide de tableaux
où elle doit noter chaque jour sa consommation,
elle accepte l'hypnose. Elle fait successivement plusieurs
transes profondes. Elle rapporte alors un curieux comportement
compulsif qu'elle subit dans un état second,
au cours duquel, enfermée chez elle regarde parfois
plusieurs fois dans la même journée le
film " les nuits fauves ". " C'est mon
histoire nous dira-t-elle, quand je le regarde, je ne
pense plus à rien, c'est curieux, ajoute-elle,
je suis dans un état à peu près
identique quand je fais de l'hypnose! "
A partir de cette remarque nous avons pu lui montrer
en quoi le film était une sorte d'équivalent
d'hypnose négative qui l'ancrait dans ses difficultés.
Nous lui avons aussi montré comment elle
pouvait utiliser ses capacités de dissociation
spontanée en les utilisant comme des ressources
et non plus comme des limitations. Nous lui avons appris
l'auto hypnose.
Nous avons eu un retour après un an et demi
: elle vit toujours avec son mari, garde une profonde
ambivalence à son égard. Grâce à
une prime, elle s'est achetée une maison "
pour elle ". Elle a entrepris une formation avec
un objectif professionnel précis, et bien sûre,
suit son traitement
Eric, 24 ans, est profondément choqué.
Il a appris sa séropositivité il y a 3
mois. C'est pour lui une véritable catastrophe.
Il est en arrêt de travail, ne sort plus dehors,
ne voit plus personne. Il ne veut parler à personne,
pas même à sa famille ou ses proches. Dans
le huis clos de son appartement, il pense et ressasse
toute sorte d'idées qui le poursuivent le jour
et la nuit. Il se sent condamné, c'est irréversible,
et pense au suicide. Il vient de prendre la décision
de quitter son ami, celui là même qui
lui a transmis le virus acquis lors d'une aventure passagère
et gardée silencieuse. Il en conserve beaucoup
de rancur.
Eric ne veut pas prendre ses médicaments. Il
les cache même pour ne pas les voir car lorsqu'il
les a dans la main, ce sont d'étranges sensations
physiques qui le conduise au bord du malaise. Il est
angoissé et fatigué. Fatigué comme
tous les matins quand il se réveille. Ces malaises
ressemblent à ces crises qui le surprennent de
temps en temps durant lesquelles les idées de
suicide traversent son esprit.
Dès la seconde rencontre nous lui proposons
l'hypnose pour l'aider à gérer ses crises
d'angoisse: nous lui proposons de revivre une crise
dans le lieu où cela se passe le plus souvent.
Il projette la scène sur un écran et nous
lui demandons de modifier un détail du contexte.
Cette séance a été répétée
plusieurs fois avec, au terme de chaque transe, un réveil
de moins en moins fatigué.
Cela a suffit. Notre intervention s'est déroulée
suffisamment tôt par rapport au moment où
le malade a appris sa séropositivité.
Les conséquences liées au choc de l'annonce
de la maladie n'ont pas encore eu le temps de s'organiser
en dépit d'une belle aptitude à la dissociation.
Avec 8 mois de recule, Eric prend ses médicaments.
Il contrôle de mieux en mieux ses crises d'angoisse.
Les idées suicidaires ont complètement
disparu. Il adopte des comportements de santé
dont il n'était pas question jusque là.
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Jacques LESIEUR , psychologue
CHRU Caen , service de psychiatrie
Av. cote de Nacre 14000 CAEN
Adresse personnelle:
17, rue de la Nouvelle Ecosse
14280 AUTHIE
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