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HYPNOSE, DOULEUR et SOUFFRANCE

PARIS,06 & 07 Octobre 2000, Colloque International Francophone

 

" Le corps vivant anesthésié par la souffrance "*

Dr Herbert Haravon

 

 

1/ L'anesthésie

Une souffrance localisée sur une partie du corps diffuse une anesthésie sur l'ensemble des organes. Quand nous avons mal à la tête, nous y sommes pris et prisonniers d'une plainte qui exacerbe la souffrance. Cette plainte insensible à la sensorialité du Corps Vivant, nous interdit de l'habiter. Et au lieu d'être à notre place nous sommes rétrécis dans un petit espace.

La démesure de la plainte nous encombre d'un trop traumatique. La plainte répète la litanie de ce trop pour bien l'enfoncer, par un encodage, dans le corps. Dans ses invocations la plainte enchaîne sur sa haine du corps. C'est que la partie souffrante a une faiblesse qui est jalouse de la Force de la Vie du Corps. Faiblesse qui ne veut rien perdre de l'Idéal de la souffrance : mieux vaut la protection de la peur qui évite de prendre le risque de gagner la vie.

Tout cela est couronné par un Observateur hypocondriaque qui annule le changement provoqué par l'arrivée de la sensorialité dans le corps. Cet Observateur analyse sans cesse les causes qui rendent victimes, causes qui deviennent des fautes à expier par la souffrance. Mais, plus on paie et plus on est coupable, et c'est reparti pour un tour en rond…

Cette analyse de l'Observateur est une propagande propageant la souffrance afin de bloquer toute révolte de la Vie désirant sa liberté de circulation. Car l'Observateur coupe la continuité du corps-esprit pour endiguer la circulation qui permettrait au souffrant de sortir de sa prison. Là, la pensée tourne en rond tout en se faisant peur avec le fantôme qui remplace sa Vie.

La prise sur les circuits du corps est débranchée : pas touche avec la Vie. La conscience entretient avec le corps un faux rapport fondé sur la Vérité qui cause la plainte. L'observateur, hors-corps, ordonne la fidélité à la souffrance ; mais, en même temps, il faut trahir le corps. Celui-ci est dénié dans sa fonction de communication avec l'extérieur positif ; car s'il y a circulation de l'intérieur avec l'extérieur, comment être rempli de soi pour ruminer ?

Pour ne pas être endoctriner par le dogmatisme de la souffrance, pour lui faire perdre de son sérieux, l'hypnothérapeute peut utiliser l'humour. Et aussi, pour démontrer l'absurdité de la guerre contre sa propre Vie. Jusqu'à en être réellement fatigué, ce qui donnerait des limites à la démesure. Et dire pour goûter la paix en accord avec cette invitation : " Sors de ta prison pour habiter ta maison, tu fais partie de l'équipe de ton corps ".
Mais aussi, la fronde de l'hypnose relance une sensorialité qui réveille du " do-dogmatisme " de la souffrance. Dans l'appel à habiter le corps, il y a une disponibilité qui s'intéresse à une totalité et non pas uniquement à un point douloureux.

Dans la sensorialité, la souffrance peut prendre les couloirs de cette " Correspondance " (Baudelaire) où le monocorde de la souffrance va parcourir des tons d'une autre gamme. Un exercice changera une teinte " saignante " en une couleur plus tenue puis en rythme musical.

Pour sortir de l'espace restreint de l'en-trop de la souffrance, il faudra effectuer un changement de cadre (et donc d'habitudes, en faisant le Vide). Et prendre l'image de la souffrance sans plus la regarder ; dans un déplacement sur le corps (dans son ensemble). Car il s'agit d'approprier la souffrance pour la faire évoluer activement. Par exemple, la prendre en mains et laisser faire la gestuelle qui trace l'espace où se gagne la force légère et mobilisatrice. On essaie un renversement : la souffrance qui anesthésiait est maintenant touchée par le sensorialité de la Vie.

On aura à lutter contre de dures résistances. Car c'est beaucoup pour celui qui est devenu tout petit dans le rétrécissement de la souffrance. Quand on est petit, tout devient énorme et il faut déplacer des blocs-blocages énormes. Le petit refuse d'entrer dans le grand espace de la Vie. Et pourtant, il se plaint sans cesse d'osciller entre la peur de l'enfermement et l'angoisse d'en sortir sans avoir la souffrance comme repère. Alors, pour ne pas changer, il veut séduire l'hypnothérapeute en en lui " monstrant " sa faiblesse, et le désarmer comme le fait toute victime qui serait abandonnée.

Le souffrant veut rester dans un passé éternel où il se déprime en disant qu'il souffrira pour toujours. Il faudra donc essayer de passer au Présent de la Vie.

2/ L'hypnose négative

Cette fixation au passé est une hypnose négative. Le patient clame " Fixes-moi ! Contemple-la souffrance ! Proche de moi pour boucher la plaie saignante, ne bouges pas ! ". " Proche, va-t-en près de moi ! ", " Impuissant ! ". Avec cette agressivité de l'enfant qui tombe et donne des coups de pieds à sa mère qui l'aurait mal soutenu.

La présence de l'hypnothérapeute ne prend pas place dans ce Transfert de répétition. Mais laisse couler le Transfert dans sons sens de déplacement : dans un oubli fécond où l'on perd son temps (du passé) pour gagner la circulation fluide de la Vie. Dans ces rives, il y a une canalisation qui donne des limites à la plainte qui s'étalait sans vouloir être touchée par des bords. Car la plainte " ne se sent plus " et s'envole au septième Ciel d'un Idéal qui ne veut pas avoir les pieds sur terre. Pour reprendre racines, il faudrait en avoir marre de ce marais stagnant qui refuse de s'oublier dans le large fleuve de la Vie. Et il faudrait laisser gicler un : " y en a assez, y a des limites ! ".

Si le thérapeute console, il ne permet pas au patient de perdre son identité de victime dont la demande de réparation est une vengeance qui reste dépendante de la plainte. Il faut se déprendre d'une fascination par un Narcisse faisant croire qu'il souffre d'un manque de soins. Etre rempli de soi ne permet pas de faire le vide des répétitions. Mais c'est ce sentir " vide ", ne pas pouvoir se rassembler autour des forces, si on met sa vie en épargne pour ne pas la dépenser. Car la vie dépensée nous enrichit, alors que l'épargne rend pauvre de ne pas disposer de ses ressources. Si la Vie est interprétée comme une hémorragie à retenir, il ne reste plus qu'à panser sans fin une pensée plaintive, écorchée de ne pas être dans sa peau. Quant au rationaliste, il va comprendre sans rien prendre de ce qu'il faut apprendre pour changer. Au contraire, il faut prendre avant de comprendre. Sans la prise corporelle (qui a un estomac), on rumine des déchets non digérés et gérés vers l'extérieur. La tête enflée de déchets ne peut laisse place aux disponibilités de l'échange.

S'il ne faut pas se laisser entraîner par le plainte, l'hypnothérapeute doit néanmoins aborder les crises de panique. Celles-ci sont des dispersions qui empêchent le rassemblement autour des forces qui vont permettre le mouvement hors de la fixation souffrante. La panique est comme une foule dissolue dont le chef n'est plus qu'un hurlement : " n'oubliez jamais les causes de la souffrance ! ".

Le rassemblement autour du cops va lutter contre cette fixation négative. Le corps va rêver pour réintroduire la veille paradoxale. Car le corps vivant s'exprime dans les images du rêve, et celles-ci sont des guides qui configurent là même où la tête sans corps du Chef appelle à la panique.

Le défilé des images quitte l'interprétation du cauchemar de la souffrance. Car celle-ci reste dans l'interprétation qui refusent l'oubli fécond. Même après sa disparition la souffrance reste dans une pensée qui la célèbre. Alors, les rêves produisent des images de voilier pour prendre les voiles hors des îlots de la souffrance. Pour proposer un décodage métaphorique la même où il y a un tatouage d'un organe par le traumatisme. Le corps donne une saisie dans les rêves pour que des projets proposent l'action. Action possible dans l'imagination et la sensorialité. Avec l'aide de l'animal en nous qui refuse que la pensée brute se paye sur son dos.

3/ Les rythmes

Comment faire lâcher prise à la plainte fixée sur la souffrance ? C'est par la saisie dans les rythmes dont les forces guident dans l'espace. Car " la thérapie n'est rien d'autre qu'un espace privilégié composé comme le jardin chinois, pour faire jouer les énergies propres de la personne… ". Dans cette " correspondance " le rythme conduit dans l'espace. Mais pour ce voyage, il faut perdre son identité restreinte et vagabonder dans l'ensemble du corps où se prolonge la Vie. En perdant cette litanie d'une identité martelant : " je souffre donc il est vrai que j'existe ". Ce qui nécessite de faire le deuil d'une Vérité idéale. Car la preuve par la Vérité n'est pas l'affirmation de la réalité de la Vie.

Cette mesure au ton juste se fait en accord avec la musique de la Vie. Sans se fixer à la vérité ; comme disait Kierkergaard, la vie est comme des notes de musique où la note juste oscille entre le vrai et le faux.

Nous laisserons donc la souffrance glisser sur les vagues de la respiration pour l'alléger dans son poids de vérité. Mais aussi bien dans les gestes des mains qui s'ouvrent et se ferment alternativement, esquissant une dans plaçant la souffrance dans le " Ton juste de la Vie " (titre d'un livre de Morali). Rythmes qui nous invitent vers des paysages qui tournent la page. Et pourquoi ne pas laisser les mains imiter celles d'un chef d'orchestre qui fait partie en même temps des musiciens ? Voire devenir un instrument dont la résonance donne des accords avec le corps et le monde.

La souffrance introduit une dysharmonie entre la contraction et la détente. Avec la peur de perdre, de " tomber " dans la dépression, si on lâche la tension douloureuse qui donne l'illusion d'avoir un corps. Le rythme rétablit l'harmonie. Le rythme respecte la continuité Corps-Esprit mise à mal par la déchirure de la souffrance. Un passage s'ouvre où la correspondance est remise en place par le rythme. Et la souffrance est engagée dans la totalité du corps. Placée à l'intérieur, la souffrance reprend la cadence du monde sensible.

Le rythme jaillit d'un ton neutre qui est le degré zéro du point de départ (au contraire le stress de la souffrance est arrivé avant de partir). Comme la neutralité de l'exercice de la Disposition (Herbert S. Lustig) qui permet de parcourir tous les tons de la gamme entre " mal à l'aise " et " à l'aise " sans fixation. Cela se fait avec lenteur, avec les choses qui prennent leur saveur. Lenteur en accords possibles et alternative comme les périodes de la Nature. C'est cet accord des rythmes avec le corps qui harmonise avec un extérieur où tout n'est pas souffrance.

A partir du ton neutre, il y a une résonance qui nous rend disponible pour voyager dans la vie. " Ainsi se constitue la vie. Mais il n'est de paysage vivant qu'impliqué, offert, donné à un résonateur organique qui y mêle et y fond son ton, la couleur chatoyante issue de ses organes qui y diffusent leur produit " . Dans ce climat, le résonateur aidera à faire le vide. Le temps d'un réveil sortant du " do-dogmatisme " des plaies où le patient se complait. Dans cet accompagnement, l'hypnothérapeute puise sa force dans les rythmes premiers du Corps Vivant. A chaque plainte, il répond par une musique écoutée dans l'attention flottante. Comme un poète qui s'inspire des résonateurs du corps tout entier vibré par le rythme de la Nature. Le résonateur ne raisonne pas, mais il fait vibrer à partir du vide. Alors il est possible d'entrer dans la danse de la Vie. Et de laisser jaillir une gestuelle rythmée par le " Ton Juste de la Vie ". Notamment avec les mains, comme un " opérateur métonymique " (Melchior) qui anesthésie la souffrance et réveille là où il y a perte de la sensorialité. Alors on peut pense, dans un oubli fécond de la démesure, et retrouver la fraîcheur. Fin de la discordance et début de la danse.

François Roustang : " Le thérapeute se doit d'être doué d'une oreille absolue, au sens que les musiciens donnent à ce mot, qui le rend sensible à la différence entre les mots qui sonnent juste et ceux qui chantent faux, où à la différence entre des gestes adaptés au rythme de l'entretien et ceux qui sont apprêtés, crispés ou mécaniques. Comme un chef d'orchestre, par de sobres indications de parole et de corps, il reprend les mots et les gestes pour les faire entrer dans le concert. Ou encore, comme le nom de poète l'indique, il crée de l'harmonie et de l'échange qui font reprendre à la vie son cours " .

Et tout d'un coup, par surprise, pousse sur sa terre de silence, une voix, à l'emporte-pièce, morceau de vie à l'orée de la voie animale, incompréhensible mais riante, insolente, sans aucun besoin du repoussoir d'un ennemi comme la souffrance pour exister, lâcher prise d'une liberté détendue que les esprits chagrins ne peuvent souffrir.

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Dernière modification 16/06/09

 

 


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