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La
glossolalie, forme de communication verbale dans le
domaine religieux
Jeanne RAYNAUD
Le mot "glossolalie" (parler en langues)
est forgé à partir des deux termes (8TFF"4F
(au figuré : "langue étrangère")
et 8"8g4L
(parler dans le sens de babiller). On exclut ici toutes
les manifestations verbales observées dans les
états pathologiques.
La linguistique moderne définit
la glossolalie comme une suite d'énoncés
verbaux dépourvus de sens mais structurés
phonologiquement; les phonèmes repérés
sont moins nombreux que dans les langues naturelles
d'où leur répétition. La chaîne
phonique peut se segmenter. Les unités les plus
longues ne sont que des groupes de souffle synchrones
de la respiration, qui peuvent à leur tour se
segmenter en série de syllabes dont la distribution
aléatoire peut évoquer fortuitement l'aspect
de mots. Mais ceux-ci ne s'organisent pas en formes
syntaxiques repérables et se diluent dans un
torrent de syllabes. Un glossolale ne peut jamais répéter
le même discours.
La glossolalie, dépourvue de
sens immédiat, aurait-elle alors un sens caché
? C'est cette recherche du sens à tout prix sens
qui l'a faite récupérer par le religieux
: pourquoi cette "langue" inconnue des hommes ne serait-elle
pas celle des dieux ?
La glossolalie n'est pas un fait chrétien
: sa pratique est habituelle entre autres, dans les
religions à mystères de l'époque
hellénistique (mais aussi peut-être dans
le vaudou ou le macumba) dont la marque propre est l'aspiration
à entrer en communication directe avec la divinité.
Ces formes religieuses étaient florissantes à
Corinthe, célèbre pour son luxe et sa
vie de débauche mais aussi pour le nombre de
ses écoles de philosophie.
La communauté que Paul y a fondé
vers les années 50 est tentée de faire
entrer dans la liturgie communautaire les pratiques
des religions à mystère, comme le "parler
en langues". Mais, Paul, ancien scribe d'obédience
pharisienne est un homme d'ordre. Son passé de
Juif pieux lui fait privilégier d'emblée
les valeurs communautaires par-dessus l'intérêt
individuel; il favorise la rationalité au détriment
des expressions d'apparence mystique ou extatique. Il
ne rejette pas la pratique du "parler en langues" qu'il
considère comme un don éminent de l'Esprit
(un charisme) mais il essaie de comprendre ce qui se
passe et qui le trouble. C'est son analyse (I Co 12,1-11
et 14) qui nous vaut la description (peut-être
la première, tout au moins aussi précise)
de l'expression glossolale; elle ne contredit en rien
ce que nous en apprend la linguistique.
L'essentiel de la pensée de Paul
est contenue dans les versets suivants : "Si je prie
en langues, mon esprit est en prière mais mon
intelligence est stérile... Grâce à
Dieu, je parle en langues plus que vous tous, mais dans
une assemblée, je préfère dire
cinq paroles intelligibles pour instruire les autres
plutôt que dix mille en langues... si les non
croyants (vous entendent)... ne vous croiront-ils pas
fous ?"
D'après le texte de Paul, il
semble que la glossolalie se produise au sein d'un groupe.
L'entrée en "langue" paraît
se faire spontanément. Paul ne précise
pas si elle s'accompagne de modifications du comportement
mais il emploie un terme extrêmement fort : :"4LgF2g,
on vous prendra pour des fous, fous avec violence",
ce qui laisse penser que l'expression orale s'accompagnait
d'attitudes étranges, de gestes désordonnés.
La glossolalie disparaît pendant
toute la période patristique. On en reparle au
Moyen age chez les mystiques prophétisants (mais
était-ce de la glossolalie "vraie"?) puis au
18ème siècle, chez les Klysty, prophètes
extatiques russes et actuellement chez les charismatiques.
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