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Prisonnier
ou Conquérant du Temps :
La Dissociation chez Pierre Janet
Jean
Raulier
Le
temps est un grand maître même en psychothérapie.
Pierre
Janet
Abordant l'oeuvre de Pierre Janet (1859-1947),
à travers une grille de lecture phénoménologique,
on se rend compte que l'originalité de la démarche
janetienne se situe à un carrefour où
s'enchevêtrent trois notions fondamentales pour
lui : l'action, le temps et la création.
Si, à travers la psychologie
pathologique, c'est la quête constante de l'unité
humaine qui est au coeur de la pensée de Pierre
Janet, la notion de dissociation y est étroitement
liée car, écrit-il, "la dissociation est
le caractère essentiel de toutes les maladies
de l'esprit".
Nous allons la prendre comme fil d'Ariane
pour pénétrer la richesse tout à
fait étonnante de la pensée de Pierre
Janet et nous rendre compte que la dissociation apparaît
dans toute une oeuvre, à la fois comme un phénomène
nettement pathologique, mais aussi, comme un merveilleux
agent thérapeutique.
Janet aborde d'abord la dissociation
à travers l'étude de l'hystérie.
Il y découvre le rôle fondamental de l'émotion
dans la désorganisation de la synthèse
mentale, et insiste énormément sur la
puissance dissociante de l'émotion, surtout dans
la mémoire, où les amnésies sont
des dissociations d'images.
Guidé par cette constatation
clinique, Janet a cherché à modifier ces
amnésies en s'attaquant à l'idée
fixe sous-jacente et à l'émotion qui l'accompagne
toujours (liquidation des souvenirs traumatiques) :
c'est le célèbre cas de Justine et l'idée
du choléra, où Janet utilise les procédés
de substitution et de dissociation, par lesquels il
a cherché à décomposer l'idée
du choléra pour la rendre reconnaissable.
Peu après, Janet approfondira
la notion de dissociation à partir de la doctrine
des conduites : la dissociation est alors une déstructuration
de la personnalité temporelle : suite à
une forte émotion, apparaît un profond
changement de la conduite du sujet : un trouble de la
mémoire et un trouble des sentiments (sentiment
de vide) conduisent à l'impossibilité
de terminer l'action. Les deux phénomènes
fondamentaux pour Pierre Janet que sont l'attente et
la présentification, ne sont plus possibles,
et la construction de l'histoire du sujet s'interrompt.
Aussi, les constructions du présent et du futur
vont rencontrer une foule d'obstacles et manquer de
cohérence.
Par contre, Janet va retrouver la notion
de dissociation dans sa polarité thérapeutique,
dans la définition qu'il donne de l'hypnotisme
: "L'hypnotisme est une transformation momentanée
et passagère de l'état mental d'un individu,
suffisante pour amener des dissociations de la mémoire
personnelle, et déterminées artificiellement
par un autre homme". La provocation d'une impulsion,
qui constitue l'essentiel de la suggestion, n'est pas
autre chose que l'activation d'une tendance inférieure
qui échappe au contrôle des tendances supérieures,
et surtout, la provocation d'un assentiment immédiat
à la place d'un assentiment réfléchi.
Cette dissociation dans la mémoire
du sujet peut avoir des résultats thérapeutiques
très intéressants, et a été
pour Janet, le premier traitement psychologiques précis,
qui a préparé la découverte de
tous les autres.
Au cours de notre exposé, nous
développerons les notions d'attente et de présentification
et montrerons toute leur actualité dans la compréhension
du phénomène de l'hypnose : le temps y
apparaît comme le facteur essentiel, aussi bien
du point de vue de la remise en mouvement du temps psychique
du patient dissocié, que du point de vue de la
position d'attente et de patience du thérapeute.
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