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L'OUVERTURE
A L'EXPERIENCE EST-ELLE UN PREDICTEUR DE L'HYPNOTISABILITE
?
JEAN-MICHEL
PETOT
Professeur de psychologie clinique à l'Université
de Paris X-Nanterre
Il est devenu classique d'affirmer que
l'hypnotisabilité est corrélée
avec une variable psychologique, l'absorption, qu'on
peut définir comme la propension à s'absorber
complètement dans une perception ou une activité,
sur laquelle l'attention se concentre presque totalement.
La corrélation entre l'hypnotisabilité
et l'absorption est modérée, mais on la
retrouve dans de nombreuses études. On a beaucoup
discuté la question de savoir si cette relation
est déterminée par un effet de contexte
: certains auteurs ont en effet soutenu que la corrélation
n'est observée que lorsque les sujets sont prévenus,
avant de passer l'échelle d'absorption, que la
recherche en cours porte sur l'hypnose. Plus récemment,
l'émergence d'une nouvelle théorie de
la personnalité a conduit de nombreux chercheurs
à rattacher l'absorption à une dimension
plus vaste nommée l'ouverture. Très logiquement,
les premiers travaux faits dans cette nouvelle perspective
ont conclu à l'existence d'un lien, également
modéré mais réel, entre l'ouverture
et l'hypnotisabilité. En outre, certains auteurs
ont affirmé que cette relation est sous-estimée
par les travaux expérimentaux. Selon eux, la
corrélation serait plus forte entre l'absorption
et les suggestions hypnotiques difficiles : pour réussir
ces dernières, l'absorption serait nécessaire,
alors qu'elle ne le serait pas pour obéir à
des suggestions hypnotiques faciles. Il paraît
donc raisonnable de considérer le degré
d'ouverture d'un patient comme un indice de son hypnotisabilité
future, et donc de consacrer un soin particulier à
examiner les capacités d'absorption et d'ouverture
d'un patient candidat à une hypnothérapie.
Nous avons confronté cette hypothèse
avec les données issues de l'examen psychologique
de quatre-vingt patients testés au sein de l'unité
d'hypnothérapie de l'Institut Paul Sivadon. Ces
patients ont passé un ensemble d'épreuves
et de questionnaires comportant l'échelle d'absorption
de Tellegen, le questionnaire de personnalité
NEO PI-R de Costa et Mccrae, l'échelle de susceptibilité
hypnotique de Stanford (forme A) et le questionnaire
subjectif d'hypnose de Didier Michaux.
On trouve une relation statistiquement
significative, mais faible, entre l'absorption et la
suggestibilité hypnotique. On observe quelques
relations significatives entre l'ouverture et certaines
mesures comportementales de la suggestibilité
hypnotique, mais on est en droit de se demander si la
significativité statistique de ces corrélations
s'accompagne d'une signification psychologique claire.
Par ailleurs, on ne relève strictement aucune
relation entre l'absorption, l'ouverture, et les estimations
de la dimension cognitive de l'hypnose, et notamment
du sentiment subjectif de modification de l'état
de conscience.
L'auteur conclut de ces résultats
que les relations entre l'absorption, l'ouverture et
l'hypnotisabilité sont réelles, mais que
ces phénomènes ne contribuent que de façon
marginale à la "réponse" hypnotique d'un
patient dans une situation clinique. En outre, même
si l'ouverture présente certaines relations difficiles
à interpréter avec la suggestibilité
comportementale, observable de l'extérieur, elle
semble dépourvue de tout rapport avec le sentiment
intime de modification de l'état de conscience,
qui est sans doute le critère le plus important
de l'hypnotisabilité.
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