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HYPNOSE, LANGAGE et COMMUNICATION

PARIS, 1996, Colloque International Francophone

 

L'OUVERTURE A L'EXPERIENCE EST-ELLE UN PREDICTEUR DE L'HYPNOTISABILITE ?

JEAN-MICHEL PETOT
Professeur de psychologie clinique à l'Université de Paris X-Nanterre

 

Il est devenu classique d'affirmer que l'hypnotisabilité est corrélée avec une variable psychologique, l'absorption, qu'on peut définir comme la propension à s'absorber complètement dans une perception ou une activité, sur laquelle l'attention se concentre presque totalement. La corrélation entre l'hypnotisabilité et l'absorption est modérée, mais on la retrouve dans de nombreuses études. On a beaucoup discuté la question de savoir si cette relation est déterminée par un effet de contexte : certains auteurs ont en effet soutenu que la corrélation n'est observée que lorsque les sujets sont prévenus, avant de passer l'échelle d'absorption, que la recherche en cours porte sur l'hypnose. Plus récemment, l'émergence d'une nouvelle théorie de la personnalité a conduit de nombreux chercheurs à rattacher l'absorption à une dimension plus vaste nommée l'ouverture. Très logiquement, les premiers travaux faits dans cette nouvelle perspective ont conclu à l'existence d'un lien, également modéré mais réel, entre l'ouverture et l'hypnotisabilité. En outre, certains auteurs ont affirmé que cette relation est sous-estimée par les travaux expérimentaux. Selon eux, la corrélation serait plus forte entre l'absorption et les suggestions hypnotiques difficiles : pour réussir ces dernières, l'absorption serait nécessaire, alors qu'elle ne le serait pas pour obéir à des suggestions hypnotiques faciles. Il paraît donc raisonnable de considérer le degré d'ouverture d'un patient comme un indice de son hypnotisabilité future, et donc de consacrer un soin particulier à examiner les capacités d'absorption et d'ouverture d'un patient candidat à une hypnothérapie.

Nous avons confronté cette hypothèse avec les données issues de l'examen psychologique de quatre-vingt patients testés au sein de l'unité d'hypnothérapie de l'Institut Paul Sivadon. Ces patients ont passé un ensemble d'épreuves et de questionnaires comportant l'échelle d'absorption de Tellegen, le questionnaire de personnalité NEO PI-R de Costa et Mccrae, l'échelle de susceptibilité hypnotique de Stanford (forme A) et le questionnaire subjectif d'hypnose de Didier Michaux.

On trouve une relation statistiquement significative, mais faible, entre l'absorption et la suggestibilité hypnotique. On observe quelques relations significatives entre l'ouverture et certaines mesures comportementales de la suggestibilité hypnotique, mais on est en droit de se demander si la significativité statistique de ces corrélations s'accompagne d'une signification psychologique claire. Par ailleurs, on ne relève strictement aucune relation entre l'absorption, l'ouverture, et les estimations de la dimension cognitive de l'hypnose, et notamment du sentiment subjectif de modification de l'état de conscience.

L'auteur conclut de ces résultats que les relations entre l'absorption, l'ouverture et l'hypnotisabilité sont réelles, mais que ces phénomènes ne contribuent que de façon marginale à la "réponse" hypnotique d'un patient dans une situation clinique. En outre, même si l'ouverture présente certaines relations difficiles à interpréter avec la suggestibilité comportementale, observable de l'extérieur, elle semble dépourvue de tout rapport avec le sentiment intime de modification de l'état de conscience, qui est sans doute le critère le plus important de l'hypnotisabilité.

 

 

 

Dernière modification 16/06/09

 

 


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