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VERS
UN MODELE COMMUNICATIONNEL DE L'HYPNOSE
Thierry
MELCHIOR
Service
de Santé Mentale de l'Univesité Libre
de Bruxelles
Institut Milton H. Erickson de Belgique
A - PREALABLES LINGUISTIQUES
1 - Pendant longtemps l'étude
du langage a été assujettie à une
idéologie de la représentation. Le langage
était censé simplement refléter
la réalité.
2 - La linguistique stricto sensu, telle
que Saussure l'a développée, est une linguistique
de la langue comme système de signes et non une
linguistique de la parole ou du discours. Bien que ce
soit elle qui ait particulièrement été
utilisée dans les théorisations psychothérapeutiques
(Lacan), elle est impropre à rendre compte des
effets de communication.
3 - En revanche, des travaux comme ceux
de Frege, déjà, puis surtout d'Austin
(performatifs, actes illocutoires) et, à sa suite,
ceux de Ducrot, Recanati, F. Jacques et d'autres, permettent
d'étudier ces effets. Le langage découvre
alors sa dimension pragmatique et simultanément
sa dimension créatrice de réalité
(proférence). Ces outils permettent une étude
communicationnelle de l'hypnose; en retour, cette étude
permet d'enrichir la théorie de la pragmatique
communicationnelle.
B - LES DEUX NIVEAUX DE L'HYPNOSE
1 -La communication suggestive manifeste
une série de caractéristiques tout à
fait spécifiques. L'une d'entre elles, particulièrement
importante est l'"intralocution", c'est-à-dire
une structure de communication dans laquelle le locuteur
(hypnotiste) se met en position d'énonciateur
des état internes et des comportements du destinataire
(le sujet). Les caractéristiques communicationnelles
de la communication suggestive peuvent rendre compte
dans une large mesure de ses effets "hypnogènes".
2 - La communication proprement hypnotique
se caractérise par l'utilisation d'un signifiant
relativement vide ("hypnose", "transe" ou l'un de leurs
synonymes) fonctionnant comme opérateur de recadrage
du comportement du sujet. On peut distinguer deux temps
logiques dans cette opération de recadrage. Dans
un premier temps, divers comportements du sujet sont
recadrés comme signes d'hypnose ou moyens de
l'approfondir. Dans un deuxième temps, c'est
la totalité du comportement du sujet qui est
globalement recadré comme différent, autre.
Il s'agit là d'un méta-recadrage qui inverse
radicalement la signification du comportement du sujet.
Dans cette perspective, l'hypnose est ce qui se produit
quand un sujet accepte de laisser son comportement être
recadré comme radicalement autre.
Cette conception s'inscrit dans une
perspective déjà ouverte par Janet quand
il affirmait que "l'état second" n'a d'autre
caractéristique que d'être second.
Elle permet de donner sens aux querelles
séculaires relatives à la nature de l'hypnose
(état ou jeu de rôle). Celles-ci, apparaissent
alors non comme une incapacité de la science
à préciser ce qu'est l'hypnose, mais comme
une caractéristique inhérente au phénomène
hypnose et révélatrice de sa nature. En
ce sens, l'hypnose peut être décrite comme
un phénomène bien défini qui a
comme caractéristique d'opérer au moyen
d'un signifiant nécessairement relativement vague.
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