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Induction
hypnotique en consultation pré anesthésique,
et en péri-opératoire
MICKAËL
LITCHINKO
ANESTHÉSIE - RÉANIMATION
NANCY
En repositionnant le futur opéré
dans un contexte d'agression (contrariété,
inquiétude, peur de la mort ou de souffrir ),
on observe parfois une situation de régression
par rapport au thérapeute qui peut se traduire
par une demande de protection, d'être rassuré,
s'exprimant par une quête d'informations, mais
aussi de reconnaissance de son état d'agressé
et de son angoisse. Parfois par une certaine agressivité,
par manque de maîtrise de ses peurs, et peut-être
par manque de confiance dans son avenir. Parfois par
un état pusillanime, véritable blocage
: tous les aspects de l'extériorisation (logorrhée,
hystérie, excentricité ..) ou de l'intériorisation
(mutisme ,larmes, fuite..) face à cette situation
de stress formidable peuvent s'exprimer dans nos cabinets.
Il est hors de propos de vouloir se substituer
à des psychothérapeutes que nous ne sommes
pas mais il s'agit simplement de prendre en compte le
patient dans toutes ses dimensions (médico chirurgicale,
affective, sociale ). Cette prise en compte ne se traduisant
pas forcément par une action dans des domaines
qui ne sont pas de notre compétence, et pour
lesquels nous pouvons induire une procédure par
des collaborateurs formés à cette spécialité
(psychothérapeute, assistante sociale ..)
Il est important si l'on envisage l'hypnose
per opératoire de cerner le patient : préférences
(mer, montagne, campagne, lieu ou événement
privilégié ); d'expliquer les dissociations
du rêve éveillé -(temps, espace).
Hypnose et consultation préanesthésique
:
L'utilisation des techniques d'induction
hypnotique pour ne pas être indispensable au bon
déroulement d'un consultation d'anesthésie,
a néanmoins modifié considérablement
notre pratique quotidienne, et s'avère très
utile :
- à gérer la communication
et l'interrogatoire
- à préparer l'hospitalisation
et l'acte opératoire, dans le désamorçage
de l'angoisse que celui ci génère
- dans la contribution de la gestion de
la douleur et du stress périopératoires
.
Dans toute thérapie il est indispensable
d'obtenir la confiance et si possible la coopération
du soigné. Afin de répondre au maximum
aux aspirations du patient. Ceci est particulièrement
vrai dans la chirurgie fonctionnelle et plastique, où
les résultats sont intimement liés au
vécu du malade.
En consultation :
Il s'agit surtout de technique de conversation
" préparant" le patient, donc plutôt une
pré-induction, servant en fait d'amorçage
et ne modifiant jamais profondément la conscience.
Elle doit seulement permettre la mise
en place d'une communication privilégiée,
qui se confirmera lors de l'hospitalisation . Classiquement
toutes les techniques peuvent être utilisées
pour atteindre cet objectif (voix, focalisation, truisme,
suggestion, accompagnement ..).
En per-opératoire :
La technique est différente ; plus
qu'une simple déviation de l'attention du patient,
la sophrologie d'accompagnement de départ devient
rapidement inductrice, pouvant aller jusqu'au stade
chirurgical vrai (mais qui n'est pas systématiquement
recherché, du fait du risque de mouvements délétères
imprévus pendant l'intervention ).
Il n'est pas rare d'assister, en revanche,
à un lâcher prise avec la réalité,
où le patient parle à haute voix dans
son "rêve éveillé", mais avec un
relâchement musculaire et une immobilité
totale.
Notre expérience porte sur plus
de 6000 patients pris en charge de cette façon,
bien que notre formation à l'hypnose soit plus
récente (1992) et que celle ci ne concerne qu'environ
1400 patients.
Nous utilisons fréquemment différentes
méthodes couplées pour obtenir une induction
rapide:
stimulation visuelle à fréquence
variable,
stimulation auditive à fréquence
couplée sur celle visuelle,
messages sophroniques et techniques subliminales
se mélangent à des propos métaphoriques
(type Simonton) .
La musique participe pour une part à
un fond sonore supposé induire la détente
; y sont associés des bruits désormais
classiques de vagues ou de chant d'oiseaux ou tout autre
enregistrement censé évoquer la nature
(dans se qu'elle peut avoir d'apaisant) . Pour personnaliser
la séance un microphone permet d'accrocher la
patient en relayant les cassettes par un discours plus
adapté à chaque patient .
Le signaling permet au patient,
par une convention la plus simple possible, de prévenir
d'un souci quelconque, sans sortir vraiment de son
voyage .
Des suggestions post-hypnotiques (antalgiques,
anti-hémorragiques, anti-oedèmateuses,
de rééducation aisée et de vécu
heureux) sont régulièrement proposées.
Une prémédication pharmacologique
est toujours utilisée, le but de l'hypnose n'étant
pas de se substituer à celle-ci.
Au contraire, l'emploi de certaines molécules
de la prémédication (prévention
des phénomènes histaminolibérateurs
par chlorhydrate d'hydroxyzine)) produisant également
une légère détente physique est
un appoint à la relaxation utilisée dans
l'induction hypnotique.
En l'absence d'appareil de stimulation
sensorielle, peuvent être utilisés : une
induction flash: par accompagnement très rapide
et un peu autoritaire, avec un approfondissement à
la demande, lors de geste délicats (prévoir
le bruit de la scie..). Mais cette technique nécessite
un silence religieux de la part de l'équipe chirurgicale,
ce qui n'est pas toujours facile à obtenir .
En post-opératoire :
Dans le cadre de la gestion de la douleur,
de l'hypnosédation, dans la prévention
des difficultés de rééducation,
pour aider à l'acceptation de certains "inconvénients
obligatoires" (cicatrice, oedèmes, dysfonctionnement
temporaire..)
Constatations :
Diminution des doses d'antalgiques très
significative ( per & post opératoires)
Diminution des doses de benzodiazépines
significative per opératoire
Très nette amélioration
du vécu et donc de la satisfaction quant au geste
chirurgical
Quasi disparition des vomissements post
opératoires
Efficacité satisfaisante et parfois
spectaculaire dans la lutte contre la douleur .
Prévention de l'algodystrophie,
constatée mais difficile à documenter
du fait de l'action en amont de ces phénomènes.
Excellente indication lors de chirurgie
ambulatoire .
Conclusion :
Beaucoup de satisfactions, pour les patients
et pour l'anesthésiste. Mais au prix d'un investissement
important pour celui-ci.
Dans notre expérience, une évolution
décisive.
Dernière
modification 16/06/09
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