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HYPNOSE, LANGAGE et COMMUNICATION

PARIS, 1996, Colloque International Francophone

 

La part des suggestions en pratique éricksonienne

Charles JOUSSELLIN

La pratique quotidienne de l'hypnose éricksonienne, en tant que technique de communication, révèle l'utilisation de nombreuses formes de suggestions tant avant la séance, que pendant celle-ci et après A l'appui d'exemples cliniques, de transcriptions de séances, nous tenterons de montrer combien dans cette relation particulière, et interactive, les suggestions, bien souvent non permissives, sont des éléments essentiels de la communication. Celles-ci, prenant une part majeure dans la promotion du "changement" chez le patient, sont présentes à chaque instant dans l'environnement, dans les attitudes, dans les expressions verbales, dans les structures de l'énoncé. Un siècle plus tard, en hypnose éricksonienne, sommes nous très éloignés de Bernheim ?

A n'en pas douter les suggestions font partie du quotidien du médecin, hypnothérapeute ou pas. De l'observation de ma pratique et de celle d'autres confrères cette réalité s'impose ; a fortiori chez les hypnothérapeutes qui les cultivent. Phénomène banal de toute rencontre la suggestion peut se définir par exemple comme :

- "L'introduction d'une idée dans le cerveau qui est acceptée par lui" (1, page 46),

- "une communication ou une séquence de communication qui a pour but de faire apparaître des actions visibles ou invisibles" (2, page 6)

-"offrir la possibilité de faire des expériences nouvelles dans une attitude de disponibilité" (3, page 250). Il existe de nombreuses formes de suggestions. Il me semble utile ici de s'intéresser plutôt à leur façon d'agir plutôt que de se référer à une classification. L'essentiel de ma démarche est de savoir si telle ou telle suggestion est permissive ou ne l'est pas. Reprenant un travail personnel lors d'une communication précédente je me repose la question de savoir ce qu'est une suggestion permissive ,? il n'est pas possible de seulement opposer suggestion autoritaire et suggestion permissive (3, page 263). Il est possible d'être non autoritaire et non permissif. En première approximation, la permissivité me semble entamée dans au moins trois cas :

- en l'absence de choix clairement exprimé,

- en présence de certaines demandes ou actions difficilement reconnaissables par le patient,

- en présence d'une contrainte explicite ou implicite. Une suggestion sera alors permissive :

- si elle offre au moins un double choix, offrant parfois même toutes les possibilités du patient,

- si elle est facilement reconnaissable par le patient,

- en l'absence de contrainte Ces trois derniers critères sont rarement retrouvés comme l'atteste l'étude personnelle suivante : Après avoir observé 685 suggestions utilisées par certains hypnothérapeutes éricksoniens (4) le pourcentage des suggestions permissives utilisées par chacun d'entre eux dans les exemples suivants est :- 6,2 % chez Milton H. Erikson (194 suggestions) (5)- 0 % chez Stephen Gilligan (127 suggestions) (6)- 4,6 % chez Jean Godin (152 suggestions (7)- 0 % chez Herbert S. Lusting (46 suggestions) (8)- 0 % chez Ernest L. Rossi (72 suggestions) (9)- 0% chez Michael Yapko (94 suggestions) (10)

Les hypnothérapeutes éricksoniens sont donc très probablement beaucoup moins permissifs qu'ils le disent ou qu'ils le croient. Les suggestions dites indirectes, utilisées larga manu par eux, sont pour la plupart non permissives et méritent une grande prudence dans leur emploi. Alors qu'il s'agit de communication interpersonnelle, entre habituellement deux protagonistes, il y a bien d'autres éléments de communication qui entrent en jeu en dehors de la construction des phrases émises par l'hypnothérapeute. Dans une interactivité permanente de tous les éléments de communication, en première approximation et à l'aide d'exemples, j'évoquerai les nombreuses suggestions rencontrées dans :- la construction des phrases émises par le patient,- les expressions verbales du patient et du thérapeute,- le langage non verbal du patient et du thérapeute,- les attitudes du patient et du thérapeute Mais aussi dans les différents espaces qui permettent la rencontre :- ceux traversés avant de rentrer dans le cabinet médical dont la salle d'attente,- la pièce de consultations, par elle-même. Tous ces espaces peuvent comporter des suggestions d'ordre

- visuel,

- kinesthésique,

- auditif,

- olfactif.

Mais aussi aux différents temps qui permettent la rencontre :- lors du premier contact pour le rendez-vous,- lors de l'accueil du patient,- lors de l'anamnèse,- lors des préalables et des préliminaires de la séance,- lors de la séance d'hypnose elle-même,- lors des suites de la séance,- lors du raccompagnement du patient.

Toutes ces façons de faire et de dire, en ces lieux et en ces temps, sont de multiples occasions, dans une interactivité permanente, de suggérer. Ces suggestions, avec leur très fréquent corollaire de non permissivité, sont loin de laisser de véritables choix éclairés au patient.

Le changement est le résultat de rencontres, d'échanges et d'influences. Entre : "introduction d'une idée dans le cerveau qui est acceptée par lui" et "offrir la possibilité de faire des expériences nouvelles dans une attitude de disponibilité" Les différences ne sont pas aussi éloignées qu'il y parait ; en effet, la deuxième phrase a été écrite un siècle plus tard et le terme offrir à moins de valeur lorsque les choix offerts au patient sont souvent illusoires.

Vue sous cet angle de la permissivité, l'hypnose éricksonienne est-elle vraiment très éloignée de Bernheim ?

Mais n'est-ce pas ce que vient chercher le patient, aujourd'hui encore, avec l'hypnose ?

 

 

1 - Hypnotisme, suggestion, psychothérapie, H. Bernheim, Douin Editeur. Paris, 1903

2 - The practice of Hypnotism. A. Weitzenhoffer, John Wiley & Sons Publishers, volume 1, New York, 1989

3 - La nouvelle hypnose, Jean Godin, Albin Michel. Paris, 1992

4 - Communication personnelle lors du congrès de l'Institut Milton H. Erickson de Paris en 1993

5 - Démonstration faite en 1974 dont la traduction française, Le Cas Monde, a été publié par J.A. Malarevicz et J. Godin dans "Milton H. Erickson de l'hypnose clinique à la psychothérapie stratégique", pages 125 à 138. Les Editions E.S.F Paris 1986

6 - Démonstration à Paris en Juin 1993, séminaire organisé par l'Institut Milton H. Erickson de Paris

7 - Transcription de "Jacques" publiée dans la Revue Phoenix n°2, décembre 1988, pages 8 à 11

8 - Démonstration à Paris en avril 1993, séminaire organisé par l'Institut Milton H. Erickson de Paris

9 - Démonstration faite à Paris en août 1992, séminaire organisé par l'Institut Milton H. Erickson de Paris

10 - Démonstration à Paris en octobre 1993, séminaire organisé par l'Institut Milton H. Erickson de Paris "Le rapport et le transfert"

 

 

 

Dernière modification 16/06/09

 

 


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