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HYPNOSE, LANGAGE et COMMUNICATION

PARIS, 1996, Colloque International Francophone

 

La sophrologie, une réduction de la façon de penser la communication

Jacques et Alain DONNARS

Dès 1959, interne en psychiatrie à l'hôpital cantonal de Madrid chez un Lopez Ibor relégué par le régime de Franco, Alfonso Caycedo est à la recherche d'une méthode qui puisse remplacer son expérience éprouvante des chocs (convulsifs et humides) dans le traitement des psychoses. Sur le conseil de son maître Lopez Ibor, il pratique l'hypnose avec André Cuvelier, le psychiatre de Nancy, dans l'esprit de Coué; Cuvelier a par ailleurs une ouverture sur la psychologie analytique de Jung grâce à Charles Baudouin. Il est licencié en théologie et s'intéresse aux états mystiques.

Le mot "sophrologie" apparaît en 1959-1960, au contact de la pensée de l'historien de la médecine Lain Entralgo dans une perspective qui marie les conceptions cathartiques d'Aristote (Curacion per la palabra) avec un premier modèle hodologique de l'être humain dans le monde (le pharmakon s'adresse au soma, la parole douce et persuasive au thumos et le sens à la tête Noûs); la Sôphrosunê serait une faculté humaine qui permettrait d'unifier ces trois étages ou aspects (eidê).

La sophrologie au sens actuel naît en 1964 des effets de sens de la communication entre ce jeune psychiatre espagnol d'origine colombienne, Alfonso Caycedo, sensibilisé à l'hypnose, et un vieux psychiatre phénoménologue suisse allemand, Ludwig Binswanger. Pour Caycedo, il s'agira bientôt d'expérimenter dans son propre corps des techniques yogi, ce qu'il fera à l'ashram de Pondichéry, avec une distorsion du vécu temporel qu'il vivra comme le socle fondateur de sa méthode derrière le mot "vivencia"; pour Binswanger, de faire le saut d'une description phénoménologique de la psychose à une compréhension des positions de Jaspers sur l'Erlebnis, l'impact émotionnel d'une expérience vécue. Récemment (1990), Caycedo - qui avait présenté son modèle de la conscience sur le mode de l'impact émotionnel de Jaspers (éventail castillan) - propose de sortir de cette conception jugée par lui trop hypnotique et préconise de revenir à la notion de réduction phénoménologique au sens de Husserl.

Le terme "réduction" est actuellement peu usité dans le monde de la psychiatrie et il semblerait qu'il ne soit pas l'objet d'un consensus chez les philosophes eux-mêmes. Notre travail se propose de mettre en questions l'affaire de la sophrologie en faisant travailler le modèle de la réduction phénoménologique. Ainsi, nous accepterons pour des raisons pédagogiques de faire tourner l'expérience de la rencontre d'un socle fondateur de la sophrologie autour de la notion même de réduction. Cette notion est surdéterminée elle-même par les concepts de kinesthèse et d'ontologique existential. Notre travail consiste donc à contextualiser par la clinique trois mots à peu près inconnus du public, même chez le clinicien, le psychiatre, le psychanalyste, l'hypnotiseur, le relaxateur, en 1995.

On ne peut cependant passer sous silence qu'une présentation de la sophrologie sur ce mode négligerait l'essentiel des contributions des sophrologues. En d'autres termes, chaque sophrologue a été directement faire son miel dans la région de la rencontre qui était la sienne et c'est un travail délicat et même présomptueux de retracer le sens que nous venons de donner aux itinéraires d'Anita Violon par exemple ou d'Eliane Ferragut en ce qui concerne l'algologie. Nous serons plus prolixes en ce qui concerne les élèves de Jacques Donnars : Nicole Eichelberger, Nicole Debrie-Le Goullon, auxquelles nous rajouterons Michèle Declerck et Suzanne Ferrières. Une place plus restreinte sera consacrée aux mémoires soutenus à la Société Française de Sophrologie

 

Dernière modification 16/06/09

 

 


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