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La
sophrologie, une réduction de la façon
de penser la communication
Jacques
et Alain DONNARS
Dès 1959, interne en psychiatrie
à l'hôpital cantonal de Madrid chez un
Lopez Ibor relégué par le régime
de Franco, Alfonso Caycedo est à la recherche
d'une méthode qui puisse remplacer son expérience
éprouvante des chocs (convulsifs et humides)
dans le traitement des psychoses. Sur le conseil de
son maître Lopez Ibor, il pratique l'hypnose avec
André Cuvelier, le psychiatre de Nancy, dans
l'esprit de Coué; Cuvelier a par ailleurs une
ouverture sur la psychologie analytique de Jung grâce
à Charles Baudouin. Il est licencié en
théologie et s'intéresse aux états
mystiques.
Le mot "sophrologie" apparaît en
1959-1960, au contact de la pensée de l'historien
de la médecine Lain Entralgo dans une perspective
qui marie les conceptions cathartiques d'Aristote (Curacion
per la palabra) avec un premier modèle hodologique
de l'être humain dans le monde (le pharmakon s'adresse
au soma, la parole douce et persuasive au thumos et
le sens à la tête Noûs); la Sôphrosunê
serait une faculté humaine qui permettrait d'unifier
ces trois étages ou aspects (eidê).
La sophrologie au sens actuel naît
en 1964 des effets de sens de la communication entre
ce jeune psychiatre espagnol d'origine colombienne,
Alfonso Caycedo, sensibilisé à l'hypnose,
et un vieux psychiatre phénoménologue
suisse allemand, Ludwig Binswanger. Pour Caycedo, il
s'agira bientôt d'expérimenter dans son
propre corps des techniques yogi, ce qu'il fera à
l'ashram de Pondichéry, avec une distorsion du
vécu temporel qu'il vivra comme le socle fondateur
de sa méthode derrière le mot "vivencia";
pour Binswanger, de faire le saut d'une description
phénoménologique de la psychose à
une compréhension des positions de Jaspers sur
l'Erlebnis, l'impact émotionnel d'une expérience
vécue. Récemment (1990), Caycedo - qui
avait présenté son modèle de la
conscience sur le mode de l'impact émotionnel
de Jaspers (éventail castillan) - propose de
sortir de cette conception jugée par lui trop
hypnotique et préconise de revenir à la
notion de réduction phénoménologique
au sens de Husserl.
Le terme "réduction" est actuellement
peu usité dans le monde de la psychiatrie et
il semblerait qu'il ne soit pas l'objet d'un consensus
chez les philosophes eux-mêmes. Notre travail
se propose de mettre en questions l'affaire de la sophrologie
en faisant travailler le modèle de la réduction
phénoménologique. Ainsi, nous accepterons
pour des raisons pédagogiques de faire tourner
l'expérience de la rencontre d'un socle fondateur
de la sophrologie autour de la notion même de
réduction. Cette notion est surdéterminée
elle-même par les concepts de kinesthèse
et d'ontologique existential. Notre travail consiste
donc à contextualiser par la clinique trois mots
à peu près inconnus du public, même
chez le clinicien, le psychiatre, le psychanalyste,
l'hypnotiseur, le relaxateur, en 1995.
On ne peut cependant passer sous silence
qu'une présentation de la sophrologie sur ce
mode négligerait l'essentiel des contributions
des sophrologues. En d'autres termes, chaque sophrologue
a été directement faire son miel dans
la région de la rencontre qui était la
sienne et c'est un travail délicat et même
présomptueux de retracer le sens que nous venons
de donner aux itinéraires d'Anita Violon par
exemple ou d'Eliane Ferragut en ce qui concerne l'algologie.
Nous serons plus prolixes en ce qui concerne les élèves
de Jacques Donnars : Nicole Eichelberger, Nicole Debrie-Le
Goullon, auxquelles nous rajouterons Michèle
Declerck et Suzanne Ferrières. Une place plus
restreinte sera consacrée aux mémoires
soutenus à la Société Française
de Sophrologie
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