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LE
JOUR OU LA PUBLICITE FAILLIT RENONCER A L'HYPNOSE
Michèle
DECLERCK
1 ère partie
EN QUOI LA COMMUNICATION PUBLICITAIRE
EST DE TYPE HYPNOTIQUE
1) Il serait trop simple d'assimiler
cette communication a la publicité obsessionnelle
dont le système est fondé sur le réflexe
conditionné ,et qui répond au schéma
stimulus-réponse: "Ouf,merci Aspro" "Y a bon,
Banania" "Choisissez bien, choisissez But" On ne s'appesantira
pas non plus outre mesure sur la publicité
subliminale, dont l'efficacité est loin d'avoir
été démontrée.
2) Il est déjà plus
intéressant de voir comment la publicité
reproduit les conditions de l'hypnose expérimentale
en suscitant des gestes et des conduites: "Raider,2
doigts coupe-faim" "Tout .le monde se lève
pour Danette" et toute l'Amérique pour Coca-cola.
On peut considérer qu'on a affaire ici à
de "l'hypnotisme à l'état de veille",
le sujet reproduisant le comportement voulu par le
publicitaire appuyé par l'adhésion socioculturelle.
De façon plus générale
encore on peut considérer que le récepteur
de publicité est - par définition -
en situation hypnotique au sens où Kubie
et Margolin parlaient d'une "hypnose sans hypnotiseur".
C'est le système même de la publicité
qui se présente comme le bon objet transférentiel
capable de prendre tantôt "les figures protectrices
de la petite enfance" (hypnose maternelle), tantôt
"les figures chargées de l'autorité
et de la protection .. (hypnose paternelle), le résultat
étant dans tous les cas qu'il remet "sa personne
et son sens de la sécurité entre les
mains d'un autre", fut-il imaginaire. .
Cf. en particulier le rôle contra-phobique
de la publicité.
2 ème partie
UNE REMISE EN CAUSE QUI N'EST PAS SANS
RAPPORT AVEC CERTAINES OBSERVATIONS CLINIQUES
A) Du côté de la publicité,
1° Des doutes apparaissent quant à
l'efficacité du système (la crise
économique n'étant à cet égard
qu'un révélateur) "Ca ne marche plus",
en tous cas plus si bien.
2° On incrimine le changement intervenu
chez le consommateur, qualifié de versatile ou
d'imprévisible, "caméléon" ou "hérisson"
En fait, tout se passe comme si le consommateur avait
appris les mécanismes du marketing et de la communication,
et s'était mis en tète de les décoder.
3° D'où la nécessité
de reconstruire la communication sur de nouvelles bases
- soit en transformant les règles
en "règles du jeu"
Ce sera le rôle de la dérision:
Orangina
ou de la preuve par l'absurde: Club Med
- soit en inventant un autre système
de relation :
.. que les gestes viennent relayer l'insuffisance
du discours
ou que le discours lui-même devienne
un discours sous condition, laissant ouvert le champ
des possibles: SNCF "nous allons essayer de vous faire
préférer le train" ou TOTAL "vous ne viendrez
plus chez nous par hasard".
B) Du côté de la clinique,
on trouve des correspondances en ce sens :
1° que le doute sur l'efficacité
des techniques tend à se généraliser
s'agissant des écoles elles mêmes qui avaient
attaqué l'hypnose sur le chapitre des résultats
: la psychanalyse, la sophrologie aussi.
2° que ce qui est en question -comme
en publicité- c'est bien la "naïveté"
du sujet,
les patients comme les consommateurs,
s'ingéniant à nous mettre en face de notre
propre impuissance : "ce que je comprends, c'est que
ni la psychanalyse, ni la sophrologie ne peuvent me
faire passer l'envie de fumer"
3° quant les réactions des thérapeutes,
comme des publicitaires, vont :
- de la démission à peine
déguisée: guérir "de surcroît
- à l'effacement de la technique
: on "travaille ensemble"‚
- à la mise en place de pratiques
qui tendent à éluder la relation.
3 ème partie
UNE TENTATION TOUJOURS RENAISSANTE
1) Il suffit de renouveler les "cibles"
Cf. l'émission "Les enfants de
la pub" ou comment les as du marketing américain
se flattent de conditionner des enfants aux marques
dès l'âge de 2 ans, de fabriquer des
petits "Mac Do" et produisent des obèses via
la publicité télévisée
2) et les méthodes
comment, en France même, les fabricants
de "premix" se vantent d'initier les adolescents à
l'alcool en jouant sur la confusion des produits,
des présentations et des comportements.
Ou comment encore on lance insidieusement
un nouveau parfum à travers un feuilleton sentimental
: "Dans un grand vent de fleurs ..."
EN CONCLUSION,
Ce qui nous a paru émerger,
de cette mise en parallèle de 1' évolution
de 2 systèmes apparemment éloignés
l'un de l'autre:
la publicité et la psychologie
clinique,
mais présentant ce dénominateur
commun du recours à la suggestion,
serait le constat suivant:
Il semble qu'il arrive un moment, dans
la vie de ces techniques où le sujet -qu'on
l'appelle patient ou consommateur- devient suffisamment
au fait des mécanismes pour - souvent après
un premier temps d'acceptation apparente - devenir
capable de les déjouer au point de les rendre
inopérants.
Encore qu'il puisse arriver que, par
une sorte de mouvement dialectique, hypnotiseurs et
hypnotisés, comme frustrés les uns et
les autres d'une satisfaction essentielle, finissent
par réinventer, sous des aspects plus déguisés
et plus dangereux parce que moins contrôlés,
le pouvoir de la suggestion.
tel est le problème que nous
avons souhaité poser, sans pour autant prétendre
y répondre..
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