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La
demande d'hypnose et ses suites
Jean
CASSANAS
Mon objectif est de montrer que la demande
d'hypnose n'entraîne pas forcément une
simple hypnothérapie. Le contexte contribuant
à l'émergence de cette demande joue un
rôle décisif dans la forme que prendra
la relation thérapeutique ultérieure,
pour autant que le thérapeute peut utiliser les
effets dynamiques de l'hypnose dans une vision plus
globale de la thérapie.
Trois observations me permettront d'illustrer
ce point de vue :
1/ Une femme de 35 ans, un enfant. Elle
veut arrêter de fumer. C'est son mari qui prend
contact en précisant qu'elle souhaite sa présence
à ses côtés pour les séances
d'hypnose. Lors de notre première rencontre,
j'aborde les deux points qui me paraissent important
d'évoquer pour la réussite ultérieure
de l'objectif : 1/ Est-elle actuellement dans une situation
émotionnelle plutôt favorable ? 2/ Peut-elle
imaginer l'état agréable dans lequel elle
sera lorsqu'elle aura arrêté de fumer ?
Sur ce dernier point, elle peut répondre de façon
positive en donnant des détails : elle s'est
déjà arrêtée au moment de
la grossesse de sa fille et pour l'allaitement ; elle
pourra grossir, elle aura des sensations gustatives
et olfactives plus agréables, elle pourra respirer
librement... etc. Mais pour le premier point, c'est
plus difficile : depuis quelques temps, elle fume énormément
parce que sa mère vient de lui apprendre qu'elle
a un cancer du sein.. -Et elle ajoute : " le problème
de la relation à ma mère est énorme.
Je sais qu'il faut que je fasse une thérapie
depuis longtemps, mais je ne sais pas comment commencer...
Je crois que je vais venir vous voir seule la prochaine
fois pour vous parler de ma mère. Peut-être
pourrons nous ensuite. utiliser l'hypnose pour l'arrêt
du tabac, parce que si je réussis à ce
niveau, cela me donnera du courage pour me dégager
de ma mère...".
2/ Une femme de 38 ans, mariée,
deux enfants. Après 8 ans d'analyse avec quelqu'un
qui utilisait la relaxation, sa thérapeute lui
aurait dit qu'elle ne pouvait plus rien pour elle (!)
Elle cherche à continuer ce travail pour résoudre
deux difficultés : relations sexuelles très
difficiles avec son mari ; gros problèmes relationnels
dans son travail (angoisse, peur de la relation, ruminations..
etc.). Dans ce premier entretien, elle est étonnée
de découvrir combien le fait de parler de ses
parents (alors qu'elle a rompu depuis deux ans les relations
avec eux) déclenche encore de très grosses
émotions. Dans les premières séances,
un important travai de reviviscence des interactions
pathologiques avec sa mère se fait. Nous parlons
à chaque fois longuement de la folie de celle-ci
et des efforts qu'elle a dû faire pour s'en distancier.
Puis j'adopte un autre type d'induction, ce qui la conduit
à vivre des transes de plus en plus profondes.
Elle constate combien ces séances "silencieuses"
l'aident à "faire le vide dans sa tête".
Après deux ans de thérapie, son évolution
est spectaculaire : elle a enfin trouvé une assurance
et un bien être dans sa vie professionnelle et
sociale comme elle n'en avait jamais connu.
3/ Un homme de 40 ans, marié, deux
enfants. Son père vient d'être opéré
du coeur et va mourir dans les jours suivants. Simultanément,
il vient d'apprendre qu'il va être démis
de ses fonctions professionnelles parce qu'il a échoué
dans ses objectifs. Il se rend compte que ces derniers
étaient impossibles à atteindre - ce dont
convient volontiers sa hiérarchie - mais sa lucidité
ne l'empêche pas de vivre cette épreuve
comme une blessure profonde : ces événements
confirment l'image médiocre qu'il a toujours
eue de lui même. Il demande et obtient un congé
de maladie. Ce temps lui permet d'être auprès
de son père jusqu'au décès. Comment
reprendre goût à la vie et au travail ?
Malgré son état dépressif, il ne
veut pas prendre de médicaments et préfère
s'en remettre à moi. Il veut être près
à affronter son nouveau poste de travail. 3 séances
d'hypnose l'aideront à revenir au sein d'une
équipe dans laquelle il avait travaillé
quelques années auparavant. J'utilise pour cela
des images positives de sa seule passion : la moto.
Lorsqu'il a pu reprendre un minimum de confiance pour
s'investir dans son nouveau travail, sa demande se modifie
: il veut pouvoir parler du deuil de son père,
de son enfance, de son manque de confiance en lui depuis
toujours... Nous entrons ainsi dans une psychothérapie
plus classique qui durera environ 18 mois. Il me semble
que dans ce cas là, les premiers entretiens et
l'hypnose, tout en l'aidant à affronter une situation
de crise, lui ont laissé entrevoir qu'il pouvait
aussi appréhender ses difficultés suivant
d'autres modalités.
Pour conclure :
- la demande d'hypnose est une modalité
d'entrée en relation thérapeutique qui
exprime à elle seule une problématique
parfois plus globale dont il faut tenir compte sans
pour autant chercher à en analyser immédiatement
les enjeux
- Le thérapeute doit pouvoir accompagner son
patient dans l'utilisation de l'hypnose qu'il demande
et non lui imposer un protocole qui ne tienne pas compte
du contexte de formulation de cette demande.
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