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HYPNOSE, LANGAGE et COMMUNICATION

PARIS, 1996, Colloque International Francophone

 

La demande d'hypnose et ses suites

Jean CASSANAS

 

Mon objectif est de montrer que la demande d'hypnose n'entraîne pas forcément une simple hypnothérapie. Le contexte contribuant à l'émergence de cette demande joue un rôle décisif dans la forme que prendra la relation thérapeutique ultérieure, pour autant que le thérapeute peut utiliser les effets dynamiques de l'hypnose dans une vision plus globale de la thérapie.

Trois observations me permettront d'illustrer ce point de vue :

1/ Une femme de 35 ans, un enfant. Elle veut arrêter de fumer. C'est son mari qui prend contact en précisant qu'elle souhaite sa présence à ses côtés pour les séances d'hypnose. Lors de notre première rencontre, j'aborde les deux points qui me paraissent important d'évoquer pour la réussite ultérieure de l'objectif : 1/ Est-elle actuellement dans une situation émotionnelle plutôt favorable ? 2/ Peut-elle imaginer l'état agréable dans lequel elle sera lorsqu'elle aura arrêté de fumer ? Sur ce dernier point, elle peut répondre de façon positive en donnant des détails : elle s'est déjà arrêtée au moment de la grossesse de sa fille et pour l'allaitement ; elle pourra grossir, elle aura des sensations gustatives et olfactives plus agréables, elle pourra respirer librement... etc. Mais pour le premier point, c'est plus difficile : depuis quelques temps, elle fume énormément parce que sa mère vient de lui apprendre qu'elle a un cancer du sein.. -Et elle ajoute : " le problème de la relation à ma mère est énorme. Je sais qu'il faut que je fasse une thérapie depuis longtemps, mais je ne sais pas comment commencer... Je crois que je vais venir vous voir seule la prochaine fois pour vous parler de ma mère. Peut-être pourrons nous ensuite. utiliser l'hypnose pour l'arrêt du tabac, parce que si je réussis à ce niveau, cela me donnera du courage pour me dégager de ma mère...".

2/ Une femme de 38 ans, mariée, deux enfants. Après 8 ans d'analyse avec quelqu'un qui utilisait la relaxation, sa thérapeute lui aurait dit qu'elle ne pouvait plus rien pour elle (!) Elle cherche à continuer ce travail pour résoudre deux difficultés : relations sexuelles très difficiles avec son mari ; gros problèmes relationnels dans son travail (angoisse, peur de la relation, ruminations.. etc.). Dans ce premier entretien, elle est étonnée de découvrir combien le fait de parler de ses parents (alors qu'elle a rompu depuis deux ans les relations avec eux) déclenche encore de très grosses émotions. Dans les premières séances, un important travai de reviviscence des interactions pathologiques avec sa mère se fait. Nous parlons à chaque fois longuement de la folie de celle-ci et des efforts qu'elle a dû faire pour s'en distancier. Puis j'adopte un autre type d'induction, ce qui la conduit à vivre des transes de plus en plus profondes. Elle constate combien ces séances "silencieuses" l'aident à "faire le vide dans sa tête". Après deux ans de thérapie, son évolution est spectaculaire : elle a enfin trouvé une assurance et un bien être dans sa vie professionnelle et sociale comme elle n'en avait jamais connu.

3/ Un homme de 40 ans, marié, deux enfants. Son père vient d'être opéré du coeur et va mourir dans les jours suivants. Simultanément, il vient d'apprendre qu'il va être démis de ses fonctions professionnelles parce qu'il a échoué dans ses objectifs. Il se rend compte que ces derniers étaient impossibles à atteindre - ce dont convient volontiers sa hiérarchie - mais sa lucidité ne l'empêche pas de vivre cette épreuve comme une blessure profonde : ces événements confirment l'image médiocre qu'il a toujours eue de lui même. Il demande et obtient un congé de maladie. Ce temps lui permet d'être auprès de son père jusqu'au décès. Comment reprendre goût à la vie et au travail ? Malgré son état dépressif, il ne veut pas prendre de médicaments et préfère s'en remettre à moi. Il veut être près à affronter son nouveau poste de travail. 3 séances d'hypnose l'aideront à revenir au sein d'une équipe dans laquelle il avait travaillé quelques années auparavant. J'utilise pour cela des images positives de sa seule passion : la moto. Lorsqu'il a pu reprendre un minimum de confiance pour s'investir dans son nouveau travail, sa demande se modifie : il veut pouvoir parler du deuil de son père, de son enfance, de son manque de confiance en lui depuis toujours... Nous entrons ainsi dans une psychothérapie plus classique qui durera environ 18 mois. Il me semble que dans ce cas là, les premiers entretiens et l'hypnose, tout en l'aidant à affronter une situation de crise, lui ont laissé entrevoir qu'il pouvait aussi appréhender ses difficultés suivant d'autres modalités.

Pour conclure :

- la demande d'hypnose est une modalité d'entrée en relation thérapeutique qui exprime à elle seule une problématique parfois plus globale dont il faut tenir compte sans pour autant chercher à en analyser immédiatement les enjeux

- Le thérapeute doit pouvoir accompagner son patient dans l'utilisation de l'hypnose qu'il demande et non lui imposer un protocole qui ne tienne pas compte du contexte de formulation de cette demande.

 

 

Dernière modification 16/06/09

 

 


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