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Du Rapport Magnétique à l'Alliance Thérapeutique

PARIS, 28 & 29 Novembre 2008, Colloque International Francophone

[English Version]

 

Présentation du sujet

L'usage des termes rapport magnétique qui désigne selon Franz Anton Mesmer (1734-1815) une relation de dépendance qui naît et se développe dans le processus thérapeutique entre magnétiseur et magnétisé, s'élargit avec Amand-Marie-Jacques de Chastenet, Marquis de Puységur (1751-1825) lorsqu'il explique la possibilité de " mettre en rapport " par son intermédiaire et sa volonté deux somnambules magnétisés (Processus d'électivité). Puységur établit ainsi le " rapport magnétique " : magnétiseur et patient doivent mettre en connexion leur fluide magnétique, afin qu'une " circulation " s'établisse, dirigée alors par la volonté de l'opérateur. Le magnétiseur peut dès cet instant agir sur le corps du patient laissant s'exprimer ses désirs par sa volonté. Le patient est à ce moment en état somnambulique, voire en transe profonde. Le rapport peut alors être institué : le thérapeute doit en manifester par sa volonté un désir intense, cependant qu'il place une ou deux mains sur la tête ou sur l'épigastre du patient. Le rapport peut se poursuivre alors en l'absence de contact, voire même être transféré sur un autre opérateur. " Croyez et veuillez sont les mots clefs " disait Puységur. Il note par ailleurs que le magnétisé n'est sensible qu'à sa voix, ou à celle sur qui le rapport à été transféré.
C'est après 1850 que se fait en France le passage du magnétisme animal à l'hypnose, sous l'influence du célèbre Abbé José-Custodio de Faria (1756-1819) et de l'un de ses proches amis, le médecin Alexandre Bertrand (1795-1831). Faria fonde le terme de sommeil lucide en remplacement de somnambulisme magnétique. Bertrand rapporte comment Faria procédait : il demandait à la personne de clore les paupières et de méditer. Puis, soudainement, il disait d'une voix forte et impérative " dormez ". Cela déclenchait un sursaut du corps, la survenue de sueur, de chaleur et parfois de somnambulisme. Il lui arrivait de recommencer trois ou quatre fois, après quoi, en cas d'échec, il disait que la personne était incapable d'entrer en sommeil lucide.
En Angleterre, James Braid (1795-1860), aux Etats-Unis La Roy Sunderland (1804-1885), W.B. Fahnestock et J.K. Mitchell (1798-1858), intéressés par le magnétisme, le rejetèrent au profit d'autres explications.
Mais il faut attendre que Pierre Janet (1859-1947) fonde le concept de désagrégation psychologique pour que le rapport hypnotique acquière un véritable statut théorique. L'émergence d'une " personnalité seconde ", évoque très justement l'état somnambulique, et l'échange électif qui s'en suit, celui spécifique du fameux rapport. Les deux personnalités, première et seconde coexistent, alors que pour certains dans le somnambulisme elles se succédaient.
Nous savons aujourd'hui par notre expérience clinique que la dissociation est un phénomène progressif, allant d'une dissociation légère, celle de la distraction, à des dissociations extrêmement profondes, dans les cultes de possession ou les états mystiques par exemple. Ces processus dissociatifs se devraient d'ailleurs d'être étudiés tant ils se rapprochent, voire se fondent avec certaines formes de clivage psychotique, dont nous savons qu'ils s'accompagnent de transfert intenses et d'ouverture sur le fantastique. Le rapport hypnotique est donc clairement la mise en rapport élective de la part dissociée d'une personne avec une autre, elle-même dissociée ou non, sans oublier que la partie première des protagonistes est toujours prête à faire surface… Elle est seulement au second rang.
Le rapprochement du rapport hypnotique d'avec le transfert selon Freud a pu faire dire que " l'hypnose n'était qu'un transfert ", du simple fait de l'hypothèse freudienne du passage par la soumission, celle de l'analysant qui retrouve l'attitude de l'enfant (1). Pourtant le rapport hypnotique ainsi que la transe ne peuvent pas s'accommoder de la théorie d'un inconscient restreint au produit du refoulement. La théorie de la dissociation (les états hypnoïdes de Breuer, les travaux de Hilgard, la clinique de Milton Erickson jusqu'aux travaux en neurophysiologie…) confine le produit du refoulement dans une partie restreinte d'un inconscient infiniment plus vaste que l'inconscient freudien, et cautionne les critiques que Morton Prince (2) formulaient à Freud : une théorie de la dissociation doit rendre compte de tous les cas de dissociation et s'y appliquer.
Erickson et Jung ont en commun l'idée d'un inconscient beaucoup plus vaste et réservoir de ressources, source de restructuration chez l'un et ouverture sur l'inconscient collectif chez l'autre.
La dissociation commune à toutes les formes de transe permet un mode de communication spécifique qui caractérise le travail thérapeutique de ces grands maîtres : l'art de la mise en relation… du rapport magnétique à l'alliance thérapeutique.

L'alliance thérapeutique se définit comme le lien patient/thérapeute qui se créer dans un esprit de collaboration, les protagonistes s'entendent sur leurs tâches respectives, et les considèrent comme importantes et pertinentes. Les objectifs de la thérapie sont clairs, bien compris et endossés par les deux parties. Un lien affectif basé sur la confiance, l'implication, l'acceptation ainsi qu'une grande empathie de la part du thérapeute relient les deux personnes (3, 4, 5)
De nombreuses recherches se sont succédées depuis les travaux de précurseurs tels Luborsky et Co de l'Université de Pensylvanie (6) (Echelles d'alliances aidantes de Pensylvanie, Pen helping alliance) ou Marziali, Marmar et Krupnick, de la Fondation Menninger, qui définirent dans le cadre d'un projet de recherche sur les psychothérapies, l'alliance thérapeutique non seulement comme un pré-requis pour le travail thérapeutique, mais aussi comme le principal vecteur du profil de changement (7). Selon une vaste synthèse d'études, publiée en 2003 (8), le rôle du patient serait déterminant pour ce que constitue une bonne alliance thérapeutique. En effet implication et détermination joueraient pour quarante pour cent dans les chances de réussite de la thérapie. Il semble que l'aspect le plus important de l'implication du patient (une notion qui englobe à la fois engagement et action) soit son intention sincère de collaborer au processus thérapeutique. La bonne volonté, les efforts consentis et l'ouverture d'esprit seraient déterminants. Une étude a d'ailleurs démontré (9) la forte corrélation entre l'ouverture initiale du patient et le succès à court et long termes de la thérapie. On y faisait aussi remarquer que la confiance et l'esprit de collaboration démontrés par le thérapeute peuvent avoir une influence positive sur l'implication du patient. Enfin citons cette étude publiée par la Harvard Medical School (10), qui mentionne que le patient doit être motivé, participer activement au traitement et être prêt à faire face à d'intenses émotions et le rôle important de l'utilisation de métaphore dans l'établissement d'une alliance, en particulier chez l'enfant (11).

Appel à communication : Thèmes du colloque

[English version]

Lien affectif, empathie, vigueur et détermination… Voici qui est évocateur de caractéristiques souvent mentionnées dans les pratiques d'hypnothérapie.

- L'hypnose est-elle un outil d'étude de l'alliance thérapeutique ?
- L'hypnose serait-elle un outil facilitateur ?
- L'alliance hypnothérapeutique est-elle spécifique ?
- La question de l'alliance dans l'approche médicale de l'hypnose ? Spécificités ?
- Existe-t-il une corrélation entre intensité de la dissociation et qualité de l'alliance thérapeutique ?
- Place et rôle du langage ?
- Place et rôle du symbole ?
- Quel serait le rôle de la métaphore dans le processus d'une alliance partagée dans l'imaginaire ?
- Quel est l'impact affectif sur les protagonistes de cette construction ?
- Qu'en est-il du jeu subtil entre les " personnalités secondes ", du thérapeute et du patient ?
- Quels liens entre l'alliance et le cadre en tant que scène d'un théâtre où s'exprime le jeu de ces acteurs ?
- Spécificités de l'alliance hypnothérapeutique avec les enfants ou encore avec plusieurs membres d'une même famille ?
- Quels liens entre l'alliance thérapeutique et le rituel ?
- Quels sont la place et l'impact des théories et du cadre sur la mise en place du théâtre, lieu d'expression de l'alliance thérapeutique ?
- L'alliance thérapeutique et le chamane : le concept d'alliance thérapeutique s'étend-il aux tradithérapies ?
- Apports des études anthropologiques ?

Pour ceux qui souhaitent communiquer :

- merci de remplir le formulaire de soumission en cliquant ici
- et de l'envoyer avant le 01 mai 2008

Après concertation, le comité scientifique du GEAMH vous fera parvenir sa décision : fin juin 2008.

Tous les résumés sont à envoyer impérativement :

- soit par courriel (préférentiellement) : GEAMHcolloque08@aol.com
- soit par courrier, à l'adresse suivante :
Madame Christelle MAZEVET-COLLOT / Colloque GEAMH
4 rue Chomel 75007 Paris.

[Télécharger le formulaire de soumission]

Bibliographie

1. Sédat Jacques, Le déclin du transfert, une invention freudienne, in Les Carnets de la psychanalyse, N° 18, 2006, P25.
2. Prince Morton, The mechanism and interpretation of dreams, The Journal of Abnormal Psychology, October- November, 1910
3. Summers RF, Barber JP. Therapeutic alliance as a measurable psychotherapy skill. Acad Psychiatry. 2003 - Fall; 27 (3):160-5. Synthèse d'études.. Martin DJ, Garske JP, Davis MK. Relation of the therapeutic alliance with outcome and other variables: a meta-analytic review. J Consult Clin
4. Hubble Mark, Duncan Barry, Miller Scott. The Heart & Soul of Change - What Works in Therapy, American Psychological Association, États-Unis, 2003.
5. Gaston L. The concept of the alliance and its role in psychotherapy: Theoretical and empirical considerations. Psychotherapy, 27, 1990, p. 143-153
6. Luborsky L, Luborsky E, 1992, Evaluation des phénomènes transférentiels par différentes méthodes dont celle du " thème relationnel conflictuel central ", in Guerin P, Dazord A, Recherches cliniques " planifiées " sur les psychothérapies, méthodologie. Paris Inserm, pp. 35-54
7. Castonguay LG, Goldfried MR, Wiser S, Raue PJ, Hayes AM. Predicting the effect of cognitive therapy for depression: a study of unique and common factors. J Consult Clin Psychol. 1996 Jun; 64(3):497-504.
Roth Anthony, Fonagy Peter. What works for whom? - A critical review of psychotherapy research, Guilford Press, États-Unis, 2005, p. 463.
8. Ackerman SJ, Hilsenroth MJ. A review of therapist characteristics and techniques positively impacting the therapeutic alliance. Clin Psychol Rev. 2003 Feb;23(1):1-33. Synthèse d'études.
9. Ambuhl H, Grawe K. The effects of psychotherapy as a result of the relation of therapeutic availability and acceptance by the client. Z Klin Psychol Psychopathol Psychother. 1988; 36 (4):308-27.
Ackerman SJ, Hilsenroth MJ. A review of thrapist characteristics and techniques positively impacting the therapeutic alliance. Clin Psychol Rev.
10. Craig Miller Dr Michael. How important is the therapeutic alliance, Harvard Mental Health Letter, Harvard Medical School, September 2004. www.health.harvard.edu
11. Sommers-Flanagan J, Sommers-Flanagan R, The Wizard of Oz metaphor in hypnosis with treatment-resistant children, . Am. J Clin Hypn. 1996 Oct;39(2):105-14.

 

Colloque organisé par le Groupement pour l'Etude et les Applications Médicales de l'Hypnose

avec le soutien de

l'Institut de Psychiatrie Paul Sivadon

 

 

 

 


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