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Crime et
déambulation
Madame
Carmen URQUIETA
Psychologue
et
Madame Isabelle de KOCHKO
Psychologue et psychothérapeute
Nous avons publié récemment dans la revue
" Migrations Santé " un article sur
les violences conjugales et les meurtriers en série.
Très vite, il nous est apparu que l'état
de dissociation mentale spontanée était
au cur du sujet et que la déambulation
apparaissait comme un facteur favorisant la dissociation.
Nous avons pu écrire à propos des maris
batteurs : " la femme perçoit l'homme comme
étant deux personnes bien distinctes, c'est-à-dire
scindé. D'autant plus que son comportement social
est parfois à l'opposé de son comportement
domestique et conjugal ".
En allant plus loin dans notre analyse de la violence,
nous avons pu constater que certains types de tueurs
en série, tels que Guy Georges, " obéissent
à une pulsion impérieuse et incontournable
de tuer. Ils sont parfois dans un état de conscience
modifiée, comme l'explique le tueur de l'Est
parisien ou bien le célèbre étrangleur
de Boston qui se rappelait et s'étonnait de ses
actes barbares en les voyant à la télévision
".
Par ailleurs, la dissociation apparaît aussi très
nettement dans des états de fureur et de violence
meurtrière admises socialement, étant
codifiées et porteuses de sens, telles que la
course d'amok en Malaisie ou le windingo des indiens
du Canada. Les serial killers disent aussi " se
mettre en chasse ".
Le déplacement en général, la course,
la déambulation, le vagabondage, permettent sans
conteste l'éclosion d'un état de dissociation.
Celle-ci va faire surgir la mise en acte des fantasmes
meurtriers. En effet, dans la mesure où le temps,
l'espace et les repères sociaux sont abolis,
la censure et la conscience s'affaiblissent. Des contenus
pulsionnels oniroïdes surgissent, se mêlant
aux contenus de conscience. Un exemple frappant est
celui de Francis Heaulmes qui, ayant " rêvé
" auparavant d'une femme sur une plage, se sent
poussé à commettre le meurtre d'une femme
allongée au soleil sur le bord de la mer, comme
la continuation de sa rêverie.
Cette perspective de recherche nous semble très
riche car la déambulation comme facteur de dissociation
spontanée se retrouve aussi dans l'activité
créative originale des artistes ou des penseurs.
Les exemples connus abondent, comme le facteur Cheval
qui parcourait des kilomètres à pied,
le poête-musicien Guy Béart qui crée
ses uvres au cours de ses déplacements
en voiture ou encore le prix Nobel Watson, co-découvreur
de la structure de l'ADN qui eut l'inspiration de sa
structure définitive lors d'un voyage en train.
(Ceci pour conclure sur une note peut-être moins
macabre !)
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