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La dissociation
dans la schizophrénie
Dr
Yves THORET,
Psychiatre, Dr d'Etat en psychologie
La maladie mentale appelée schizophrénie
par Eugen Bleuler en I9II comportait un mécanisme
principal qu'il appela Spaltung. Ce terme fut traduit
en français par le mot dissociation ce qui créa
et crée encore beaucoup de confusion.
L'objectif de cet exposé est de rappeler la sémiologie
du syndrome de dissociation dans la schizophrénie
et de souligner les différences fondamentales
de ce tableau clinique avec les manifestations décrites
précédemment dans l'hystérie par
Charcot, Janet, Freud et Morton Prince, qui furent reprises
par les auteurs du DSM sous le nom de Dissociative Disorders.
On insistera sur les formes masquées d'entrée
dans la schizophrénie et sur la difficulté
de leur diagnostic : formes pseudo-névrotiques,
dépressions atypiques, formes associées
à une toxicomanie, formes psychopathiques et
formes anxieuses. Cette évaluation diagnostique
requiert de prendre en compte des éléments
synthétiques tels que les modifications inattendues
de comportement, les chutes de rendement scolaire ou
intellectuel, les ruptures dans la vie familiale ou
affective, les centres d'intérêt, les investissements
d'ordre moral, idéologique ou spirituel, le vécu
du corps, la référence éventuelle
à une dimension fantastique et les mutations
d'identité. La dissociation dans la psychose
peut se manifester également par un sentiment
de dépossession de soi, formant les symptômes
de premier rang décrits par Kurt Schneider. Autant
le diagnostic est aisé devant un tableau constitué
de délire hallucinatoire ou d'automatisme mental,
autant il est difficile lorsque la déstructuration
ne se manifeste que dans un registre de modification
de l'ambiance, de dissolution des repères, de
transformation du corps, de perte du caractère
familier de l'expérience quotidienne. C'est surtout
dans la période de l'adolescence que ces troubles
apparaissent.
Tant que l'éventualité d'une psychose
débutante n'est pas écartée, il
faut être très prudent dans les interventions
thérapeutiques et psychothérapeutiques.
On évoquera enfin la possibilité d'une
régression à une dissociation de type
psychotique au cours d'une cure psychothérapique.
Le caractère bizarre, imprévu, incohérent
de ces réactions doit conduire à examiner
cette hypothèse avec prudence, patience et finesse.
Maître de Conférences honoraire de psychopathologie
à l'Université Paris X Nanterre.
53, avenue Anatole France, 78300 Poissy.
E-mail : thoret.yves@wanadoo.fr

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