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De la psychologie
de désagrégation (ou dissociation) à
la théorie de la conscience
Pr.
Jean Michel PETOT
Psychologue
L'objectif de cette communication est de montrer que
le concept de dissociation, tel qu'il est utilisé
actuellement par les chercheurs et les praticiens de
l'hypnose, oblige à poser des questions fondamentales,
à la frontière entre psychologie et philosophie,
sur la nature, les degrés et les structures de
la conscience et de la conscience de soi.
En effet, la psychiatrie anglo-saxonne a donné,
depuis vingt-cinq ans, une nouvelle signification au
terme familier dissociation, à tel point que,
pour désigner la dissociation schizophrénique,
le DSM-IV et la CIM-10 préfèrent désormais
parler de désorganisation. Les origines de ce
changement de sens sont doubles : d'un côté,
les travaux de Hilgard sur l'hypnose et notamment sur
le phénomène de l'observateur caché,
qui l'ont amené à reprendre le mot et
les conceptions de Janet (qui préférait
quant à lui parler de désagrégation)
; de l'autre le développement d'un courant clinique
qui se spécialise dans le diagnostic et le traitement
hypnotique des troubles aujourd'hui connus sous le nom
de trouble dissociatifs hystériques, c'est-à-dire
les personnalités multiples et les états
seconds, amnésies lacunaires et fugues hystériques
de la tradition psychiatrique européenne. Le
concept de dissociation permet de ramener à l'unité
le phénomène de l'observateur caché
et la l'absence de communication entre différents
secteurs d'une même personnalité dans les
troubles dissociatifs.
Mais qu'est ce que la dissociation ? On a souligné
à juste titre que la désagrégation
- on évitera le terme dissociation qui, en Europe,
renvoie à la Spaltung psychotique dont la nature
est tout autre - se différencie du refoulement
en ceci qu'elle met en place une barrière verticale
entre des parties du psychisme qui ont toutes le pouvoir
de devenir conscientes chacune à son tour, alors
que le refoulement met en place une barrière
horizontale, qui interdit au refoulé de devenir
conscient. Cela oblige à poser la question du
statut de la désagrégation. Est-elle un
état passif de perte de contrôle du Moi
qui se produirait automatiquement lorsque survient un
traumatisme ? Est-elle un mécanisme de défense
actif qui protège le Moi contre les effets du
traumatisme ? Les concepts freudien ou kleinien de clivage
rendent-ils compte des phénomènes de désagrégation
?
Enfin, ces questions sur la nature de la désagrégation
nous conduisent à poser la question de ce que
l'expérience hypnotique et la pathologie des
hystéries " dissociatives " peuvent
nous apprendre sur la nature et les structures de la
conscience : j'ai déjà souligné
antérieurement que l'un des effets secondaires
indésirables de la découverte de l'inconscient
a été l'absence d'intérêt
de Freud et de la plupart de ses successeurs pour la
description de la diversité des états
de conscience et notamment pour la description des différents
degrés de conscience. On reprendra ici l'analyse
des différents niveaux de la conscience à
partir de l'étude des niveaux de sa désintégration
dans l'hypnose et dans les pathologies désagrégatives,
et en essayant d'intégrer les apports des sciences
cognitives et de la " philosophie de l'esprit ".
Laboratoire de Psychologie clinique des
Faits culturels, Université de Paris X-Nanterre
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