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HYPNOSE et DISSOCIATION PSYCHIQUE

PARIS, 08 & 09 Octobre 2004, Colloque International Francophone

 

De la psychologie de désagrégation (ou dissociation) à la théorie de la conscience

Pr. Jean Michel PETOT
Psychologue

 

L'objectif de cette communication est de montrer que le concept de dissociation, tel qu'il est utilisé actuellement par les chercheurs et les praticiens de l'hypnose, oblige à poser des questions fondamentales, à la frontière entre psychologie et philosophie, sur la nature, les degrés et les structures de la conscience et de la conscience de soi.
En effet, la psychiatrie anglo-saxonne a donné, depuis vingt-cinq ans, une nouvelle signification au terme familier dissociation, à tel point que, pour désigner la dissociation schizophrénique, le DSM-IV et la CIM-10 préfèrent désormais parler de désorganisation. Les origines de ce changement de sens sont doubles : d'un côté, les travaux de Hilgard sur l'hypnose et notamment sur le phénomène de l'observateur caché, qui l'ont amené à reprendre le mot et les conceptions de Janet (qui préférait quant à lui parler de désagrégation) ; de l'autre le développement d'un courant clinique qui se spécialise dans le diagnostic et le traitement hypnotique des troubles aujourd'hui connus sous le nom de trouble dissociatifs hystériques, c'est-à-dire les personnalités multiples et les états seconds, amnésies lacunaires et fugues hystériques de la tradition psychiatrique européenne. Le concept de dissociation permet de ramener à l'unité le phénomène de l'observateur caché et la l'absence de communication entre différents secteurs d'une même personnalité dans les troubles dissociatifs.
Mais qu'est ce que la dissociation ? On a souligné à juste titre que la désagrégation - on évitera le terme dissociation qui, en Europe, renvoie à la Spaltung psychotique dont la nature est tout autre - se différencie du refoulement en ceci qu'elle met en place une barrière verticale entre des parties du psychisme qui ont toutes le pouvoir de devenir conscientes chacune à son tour, alors que le refoulement met en place une barrière horizontale, qui interdit au refoulé de devenir conscient. Cela oblige à poser la question du statut de la désagrégation. Est-elle un état passif de perte de contrôle du Moi qui se produirait automatiquement lorsque survient un traumatisme ? Est-elle un mécanisme de défense actif qui protège le Moi contre les effets du traumatisme ? Les concepts freudien ou kleinien de clivage rendent-ils compte des phénomènes de désagrégation ?
Enfin, ces questions sur la nature de la désagrégation nous conduisent à poser la question de ce que l'expérience hypnotique et la pathologie des hystéries " dissociatives " peuvent nous apprendre sur la nature et les structures de la conscience : j'ai déjà souligné antérieurement que l'un des effets secondaires indésirables de la découverte de l'inconscient a été l'absence d'intérêt de Freud et de la plupart de ses successeurs pour la description de la diversité des états de conscience et notamment pour la description des différents degrés de conscience. On reprendra ici l'analyse des différents niveaux de la conscience à partir de l'étude des niveaux de sa désintégration dans l'hypnose et dans les pathologies désagrégatives, et en essayant d'intégrer les apports des sciences cognitives et de la " philosophie de l'esprit ".

Laboratoire de Psychologie clinique des Faits culturels, Université de Paris X-Nanterre

 

Dernière modification 16/06/09

 


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