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Un apprentissage
à l'entrée en transe dans le rite afro-brésilien
de l'Umbanda
Madame
Nancy MIDOL
Psychologue
Pour approcher le phénomène de la dissociation
qui permettrait d'entrer en transe, je prendrai l'exemple
d'un rituel d'intronisation des apprentis médiums
et des médiums dans la tradition afro-brésilienne
de l'Umbanda. Cette expérience sera suivie de
façon existentielle et interprétée
selon une approche phénoménologique. L'entrée
en transe se fait comme en hypnothérapie par
un guidage, ici du chef spirituel. La consigne étant,
après un cérémonial précis,
de continuer à danser naturellement en "
ressentant son corps ". L'initiation consiste alors
en une sorte de danse à deux (mais probablement
à beaucoup plus !) par l'intermédiaire
d'un tissu manipulé par le chef spirituel sur
le corps dansant.
Cette expérience introduit la transe au sein
d'une relation où la confiance doit exister à
deux niveaux : la confiance dans le chef évidemment,
mais aussi la confiance dans la personne elle-même
qui danse. La relation de transe ou relation hypnotique
est partagée. Ainsi on peut comparer l'attitude
d'Erickson entrant en transe pour pouvoir être
plus réceptif à l'intonation et aux inflexions
de dix de ses patients, et par là oubliant la
présence des autres, et l'attitude du Paï,
dansant avec le corps entré en transe. C'est
ainsi que le Paï et le thérapeute devanceraient
l'impétrant dans la phase hypnotique et engageraient
un rapport immédiat et dans un instantané.
Sommes-nous là au sein de cette relation que
F. Roustang déclare être l'essence même
de l'hypnothérapie ?
La problématique de la dissociation concerne
le " champ de conscience " comme l'a défini
Janet. Elle est à prendre en compte en dehors
de la conceptualisation de la psychose. La dissociation
hypnotique questionne l'unité de la personne
non pas à travers l'innocuité des termes
comme corps, esprit, psyché, soma, conscient,
inconscient, moi etc., mais parce qu'elle implique une
interaction qui suppose une altérité.
L'Ego et l'Alter se construiraient l'un par l'autre
et sont essentiellement sociaux d'après BALDWIN
qui parle de " Socius " 1.
Cette théorie de la constitution de soi par l'autre
a été enrichie par le concept d'espace
transitionnel inventé par WINNICOTT. Et Ronald
LAING enfonce le clou dans le Moi divisé (1977,
p94), affirmant que le sentiment du Moi est à
la mesure du sentiment qu'on en a mais aussi à
la mesure de la manière dont les autres lui assignent
une existence. " La conscience de soi implique
deux choses : la conscience que l'on a de soi-même
et la conscience de soi en tant qu'objet d'observation
d'autrui ".
C'est dans cette interaction entre l'autre et soi que
je voudrais replacer la réflexion sur la théorie
de la dissociation dans un champ de conscience. N'est-ce
pas un rapport avec toutes sortes de " devenirs
" (devenir animal, devenir végétal
)
dont chaque terme comporte le double aspect progression/régression
? Ce processus instable jouant le rôle d'un transformateur
de la libido (métamorphose) ? 2
1) Il distinque trois étapes dans la genèse
de la conscience de soi. Il y a d'abord le stade projectif
où l'enfant projette (sent) la personnalité
des autres avant d'avoir le sentiment de la sienne propre.
Après le septième mois, il passe au stade
subjectif où l'imitation lui permet de passer
de " mon expérience de ce que tu es à
une interprétation de ce que je suis ".
Puis vient le stade éjectif - où le processus
se trouve renversé, c'est-à-dire qu'à
partir de ce sentiment plus complet de moi-même
je reviens à une connaissance plus complète
. " Histoire de la découverte de l'inconscient
: P. Baldwin James Mark, Mental development in the child
and the race, methode and processes, NY, Macmillan,
1895, p334-338.
2) Deleuze et Guattarie, Mille plateaux, 1980, 288.
Maître de Conférences - Université
de Nice
SAMIC : Laboratoire Anthropologie
Mémoire, Identité, cognition sociale
Hériot - 06200 Nice Tél.04.93.37.55.45
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