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De
la dissociation comme pathologique à la
dissociation comme ressource
Pr.
G. LAPASSADE
Ethnologue
Comme chacun sait : la notion de dissociation, était
la traduction américaine de celle de " désagrégation
" mentale proposée (et élaborée)
par Janet en 1889 dans sa thèse de Doctorat de
lettres sur " l'automatisme psychologique ".
Dans cet ouvrage, la notion de " désagrégation
" désignait le processus originaire de l'hystérie
(théorie que Brauer et Freud allaient emprunter
à Janet dans leurs " Etudes sur l'hystérie
" parue en 1895) et que Freud allait abandonner
deux ans plus tard (voir à ce propos mon chapitre
sur Freud dans mon petit livre sur " la découverte
de la dissociation ").
Il faut encore rappeler que Janet, toujours dans sa
thèse de 1889 écrit quelque part a) que
cette " désagrégation " est
l'état premier du psychisme et que l'identité,
construction psychosociale, viendra ensuite seulement
(malheureusement, il ne développe pas ce point,
pourtant essentiel) et b) que par conséquent,
il faudra oublier Descartes et la philosophie traditionnelle
en son ensemble qui se construit à partir de
l'identité première et originaire. Malgré
ces réflexions essentielles, il reste que chez
Janet et ceux qui l'ont suivi, la dissociation est essentiellement
un processus pathologique ou plus exactement source
de pathologie.
Un siècle plus tard (environ), Hilgard propose
sa théorie d'une dissociation considérée
comme normale et fonctionnelle. Ce travail pionnier
de Hilgard constitue (pour moi et quelques autres) la
base d'un renversement théorique (par rapport
à Janet) et c) conduisant à considérer
que la dissociation peut-être aussi une ressource
dans certaines situations sans renoncer pour autant
aux significations antérieures de la notion).
Je donnerai deux exemples de cette dissociation - ressource
:
A) Les travaux et publications de Renato Curcio, fondateur
des premières Brigades rouges vers 1970, sorti
de prison après 22 ans d'incarcération,
aujourd'hui éditeur, écrivain et intervenant
socio analyste qui a montré comment les prisonniers
ne pourraient survivre qu'au moyen de pratiques dissociatives
systématiques telles que le recours à
des " drogues " ou - par opposition - à
des pratiques dissociatives comme la méditation,
la production de fantasmes, etc
B) Mon deuxième exemple sera emprunté
à l'anthropologie religieuse traditionnelle qui
a montré que dans le chamanisme comme dan le
médiumnisme (bien qu'on puisse par ailleurs les
opposer comme l'on fait Luc de Heusch et Gilbert Rouget)
on assisterait à un renversement :
- au départ, le futur chaman et le (ou la) futur
médium découvrirait sa vocation à
travers une dissociation pathologique (c'est le "
recrutement par la maladie ") ;
- Mais ensuite ils vont (par l'intervention de guérisseurs
- initiateurs ou par eux-mêmes ?) surmonter cette
pathologie (cette dissociation adolescente) et faire
de leur dissociation une ressource professionnelle (pour
la divination et autres pratiques).
En conclusion, je proposerai une hypothèse :
peut être la dissociation pathologie est-elle
déjà une ressource, comme cela peut être
lu dans ma présentation de 7 énergumènes
" mes " regards sur la dissociation adolescente
".
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