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La
dissociation à l'uvre dans l'expérience
psychique
des cancéreux et de leurs proches
Madame
Claudine LANZAROTTI
Psychanalyste, psychothérapeute
Le diagnostic de cancer produit un choc énorme,
parce qu'il confronte la personne de façon brutale
et forcée à la perspective de sa propre
mort. Cette confrontation, qui vient violemment faire
effraction au fantasme d'immortalité, déborde
le psychisme et déclenche instantanément
une dissociation dont les degrés d'hermétisme
sont variables.
Plus la dissociation psychique est rigide, et plus elle
entraîne les patients à des conduites visant
à tout faire pour étouffer leur angoisse
et l'exclure du champ de leur conscience, souvent par
la volonté et la méthode Coué.
La prise en compte de la dissociation est indispensable
et essentielle à celle des répercussions
de la maladie dans le groupe familial : plus les patients
tentent d'être sourds et aveugles à leur
propre souffrance, plus cela entrave leur capacité
à pouvoir entendre et percevoir la souffrance
des autres, notamment de leur conjoint et de leurs enfants.
D'autre part, l'identification et l'analyse fine de
ce mécanisme sont fondamentales pour le thérapeute
dans son travail d'accompagnement psychique des patients
cancéreux : la dissociation impliquant un hermétisme
trop rigide entre les différentes parties de
la conscience produit une crise psychique qui ne peut
qu'entraîner des perturbations relationnelles
et sociales, lesquelles agissent comme un système
de rétroaction, en renforcement de la crise adaptative
initiale.
Le travail psychothérapeutique auprès
des patients : Il s'agit dans un temps premier de décrypter
pour eux et avec eux leurs réactions, leurs sentiments.
Leur donner des points de repères quant aux questions
qu'ils se posent, mettre des mots sur l'angoisse de
mort, légitimer cette angoisse, en rendre possible
l'expression. Pour le dire autrement, il s'agit de leur
expliciter le mécanisme de dissociation dont
ils sont l'objet, les aider à se connecter avec
la partie d'eux-mêmes qu'ils cherchent tant à
étouffer.
Cette explication a souvent pour effet d'atténuer
le sentiment dissociatif et de permettre une réhabilitation
du sentiment d'unité et de la compréhension
de soi-même.
Ce travail permet une reconnaissance de l'aspect adaptatif
de la crise. Les patients ne doutent alors plus (ou
moins) de leur normalité, de leur intégrité
mentale. Ils retrouvent alors un peu du sentiment de
continuité de soi, grâce à la résorption
de l'état dissociatif permis par la déculpabilisation.
La déculpabilisation permet de pouvoir parler
de la maladie de façon authentique avec leurs
proches, et de pouvoir aborder les questions de gravité
et de l'éventualité de la mort : ces questions
sont toujours au cur des préoccupations
et de la souffrance des malades et de leurs proches,
mais ce qui les fait encore plus souffrir, c'est quand
ils ne peuvent pas les exprimer et se sentent obligés
de les occulter, renforçant aussi la dissociation
intérieure.
IGR - 39 rue Camille Desmoulins
94805 - VILLEJUIF - Tél.01.42.11.51.12

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