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Dissociation
et hypnose originaire
Madame
Tamara LANDAU
Psychologue - psychanalyste
Durant trente ans de pratique analytique avec des patients
adultes névrosés, j'ai pu remarquer d'une
part qu'ils souffraient de troubles de la perception
du corps propre qui passaient souvent inaperçus
dans les cures et d'autre part qu'ils décrivaient
des sensations corporelles récurrentes faisant
état d'un sentiment de vacuité lié
à l'impression de ne pas être vraiment
existant. Ainsi, par exemple, j'ai appris fortuitement
qu'une patiente noire se voyait blanche, qu'un patient
enfin guéri d'un psoriasis qui envahissait son
visage et toutes les parties visibles du corps continuait
à se voir marqué et qu'une patiente en
fin d'analyse niait sa grossesse déjà
bien avancée. Tous ces patients faisaient état
d'un corps inconsistant et invisible, à la fois
très lourd et très léger, voire
carrément liquide comme un uf qui s'évide
brusquement. Ces sensations corporelles m'ont paru très
proches des sensations éprouvées en état
d'hypnose. Par ailleurs, j'ai observé également
chez certains patients des modifications importantes
de leur état durant les séances d'analyse
: selon l'intensité de mon attention, ils se
sentaient lourds ou très légers. Par exemple,
lorsque mon attention était " flottante
", comme Freud le préconise pour communiquer
d'inconscient à inconscient, ils se sentaient
" lâchés " et flottants aussi
dans un état d'apesanteur très angoissant
: à tous ces patients il fallait une attention
très intense de ma part pour se sentir exister
dans l'espace-temps de la séance. Toutes ces
sensations rappellent à la fois ce qu'on éprouve
en état d'hypnose et ce qu'on doit ressentir
pendant la vie ftale dans l'interaction avec la
mère. Pour pousser plus loin cette intuition,
j'ai effectué un travail de danse avec Kitsou
Dubois, chorégraphe et chercheur sur les techniques
de danse en apesanteur. J'interrogeais ainsi le rapport
du transfert et l'attention " flottante "
avec l'apesanteur et l'hypnose. Durant les exercices
effectués avec elle j'ai pu repérer un
passage durant lequel j'étais dans un état
de dissociation et d'hypnose : je me sentais très
légère comme si j'étais portée
réellement par mon professeur. Cet état
d'hypnose a été " liquidé
"naturellement, sans induction, durant la dernière
phase du travail lorsque j'avais intégré
tous les mouvements. Après cette expérimentation,
j'ai pu remarquer toutes ces modifications de l'état
de conscience chez des femmes enceintes. Par la suite,
toutes ces observations cliniques m'ont permis d'élaborer
le rapport entre le transfert et le processus de dissociation
et d'hypnose originaire à l'uvre durant
la grossesse pour la mère et le ftus.
8 square de Chatillon - 75014 Paris
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