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Etre possédé
au Maroc et à Mayotte : Regards croisés
sur les mécanismes de contrôle de la possession
Pr Bertrand
HELL
Anthropologue
Au début de ses investigations sur les phénomènes
de possession, l'ethnologie a un peu rapidement fait
sienne l'idée commune d'un abandon total, de
la passivité des acteurs. Des études ethnographiques
plus approfondies permettent maintenant de relativiser
le discours convenu des " montures " des esprits
et de mettre en lumière la participation active
des possédés à leurs états
de transe. Sur mes terrains au Maroc (culte des Gnawa)
et à Mayotte (culte patrosi d'origine bantoue
et culte tromba d'origine malgache) le travail d'observation
mené en amont des grands rituels publics de possession
laisse clairement entrevoir le mécanisme d'interaction
s'établissant entre les fundis (" les maîtres
") et les possédés. Comme dans tous
les rituels d'affliction, au Maroc et à Mayotte
les manifestations d'un corps tourmenté et "
frappé " sont extrêmement spectaculaires
: elles ne doivent cependant pas occulter le fait qu'à
toutes les étapes de l'installation des esprits,
le possédé est appelé à
jouer un rôle actif : choix de son fundi, choix
des plantes et des " médicaments ",
énonciation des interdits, délivrance
d'une parole de plus en plus intelligible, etc.
Par la suite lors des rituels publics, la capacité
de contraindre le corps à adopter une gestuelle
rituelle précise tant dans l'induction de la
transe que dans l'extériorisation de la personnalité
des esprits se manifestant (par exemple successivement
vieux roi paralysé, guerrier farouche puis marin
saôul dans le tromba) atteste l'existence d'un
véritable " observateur caché ".
Car le caractère théâtralisé
de la possession ne doit pas inciter à penser
les rituels en terme de jeu social : la réalité
d'un état initial de morbidité, la force
des états de dissociation et l'importance du
phénomène d'acting out nous renvoient
clairement dans la sphère du psychique. Les grandes
précautions rituelles qui accompagnent la sortie
de l'esprit, étape jugée périlleuse
par tous les initiés, en témoignent explicitement.
Professeur des universités
CEIFR (EHESS-PARIS)
Centre d 'Etudes Interdisciplinaires
des Faits Religieux (EHESS Paris )
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