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L'autisme
et la transe
Dr Jean-Marc
CHAVAROT
Psychiatre
Je travaille beaucoup et de manière très
active ces dernières années, sur la phénoménologie
des troubles psychiques.
La réflexion que je vous propose a pour point
de départ l'observation de sujets qui présentent
des troubles autistiques (ou parfois schizophréniques),
et se mettent manifestement et spontanément en
état de transe : Tel fixe intensément
des points brillants ou les rayons du soleil à
travers le feuillage des arbres ou des reflets sur des
surfaces réfléchissantes, avec un mouvement
de balancement régulier de tout le corps, et
en émettant des modulations vocales, tel autre
passe rapidement et répétitivement des
doigts écartés de sa main devant les yeux,
le regard fixé au loin, tel autre encore émet
des sons gutturaux continus sur une même tonalité
grave, à la façon de mantras, le regard
perdu, parfois en se bouchant les oreilles, etc.
Manifestement ils sont en état d'hypnose, coupés
des autres et du monde, mais dans une unité rythmique
qu'ils génèrent eux-mêmes et où
ils se laissent absorber. C'est un " rythme "
(au sens très large ou H. MALDINEY, par exemple
utilise ce terme), où l'existence est toute à
elle-même, toute à sa phénoménalité,
toute à sa présence.
Cet état est précisément différent
des angoisses autistiques (agitation, agressivité,
auto agressivité
.) et des états
de discordances (perplexité, déstructuration,
apragmatisme
), qui sont précisément
des états de dissociation.
L'autiste, coupé d'autrui et désuni, dissocié,
(re)trouve une unité dans la transe. Bien plus
dans la transe même, il est à la fois dissocié
(des autres, du monde, de lui-même), et ré-uni
(au monde, à lui-même, peut-être
aussi d'une certaine manière à l'autre).
C'est une façon d'être là. Une façon
d'être dans la vie (dans son " auto-affection
", suivant l'expression de M. Henry). Une façon
d'être-au-monde.
Cela peut-il être un point de départ pour
retrouver une forme de dialogue avec autrui ? Ou est-ce
encore une impasse plus forte de la relation, un obstacle
encore plus serré à toute forme de réciprocité
?
Remarque : la transe n'est, il me semble, en elle-même,
ni dissociative, ni associative, elle est l'un et /ou
l'autre. Mais elle répond ici peut-être
à la dissociation radicale de l'existence qu'est
l'autisme.
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