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Empathie
et transfert
Francis ROUAM,
Psychiatre
Aucune technique psychothérapique
ne peut faire léconomie de tenter de préciser
le vecteur de son action. En hypnothérapie, trois
axes sont généralement cités pour
repérer les conditions de son efficacité
: la modification de létat de conscience
du patient, la pertinence des métaphores proposées
et la qualité de la relation qui sétablit
avec le thérapeute. Cest ce dernier point
qui sera lobjet des quelques réflexions
ici développées.
Les débats souvent passionnés sur la nature
et la validité dun changement thérapeutique
portent volontiers sur les rapports réciproques
du patient et de son symptôme et le statut de
celui-ci. On oscille schématiquement ente deux
modèles extrêmes :
Celui du symptôme « corps étranger
» quil convient déradiquer
tel un parasite après que la fatalité
en ait accablé le patient, mais qui se trouve
volontiers réduit à une position de passivité
à légard des soins qui lui sont
prodigués.
Celui du symptôme intriqué à lêtre
du sujet modèle qua finalement élu
la psychanalyse et où la signification et le
rôle du symptôme dans léconomie
psychique se doivent dêtre mis à
jour pour en espérer la levée.
Entre ces deux pôles, léventail de
toutes les nuances possibles, chacune influant sur les
modalités de la relation thérapeute-patient.
En miroir de ces considérations diversifiées
sur le symptôme se reflètent des regards
non moins contrastés sur la nature de lintervention
du thérapeute, de la suggestion autoritaire directe
à lintervention la plus allusive et indirecte,
en passant par toute une série de mises en scène
où le patient est invité à déployer
un nouveau monde. Cependant, aucune de ces modalités
nest concevable indépendamment du type
de relation thérapeutique installée par
le thérapeute, qui sécrit avec la
même encre que celle de la technique dintervention
quil privilégie : là encore, cest
entre deux types de qualité relationnelle que
celle-ci sorganisera dans chaque cas particulier,
de lempathie au transfert tel que la élaboré
la psychanalyse. Non tant le transfert au sens de la
répétition avec le thérapeute dune
modalité relationnelle ancienne du sujet vis
à vis de tel ou tel de ses proches quil
conviendrait dexpliciter, mais simplement pendant
et au sein de laquelle la réaction du thérapeute
aux propos du patient prendrait tout son tranchant et
doù procéderait sa pertinence.
De son côté, la notion dempathie
offre le cadre dune facilitation régressive
dans laquelle les schémas de pensée et
de comportement se défont dune rigidité
paralysante au profit dun remodelage et de nouvelles
hypothèses propices à ouvrir aux patients
un déplacement de perspective doù
un même paysage se perçoit sous un jour
inédit. Plutôt que dêtre considérée
comme un retour à des stades psychologiques infantiles
autorisés par une bienveillance identificatoire
du thérapeute vis à vis de son patient,
lempathie gagne à être pensée
comme la réactivation de ce à quoi les
anciens penseurs chinois, à linstar de
Mencius avaient été si sensibles, à
savoir linteraction constante des êtres
de lunivers entre eux, incontournable condition
à ce que puisse se déployer lindividualité
propre à chacun dans toute sa créativité.
Là, la notion dun contenant matriciel primitif
(maternel) paraît plus rejoindre cette perspective
extrême-orientale que celle de lidentification
à lautre, plutôt retenue par les
tenants de la théorie de lesprit.
Dès lors, ne convient-il pas de questionner les
conditions dans lesquelles la suggestion hypnotique
est susceptible dinduire la possibilité
dun « avenir meilleur » : reconnexion
dun schème de pensée enkysté
et tournant en boucle avec dautres espaces de
la vie psychique, au sein dun bain transférentiel
que celui-ci aidera ainsi à désenclaver,
ou bien (ré)ouverture dun champ créatif
où lélargissement de la conscience
viendra dissoudre le symptôme dans limmensité
du « champ des possibles » ?
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