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Du Rapport Magnétique à l'Alliance Thérapeutique

PARIS, 28 & 29 Novembre 2008, Colloque International Francophone

Empathie et transfert

Francis ROUAM, Psychiatre

Aucune technique psychothérapique ne peut faire l’économie de tenter de préciser le vecteur de son action. En hypnothérapie, trois axes sont généralement cités pour repérer les conditions de son efficacité : la modification de l’état de conscience du patient, la pertinence des métaphores proposées et la qualité de la relation qui s’établit avec le thérapeute. C’est ce dernier point qui sera l’objet des quelques réflexions ici développées.
Les débats souvent passionnés sur la nature et la validité d’un changement thérapeutique portent volontiers sur les rapports réciproques du patient et de son symptôme et le statut de celui-ci. On oscille schématiquement ente deux modèles extrêmes :
Celui du symptôme « corps étranger » qu’il convient d’éradiquer tel un parasite après que la fatalité en ait accablé le patient, mais qui se trouve volontiers réduit à une position de passivité à l’égard des soins qui lui sont prodigués.
Celui du symptôme intriqué à l’être du sujet – modèle qu’a finalement élu la psychanalyse et où la signification et le rôle du symptôme dans l’économie psychique se doivent d’être mis à jour pour en espérer la levée.
Entre ces deux pôles, l’éventail de toutes les nuances possibles, chacune influant sur les modalités de la relation thérapeute-patient.
En miroir de ces considérations diversifiées sur le symptôme se reflètent des regards non moins contrastés sur la nature de l’intervention du thérapeute, de la suggestion autoritaire directe à l’intervention la plus allusive et indirecte, en passant par toute une série de mises en scène où le patient est invité à déployer un nouveau monde. Cependant, aucune de ces modalités n’est concevable indépendamment du type de relation thérapeutique installée par le thérapeute, qui s’écrit avec la même encre que celle de la technique d’intervention qu’il privilégie : là encore, c’est entre deux types de qualité relationnelle que celle-ci s’organisera dans chaque cas particulier, de l’empathie au transfert tel que l’a élaboré la psychanalyse. Non tant le transfert au sens de la répétition avec le thérapeute d’une modalité relationnelle ancienne du sujet vis à vis de tel ou tel de ses proches qu’il conviendrait d’expliciter, mais simplement pendant et au sein de laquelle la réaction du thérapeute aux propos du patient prendrait tout son tranchant et d’où procéderait sa pertinence.
De son côté, la notion d’empathie offre le cadre d’une facilitation régressive dans laquelle les schémas de pensée et de comportement se défont d’une rigidité paralysante au profit d’un remodelage et de nouvelles hypothèses propices à ouvrir aux patients un déplacement de perspective d’où un même paysage se perçoit sous un jour inédit. Plutôt que d’être considérée comme un retour à des stades psychologiques infantiles autorisés par une bienveillance identificatoire du thérapeute vis à vis de son patient, l’empathie gagne à être pensée comme la réactivation de ce à quoi les anciens penseurs chinois, à l’instar de Mencius avaient été si sensibles, à savoir l’interaction constante des êtres de l’univers entre eux, incontournable condition à ce que puisse se déployer l’individualité propre à chacun dans toute sa créativité. Là, la notion d’un contenant matriciel primitif (maternel) paraît plus rejoindre cette perspective extrême-orientale que celle de l’identification à l’autre, plutôt retenue par les tenants de la théorie de l’esprit.
Dès lors, ne convient-il pas de questionner les conditions dans lesquelles la suggestion hypnotique est susceptible d’induire la possibilité d’un « avenir meilleur » : reconnexion d’un schème de pensée enkysté et tournant en boucle avec d’autres espaces de la vie psychique, au sein d’un bain transférentiel que celui-ci aidera ainsi à désenclaver, ou bien (ré)ouverture d’un champ créatif où l’élargissement de la conscience viendra dissoudre le symptôme dans l’immensité du « champ des possibles » ?


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Dernière modification 10/09/09

 

 


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