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Du Rapport Magnétique à l'Alliance Thérapeutique

PARIS, 28 & 29 Novembre 2008, Colloque International Francophone

Sur le lien hypnotique pathogène : la « mélancolie magnétique » d’un adolescent

Franklin RAUSKY,
Maître de Conférences de Psychologie Clinique et Psychopathologie

Dans des nombreux écrits de la médecine européenne classique, une épistémologie naïve du lien relationnel entre clinicien et malade représente celui-ci comme univoquement ou, tout au moins, essentiellement salutaire. Mais, dès la naissance du magnétisme animal de Mesmer et du somnambulisme artificiel de Puységur, à la fin du XVIIIe siècle, la découverte du lien hypnothérapique (qui peut être considéré comme le locus nascendi, la matrice de la relation psychothérapique moderne) interroge cette vision simplificatrice et met en lumière la complexité cognitive, affective et relationnelle de la rencontre, dramatique, paradoxale et ambivalente, entre le praticien et le patient : une rencontre où des phénomènes salutaires de progression sur la voie de la cure sont parasités par des phénomènes perturbateurs de régression et de fixation dans la souffrance. Le lien thérapeutique est alors un double état transitionnel d’équilibre et de déséquilibre, d’harmonie et de tension, de bonheur et de détresse.
Les fondateurs du traitement psychique en état de transe (Mesmer, Puységur, Faria, Deleuse, Bertrand, Noizet) mettent l’accent sur les qualités affectives du thérapeute et du patient dans la réussite de l’alliance qu’ils contractent en vue de la guérison : sentiment, volonté, désir, croyance, confiance, espérance, conviction, disposition d’esprit. La terminologie est fort traditionnelle, mais la perception de la nature profonde du phénomène relationnel est résolument novatrice et inédite.
Dans certains comptes rendus sont décrites des histoires heureuses de guérison et … des situations où le lien hypnotique est source de perturbation.
L’ « Harmonie », idéal thérapeutique mesmérien, cède parfois la place à une dysharmonie, à un trouble psychique engendré par le lien. Puységur décrit un cas de mélancolie d’un de ses patients, un adolescent de 17 à 18 ans, aux débuts de la Révolution, en 1789. Cette histoire met en lumière les dimensions perturbatrices complexes à l’œuvre dans le processus hypnothérapeutique : la forte impression du patient d’être engagé, avec son être total, avec une femme-thérapeute ; le ferme refus affiché par le jeune mélancolique de toute composante libidinale dans son désir nostalgique de retrouver la thérapeute perdue (ce qui nous rappelle la future hypothèse freudienne sur l’hypnose comme lien amoureux sans gratification sexuelle) ; la relation d’autorité thérapeutique et militaire qui se noue entre le magnétiseur-commandant et son jeune magnétisé-officier (lien dominateur-dominé qui deviendra objet de recherche dans l’école de Nancy, sur la suggestibilité du sujet en état de subordination) ; le lien entre folie et somnambulisme (que nous trouverons tout au long du XIXe siècle, dès Mesmer jusqu’à Brueur et Freud) ; la difficulté émotionnelle de nouer deux liens thérapeutiques parallèles avec deux praticiens différents ; la toute-puissance cognitive magique du patient en état de somnambulisme.
Les descriptions du lien magnétique pathogène inaugurent une problématique qui aboutira, un siècle plus tard, à la cristallisation de deux entités cliniques nouvelles : la « passion somnambulique » de Janet et la « névrose de transfert de Freud.


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Dernière modification 10/09/09

 

 


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