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Le transfert
psychanalytique entre les illusions narcissiques du
rapport magnétique et les réalités
observables de lalliance thérapeutique
Jean-Michel
PETOT,
Professeur de Psychologie Clinique, Laboratoire de Psychologie
clinique EVACLIPSY, Université de Paris Ouest
La notion psychanalytique de transfert
est une notion complexe, partiellement contradictoire
et souvent mal comprise. On distinguera deux aspects
principaux dans cette notion : le concept de transfert
paternel et le concept de névrose de transfert,
et on soutiendra quils renvoient à des
conceptualisations fort différentes de la relation
thérapeutique et de la place de la répétition
dans le fonctionnement psychologique. Freud a lui-même
indiqué que le concept psychanalytique de transfert
a lune de ses origines dans la croyance des anciens
magnétiseurs dans lexistence dun
rapport exclusif entre le somnambule et le praticien.
On procédera à une comparaison critique
des concepts de rapport magnétique et de névrose
de transfert, en montrant leurs points communs quon
peut rapporter à une illusion de toute-puissance
du thérapeute : dans les deux cas, on affirme,
sans grand souci dadministration de la preuve,
que les relations interpersonnelles du patient sont
intégralement médiatisées par la
personne du thérapeute ou recentrées sur
elle et sur elle seule, ce qui donnerait au praticien
la possibilité de combattre directement les causes
du mal.
On opposera à ces conceptions héroïques
et grandioses de la relation thérapeutique, qui
surestiment le rôle du thérapeute, la notion
beaucoup plus réaliste dalliance thérapeutique,
originellement issue des travaux de psychanalystes américains
directement inspirés de la notion freudienne
de transfert paternel et, moins directement, de la notion
kleinienne de transfert des objets introjectés
sur les objets réels. Dans cette perspective,
le transfert nest que la reproduction avec la
plupart des personnes, dont le thérapeute fait
partie sans avoir un statut exceptionnel, de schèmes
de relations généralement mais
pas nécessairement adaptatifs.
Ces schèmes sont activement formés au
cours de lenfance ou de ladolescence dans
les interactions avec des personnes prototypiques, qui
ne sont pas forcément les parents. On soulignera
le fait que cette notion du transfert est, contrairement
à celle qui opère dans la théorie
de la névrose de transfert, parfaitement compatible
avec les conceptions cognitives concernant le rôle
des schèmes cognitifs dans le fonctionnement
psychologique
normal et pathologique.
Elle permet en outre de comprendre de façon unitaire
les processus mis en jeu dans les thérapies psychodynamiques
aussi bien que cognitivo-comportementales, et donc dans
les formes dhypnothérapie inspirées
par ces deux grands courants.
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