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Lalliance
thérapeutique en douleur chronique :
quel apport de lhypnose ?
Brigitte
MOTHE,
Psychologue clinicienne,
Unité de Traitement de la Douleur
Les centres anti-douleurs reçoivent
très souvent une catégorie particulière
de patients, en grande détresse psychologique
et souffrant dimportantes douleurs diffuses, associées
à une intense fatigue. Le diagnostic porté,
qui reste sujet à controverses, est celui de
fibromyalgie. Lapproche médicamenteuse
en reste limitée et les praticiens médicaux
se trouvent souvent démunis face à ces
malades, qui comme beaucoup de patients douloureux chroniques,
refusent une démarche psychothérapique
directe. La proposition dune technique mentale
telle que lhypnose, davantage centrée sur
le soulagement de leurs multiples douleurs, répond
donc plus directement aux attentes des patients. Cette
proposition dun «soin» concret, à
la fois corporel et psychique, va en outre faciliter
linstallation dune alliance thérapeutique
positive, comme le montrent les deux exemples cliniques
suivants.
Mme M., 46 ans, aide soignante en maison
de retraite médicalisée est en arrêt
maladie depuis bientôt un an. Diagnostiquée
fibromyalgique, elle ne peut prendre que très
peu de médicaments car elle y réagit le
plus souvent par dimportants effets secondaires.
Lalliance thérapeutique à établir
doit aussi se créer avec son compagnon, lui-même
souffrant de lombalgies, réticent vis-à-vis
de lhypnose et qui tient à laccompagner
lors des premières séances. Ce sont plusieurs
expériences positives qui vont contribuer à
installer la relation thérapeutique : expérience
de la diminution temporaire de la fatigue, identification
dimages sécurisantes «de secours»
(utilisables en cas de crises de fatigue ou de douleurs)
et enfin construction dune métaphore personnelle
concernant tout autant la fatigue que la fibromyalgie
elle-même.
Mme T., 57 ans, restauratrice indépendante
également en arrêt maladie, va utiliser
différemment lhypnose, dont lapport
au niveau des douleurs va rester plus modéré.
Lui ayant initialement permis une expérience
positive de détente et de diminution de ses angoisses,
réinvestie ensuite au domicile, lhypnose
va surtout constituer pour elle un soutien presque métaphorique
dans son objectif de récupération dautonomie.
Car la perte de celle-ci, notamment dans les déplacements
et les tâches quotidiennes les plus simples, provoquait
chez Mme T. des alternances répétées
de colère et de chagrin. Dans ce parcours thérapeutique
spécifique, lhypnose a finalement joué
davantage un rôle dobjet médiateur,
facilitant la mise en place ultérieure dun
travail verbal de soutien psychothérapique.
Ce dernier naurait probablement
pas été possible sans lintermédiaire
de cet «objet» mental quest lhypnose,
finalement plus contrôlable par le patient que
sa relation avec le thérapeute. Enfin, lutilisation
de lhypnose a également facilité
lalliance thérapeutique du côté
du thérapeute, en contrebalançant positivement
de longs descriptifs détaillés relatifs
aux différentes douleurs et aux difficultés
dajustement du traitement médicamenteux.
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