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Du Rapport Magnétique à l'Alliance Thérapeutique

PARIS, 28 & 29 Novembre 2008, Colloque International Francophone

L’accordage affectif dans la cure chamanique.
Réflexions anthropologiques à partir d’un cas ethnographique (boire l’eau bouillante et guérir chez les gnawa du Maroc)

Bertrand HELL,
Anthropologue, Professeur des Universités,
Centre d’Etudes Interdisciplinaires des Faits Religieux, EHESS, Paris

Mes deux précédentes interventions aux colloques du Geamh (2004 et 2006) visaient à introduire un public de non ethnologues au vécu « en profondeur » de la possession en insistant sur le rôle actif qu’est appelé à jouer le possédé-patient.
Le thème de l’alliance thérapeutique m’invite à approfondir à présent un aspect essentiel de l’efficacité symbolique de la cure chamanique à savoir le principe de l’accordage affectif s’établissant entre le chef de culte et le possédé.

Pour ce faire, j’aimerais retenir le principe de la « vignette clinique » en usage dans les colloques médicaux. Je partirai donc de 10 minutes d’images vidéo tournées en 2002 à Rabat au cours d’une cérémonie de possession : elles présentent une étape-clef de la guérison d’un jeune Marocain atteint de troubles du comportement et de bouffées hallucinatoires qui sous l’action d’un djinn boit pour la première fois de l’eau bouillante.
La première séquence présentée montre la transe du chef de culte effectuée juste avant celle de son patient. Elle a pour but de témoigner de la réalité – tangible et lisible aux yeux de tous à travers le rite fakirique du couteau – de son alliance avec un puissant djinn, celui-là même qui l’assiste dans son travail de thérapeute.
La seconde séquence présente le malade entrant dans une nouvelle transe par rapport à ses états antérieurs de « possédé-frappé » et pour la première fois on le voit contrôler son corps en se levant péniblement pour accomplir le geste rituel, « boire l’eau bouillante » qu’exige son djinn qui jusque-là s’était borné à le faire souffrir et à le tourmenter. Aux yeux du public (dont les proches du patient) « les portes de la guérison » se sont effectivement ouvertes.
Durant toute la transe du malade, la présence silencieuse et attentive juste à ses côtés du chef de culte laisse clairement entrevoir la place dévolue à la communication intersubjective entre le possédé et le « maître des esprits ».

Mon commentaire portera ensuite sur la construction de ce lien empathique dans les cultes de possession. La place occupée par le chef de culte comme véritable « base secure » pour la transformation en profondeur du patient (concrétisée par l’installation de son djinn) invite à s’interroger en définitive sur les correspondances entre l’alliance hypno-thérapeutique et l’alliance chamanique. Toutefois dans la cure chamanique l’accordage affectif n’est pas qu’une technique thérapeutique, aussi efficace soit-elle : la communication s’établissant par le jeu des transes renvoie toujours à un discours construit sur la présence des esprits (la possession) et par conséquent aucune guérison durable ne saurait être obtenue sans l’accomplissement d’une véritable initiation. Or le processus initiatique procède de codes et de représentations socialement normés. La relation intersubjective s’inscrit donc aussi dans un cadre plus global résumé sous cette forme dès 1903 par Marcel Mauss : « C’est donc l’opinion qui crée le magicien et les influences qu’il dégage. »


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Dernière modification 10/09/09

 

 


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