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Le doute
et lalliance thérapeutique
Stefano COLOMBO,
Psychiatre en libéral, enseignant superviseur
Faculté de Médecine, Genève
Dans la présentation du colloque
par le Dr Edouard Collot, nous lisons :
«
lalliance thérapeutique
(définie) non seulement comme un pré-requis
pour le travail thérapeutique, mais aussi comme
le principal vecteur du profil de changement. »
Nous voici donc en pleine lecture des dictionnaires
les plus variés pour essayer de cerner ce vecteur.
Nous cherchons la définition d« alliance
», nous en trouvons des dizaines ; nous regardons
un dictionnaire italien : « Trovati 1000 risultati
». Nous nous précipitons sur létymologie
du mot, maigre récolte. Finalement, nous nous
fions à notre propre oreille italophile pour
glisser dans le latin et trouver le verbe « alligare
», en italien : « legare a ». Nous
voici donc « liés à », et
oui, à quoi ? A qui ? Et encore : est-ce vraiment
du thérapeute quil sagit ?
Nous décidons alors de laisser le moyen, le vecteur,
et de passer à lobjectif, le changement.
Un changement demande une adaptation et donc, selon
Piaget, une assimilation et une accommodation. Le premier
terme est lié à soi, permet la continuité
dans le temps et est plutôt rassurant ; le deuxième,
laccommodation, exige une ouverture, implique
une presque rupture et est davantage anxiogène.
Comment partir à la découverte de nouvelles
terres sans être submergé par langoisse
de linconnu et sombrer à la première
tempête ?
Bowlby nous éclaire par le biais de la théorie
et la clinique de lattachement. Ce dernier devra
être « sécure » pour faciliter
lexploration. Le navire ne peut envisager un nouveau
voyage quà condition de « sentir
» que le port quil quitte est son port dattache.
Or, sentir cest se fier, faire confiance, et la
confiance nest possible que si le doute est présent.
Nous allons donc injecter du doute dans ce château
aux murs si rigides quest la plainte du patient.
Pour quil ne soit pas dévastateur, nous
le ferons dans le cadre dun attachement sécure.
Attachement entre qui et qui ? Patient et thérapeute
direz-vous. Pas si sûr
voici déjà
un doute. Alors entre patient et
A suivre, dautant
plus que, suite aux premières thérapies,
un adage se créa rapidement dans mon esprit :
« Croire le patient, ne pas croire ce quil
dit » et, surtout, ne pas dire « Je vous
comprends » ! Cette dernière phrase peut
étouffer dans luf la thérapie
qui vient de commencer. Nous montrerons le danger caché
de « comprendre » à laide de
lhistoire du nain.
Alors, quid de lalliance thérapeutique
? Des témoignages cliniques amèneront
une ébauche de réponse. Une chose est
sûre : il y aura du doute !
Le doute est lessence même de la motivation
à aller de lavant, il fait partie de la
relation thérapeutique, il nourrit la curiosité
qui ébranle les « vérités
acquises », il est le piment qui participe au
dynamisme de lalliance, finalement, il est lombre
de lespoir, ce vent qui invite le navire vers
de nouveaux rivages.
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