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Du Rapport Magnétique à l'Alliance Thérapeutique

PARIS, 28 & 29 Novembre 2008, Colloque International Francophone

Analyse existentielle et hypnoanalyse

Jean-Marc CHAVAROT,
Psychiatre public et libéral

La psychanalyse se fonde sur une critique de l’hypnose, soupçonnée d’avoir quelque chose d’incestueux, de narcissique, d’imaginaire, et de ne pas permettre un processus d’éveil de la conscience, de sublimation ou de symbolisation. Or elle se coupe ainsi de ce qui fait la richesse du psychisme, que l’hypnose précisément peut ressusciter. Peut-être, comme le pensait C.G. Jung, l’individuation du psychisme est-elle plus intérieure à la vie même que ce que pouvaient penser Freud ou Lacan, qui ne voyaient le développement de la psyché, comme en général de la culture, que dans une rupture d’avec la nature (opposition qui a prévalu dans les sciences humaines au milieu du 20ème siècle).
A l’encontre de ce courant vont des auteurs comme Jung, Binswanger, Bachelard, Henry… : il n’y a de possibilités d’existence qu’en se confiant à l’existence, à son univers d’affects, d’impressions, d’images, non pas tant « narcissiques », que naissant d’emblée de la relation à autrui.

La pratique de l’analyse existentielle vise à replacer les troubles psychiques dans leur dimension avant tout phénoménale. Comprendre un trouble, c’est aller au devant de son univers impressionnel et existentiel, là où seulement peut se résoudre son aporie ; c’est se porter à son sens subjectif et intersubjectif, tel qu’il se dégage d’une situation ; c’est permettre à l’histoire de s’ouvrir à sa question (Husserl), son orientation (Binswanger), son projet (Sartre), son événement (Maldiney).
Dans la même direction, l’hypnoanalyse (L. Chertok, J. Palacci), permet à la personne d’abord de faire l’expérience de son propre univers impressionnel (à la base de l’hypnose comme de la vie même, dirait M. Henry), ensuite d’expérimenter de manière onirique les voies qui s’ouvrent à partir de sa propre situation. Le rêve est en effet, dans la dynamique même de ses métaphores, révélateur du psychisme (en fait c’est la même chose), de ses impasses comme de ses ouvertures. Il faut savoir s’y confier. L’hypnose est en ce sens, comme le chamanisme, une pratique du rêve.
Analyse existentielle et hypnoanalyse se doivent ainsi avant tout d’être réceptives. Le thérapeute suit l’analysant dans son propre univers. Il respecte a priori son monde. Il ne le précède en aucune manière, il est attentif à son propre cheminement. Il lui offre le champ ouvert et inventif d’un espace à la fois subjectif et intersubjectif, celui qui constitue le psychisme.

Ce dont il retourne relève ainsi moins d’une alliance thérapeutique (au sens d’un objectif assumé par deux personnes dans une relation de confiance), que de l’ouverture d’une relation où se remet en question une histoire elle-même relationnelle. Le psychothérapeutique est un champ relationnel où se remet en cause une histoire relationnelle. Il faut comprendre ici qu’il n’y a de subjectif qu’intersubjectif, que le psychisme ne se constitue et ne se développe que dans sa dimension éminemment sociale, que l’individuation ne se peut que dans l’espace interindividuel ; le thérapeutique vient rouvrir cette dimension même.
Binswanger parle de partenaireté. Pour lui la question de l’existence, telle qu’elle se manifeste dans le trouble, est partagée par l’analysant et l’analyste. Il ne s’agit pas tant d’un problème à résoudre, que d’une réponse existentielle à trouver à une question existentielle. Cela ne se peut que dans l’authenticité d’une rencontre.
Maldiney insiste beaucoup sur cette notion d’événement de la rencontre (auquel seraient dérobés les autistes et les schizophrènes). C’est là en effet que s’engage l’existence, que se constitue une subjectivité, que s’ouvre un monde ; et c’est là aussi par conséquent que le thérapeute a son site. Or c’est la réalité impressionnelle de la rencontre et de la relation que l’hypnose redécouvre, et qu’elle peut permettre de rendre à sa liberté, là où elle est dans l’aliénation.


Psychiatre public et libéral, Licencié en Philosophie, Enseignement de la psychopathologie phénoménologique (Toulouse, Montpellier)


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Dernière modification 10/09/09

 

 


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