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Analyse
existentielle et hypnoanalyse
Jean-Marc
CHAVAROT,
Psychiatre public et libéral
La psychanalyse se fonde sur une critique
de lhypnose, soupçonnée davoir
quelque chose dincestueux, de narcissique, dimaginaire,
et de ne pas permettre un processus déveil
de la conscience, de sublimation ou de symbolisation.
Or elle se coupe ainsi de ce qui fait la richesse du
psychisme, que lhypnose précisément
peut ressusciter. Peut-être, comme le pensait
C.G. Jung, lindividuation du psychisme est-elle
plus intérieure à la vie même que
ce que pouvaient penser Freud ou Lacan, qui ne voyaient
le développement de la psyché, comme en
général de la culture, que dans une rupture
davec la nature (opposition qui a prévalu
dans les sciences humaines au milieu du 20ème
siècle).
A lencontre de ce courant vont des auteurs comme
Jung, Binswanger, Bachelard, Henry
: il ny
a de possibilités dexistence quen
se confiant à lexistence, à son
univers daffects, dimpressions, dimages,
non pas tant « narcissiques », que naissant
demblée de la relation à autrui.
La pratique de lanalyse existentielle vise à
replacer les troubles psychiques dans leur dimension
avant tout phénoménale. Comprendre un
trouble, cest aller au devant de son univers impressionnel
et existentiel, là où seulement peut se
résoudre son aporie ; cest se porter à
son sens subjectif et intersubjectif, tel quil
se dégage dune situation ; cest permettre
à lhistoire de souvrir à sa
question (Husserl), son orientation (Binswanger), son
projet (Sartre), son événement (Maldiney).
Dans la même direction, lhypnoanalyse (L.
Chertok, J. Palacci), permet à la personne dabord
de faire lexpérience de son propre univers
impressionnel (à la base de lhypnose comme
de la vie même, dirait M. Henry), ensuite dexpérimenter
de manière onirique les voies qui souvrent
à partir de sa propre situation. Le rêve
est en effet, dans la dynamique même de ses métaphores,
révélateur du psychisme (en fait cest
la même chose), de ses impasses comme de ses ouvertures.
Il faut savoir sy confier. Lhypnose est
en ce sens, comme le chamanisme, une pratique du rêve.
Analyse existentielle et hypnoanalyse se doivent ainsi
avant tout dêtre réceptives. Le thérapeute
suit lanalysant dans son propre univers. Il respecte
a priori son monde. Il ne le précède en
aucune manière, il est attentif à son
propre cheminement. Il lui offre le champ ouvert et
inventif dun espace à la fois subjectif
et intersubjectif, celui qui constitue le psychisme.
Ce dont il retourne relève ainsi moins dune
alliance thérapeutique (au sens dun objectif
assumé par deux personnes dans une relation de
confiance), que de louverture dune relation
où se remet en question une histoire elle-même
relationnelle. Le psychothérapeutique est un
champ relationnel où se remet en cause une histoire
relationnelle. Il faut comprendre ici quil ny
a de subjectif quintersubjectif, que le psychisme
ne se constitue et ne se développe que dans sa
dimension éminemment sociale, que lindividuation
ne se peut que dans lespace interindividuel ;
le thérapeutique vient rouvrir cette dimension
même.
Binswanger parle de partenaireté. Pour lui la
question de lexistence, telle quelle se
manifeste dans le trouble, est partagée par lanalysant
et lanalyste. Il ne sagit pas tant dun
problème à résoudre, que dune
réponse existentielle à trouver à
une question existentielle. Cela ne se peut que dans
lauthenticité dune rencontre.
Maldiney insiste beaucoup sur cette notion dévénement
de la rencontre (auquel seraient dérobés
les autistes et les schizophrènes). Cest
là en effet que sengage lexistence,
que se constitue une subjectivité, que souvre
un monde ; et cest là aussi par conséquent
que le thérapeute a son site. Or cest la
réalité impressionnelle de la rencontre
et de la relation que lhypnose redécouvre,
et quelle peut permettre de rendre à sa
liberté, là où elle est dans laliénation.
Psychiatre public et libéral,
Licencié en Philosophie, Enseignement de la psychopathologie
phénoménologique (Toulouse, Montpellier)
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