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«
Le rapport hypnotique au théâtre du corps
».
A lécoute des savoirs corporels
Brigitte
LUTZ
Psychiatre, Psychanalyste, Psychothérapeute,
Hypnothérapeute, Paris
Parce que le rapport hypnotique est le
lieu dune intersubjectivité sensorielle,
il peut être compris comme cette dimension du
lien humain qui nous met au cur de la dynamique
inconsciente par sa facette corporelle. La séance
et les moments hypnotiques de la thérapie nous
donnent un accès privilégié au
langage corporel en favorisant lémergence
de sensations, déprouvés auxquels
le patient peut, parfois pour la première fois,
prêter attention. Cest pourquoi lorsque
par la désignation du dispositif, il devient
possible à celui-ci dentrer en contact
avec ce que François Roustang appelle la perceptude,
un « dialogue avec le corps » peut être
amorcé par le thérapeute. Dialogue qui
constitue un mode dorganisation temporaire et
spécifique de la relation thérapeutique
: cest le corps du thérapeute dans sa dimension
dappui, de soutien, qui est véhiculé
par son intonation et apporte une qualité de
présence et daccompagnement toute particulière.
La résonance avec le corps de lautre ouvre
à laccueil de pans entiers de la sensorialité
jusque là exclus du champ de la conscience et
permet dactiver la dynamique dexploration
proprement dite de linconscient corporel. Car
les manifestations corporelles peuvent être prises
en compte sans les interpréter demblée
ni chercher à les transformer, en tant que parties
non verbales du discours, éléments signifiants
ou « personnages » intérieurs. Les
identifications du patient et du thérapeute et
de lun à lautre, qui se trouvent
alors mises en mouvement, vont être utilisées
pour que le patient puisse se réapproprier les
savoirs exclus. Ainsi le dispositif hypnotique organise
un théâtre distinct où peuvent se
mettre en scène les éléments dun
savoir corporel méconnu. Celui-ci est constitué
bien sûr des traces mnésiques et inscriptions
traumatiques occultées par le clivage. Mais aussi
des sensations et perceptions qui correspondent à
linvestissement spécifique de certaines
parties du corps et de certaines fonctions corporelles,
cest-à-dire à la façon dont
le corps est « habité ».
Lorsque lon met en uvre une écoute
active de ce que dit le patient à propos ce quil
ressent, le travail thérapeutique peut sorganiser
selon différents registres qui vont se déployer
ensemble ou séparément tout au long de
la thérapie. Parmi ceux-ci, on trouve ce qui
relève de la catharsis par la mise à jour
du matériel inconscient qui gravite autour des
inscriptions corporelles, en sollicitant les associations
qui viennent avec léprouvé : souvenirs,
affects, émotions... Un autre registre est la
mise en représentations de certains aspects de
limage inconsciente du corps (mémoire corporelle
des toutes premières relations et synthèse
vivante de nos expériences émotionnelles
les plus marquantes) qui correspondent souvent au positionnement
subjectif symptomatique. La traduction corporelle de
ce positionnement devient accessible et lisible grâce
au jeu souple des différentes composantes du
champ transférentiel, diffracté par lhypnose
à la manière du spectre lumineux.
Parfois, il arrive aussi que se dévoile une autre
dimension de la conscience corporelle, tout un savoir
constitutif et coextensif à lêtre,
au vivant, en lien avec luniversel, au potentiel
à la fois thérapeutique et créateur.
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