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La main
symbole de lalliance thérapeutique ou véhicule
dun pouvoir magnétique. Expérience
du toucher dans le processus hypnotique.
Michel KRAWCZYK,
Médecin, Ostéopathe, Hypnothérapeute
Le médecin ostéopathe se
définit par sa main, on dira de tel praticien
quil a une bonne main. Comment le comprendre :
est-ce lié à son habileté technique,
promoteur dune action mécanique ? Quelles
sont les autres implications du toucher dans la relation
thérapeutique au-delà de lidée
du pouvoir magnétique autrefois conféré
à la main et qui garde encore aujourdhui
certains adeptes ? On peut y voir dans la clinique actuelle
tout autant le pouvoir inducteur du processus hypnotique
que le symbole de lalliance, de la confiance qui
se noue entre le patient et son thérapeute.
A travers les différentes formes et terminologies
que revêtent certaines pratiques actuelles du
toucher, nous observons quil existe une disparité
dans lémergence de lalliance thérapeutique
qui en découle, liée en partie à
la notion dintention et au degré dautonomie
laissée au patient, mais aussi quil existe
un dénominateur commun à toutes ces pratiques,
à savoir lapparition possible dune
autre modalité dêtre au monde propre
à lexpérience hypnotique.
Si les techniques de massages et de manipulations sont
vieilles comme le monde, les pratiques manuelles actuelles
qui en sont issues et se sont notablement développées
au cours des dernières décennies, ont
chacune leur spécificité et leur histoire.
Du baquet de Mesmer et de ses passes magnétiques,
survenus trop tard ou trop tôt dans un siècle
des lumières à la raison triomphante,
de lOstéopathie apparue au XIXème
siècle et ses conceptions mécanistes laissant
place peu à peu à une pratique fonctionnelle
ou énergétique dont la terminologie approximative
montre le désarroi dune raison à
expliciter les phénomènes constatés,
de lengouement pour les approches douces telles
la fasciathérapie ou lhaptonomie qui connaît
ses heures de gloire dans la mise en lien de la triade
mère-père-enfant, en faisant un détour
par les techniques orientales adaptées à
lOccident dont le Seïtaï apporte une
approche troublante à travers une pratique «
sans connaissance, sans technique et sans but »,
nous reconnaissons le médiateur fondamental quest
la main.
Médiateur entre quelles entités ?
A coup sûr entre le thérapeute
et le patient, cest ce qui saute aux yeux, cest
la partie visible, et lon peut très bien
en rester là ; et si le contact produit une suite
favorable, le thérapeute pourra shonorer
de son pouvoir et le patient lui vouer une reconnaissance
éternelle. Cest ce que lon observe
chez certains guérisseurs ou magnétiseurs.
Ici, alliance thérapeutique et rapport magnétique
se confondent. Le patient sen remet à une
force supérieure et admet implicitement le pouvoir,
le don du guérisseur.
Lalliance est déjà présente
dans la croyance du patient, il ne reste plus au thérapeute
quà imposer les mains pour mettre en uvre
son pouvoir supposé, la connexion est faite et
le « fluide » passe.
Voilà un raccourci intéressant car on
peut supposer que le patient est déjà
en transe avant de procéder au rituel. Le bémol,
cest toutefois cette croyance elle-même
: tout dabord nous ne sommes pas tous doués
pour croire, et le doute met en péril lalliance
faisant obstacle à laction magnétique
supposée de limposition des mains. Ensuite
ce type de relation thérapeutique implique un
rapport de domination qui prive le sujet dune
accession à plus dautonomie et à
son pouvoir dautoguérison.
Mais la main peut aussi être le médiateur
dun autre type dalliance qui cette fois
se travaille, se mérite et nest pas donnée
davance. Une alliance non plus fondée sur
la croyance en un pouvoir mais sur lexpérience
qui relie deux êtres dans leur singularité.
Que se passe-t-il alors ? Nous pénétrons
dans un monde invisible, où toutes les issues
sont possibles : lalliance, la confiance, sont
là, mais chacun reste dans sa singularité,
un essai pour rien. Ou bien du contact naît une
ouverture, une expérience qui dépasse
la somme des singularités, un plus un nest
plus égal à deux. Sil en résulte
une action thérapeutique, nous pouvons nous interroger
sur la nature de la force en jeu permettant le passage
du lien, de lalliance, à la guérison
(et non moins amie) peut nous permettre de redécouvrir
que nous avons un corps, perception à la fois
simple et fondamentale nous ouvrant à une dimension
plus large dont laction thérapeutique est
seulement une possibilité mais non plus un but
dont la poursuite risquerait de fermer le passage.
Lalliance thérapeutique est aujourdhui
le passage obligé qui mérite toute notre
attention dans sa mise en place. Sil existe mille
et une manières de la déployer, le toucher,
par la relation des corps et sa dimension affective
semble un puissant levier qui présente toutefois
ses écueils. Cette alliance peut aussi devenir
dans lexcès de complaisance, de gratification
voire de réassurance quelle induit, limpasse
faisant que patient et thérapeute restent au
seuil de lexpérience essentielle quelle
pourrait pourtant amener et qui est le sel de la relation
thérapeutique : le rapport magnétique.
Curieusement peut-être le terme magnétique,
même sil est connoté et désuet,
semble plus adapté que le mot hypnose pour rendre
compte de la réalité de cette expérience
particulière. Il évoque davantage lapparition
de forces physiques, matérielles palpables pourrait-on
dire dans le processus qui nous intéresse. Puisque
cette expérience nest pas de lordre
de limaginaire entendu comme une projection mentale,
elle est sensorielle (voire infrasensorielle) et aucun
de nos sens pris isolément ne peut la traduire.
Rapport magnétique et alliance thérapeutique,
ou lart et la manière.
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