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Du Rapport Magnétique à l'Alliance Thérapeutique

PARIS, 28 & 29 Novembre 2008, Colloque International Francophone

Du rapport magnétique à l’alliance thérapeutique,
la dimension cachée

Edouard COLLOT,
Psychiatre, Hypnoanalyste

Depuis Mesmer et surtout Puységur, l’attention des cliniciens est attirée par des artéfacts de communication qui n’ont jamais vraiment trouvé d’explication. Il ne s’agit pas de s’intéresser à des éléments mineurs du discours, mais de tenter de comprendre pourquoi Mesmer, Puységur, et souvent à leur insu, tous les thérapeutes, connaissent des instants d’intuitions fulgurantes. Il s’agit par exemple de prise de conscience ou de création de métaphores inattendues, mais aussi de la survenue d’événements synchronistiques, de guérisons étonnantes, tout comme de l’effet placébo. Loin d’être négligeables, ces artéfacts sont souvent essentiels à l’issue favorable du traitement.
A partir de l’analyse de ces faits, étant entendu que le non-explicable n’est en rien le non-rationnel, l’hypothèse est posée de l’existence possible d’une variable cachée qui pourrait peut-être éclairer l’origine de ces manifestations qui figurent dans tout contexte thérapeutique.
Une piste d’analyse comparative nous est donnée par l’observation de la prise en charge effectuée par le medicine man, ce dernier ne possédant aucunes de nos représentations forgées par une science qui a longtemps crée une scission objet/sujet.
La pratique du chamane est « naturelle », au plus proche d’une expérience ancestrale de « ce qui fonctionne ». Elle ne prétend pas à la science et nous plonge dans un contexte proche de l’empirisme des cures de Mesmer ou Puységur.
Plus précisément, l’observation du chamane montre qu’il s’agit d’une pratique reposant sur une connaissance empirique tangible, mais qui laisse place à l’instant du traitement à la spontanéité et à l’intuition, celle du thérapeute mais aussi celle du patient. Tout est à réinventer et à rejouer à chaque fois. Tout se passe comme si, dans certaines conditions de lâcher prise, la personne avait soudain accès à un nouvel espace, ouvrant sur un autre réel. De cette ouverture elle conçoit un éclairage, une mise à distance opérante de sa problématique qui jusqu’alors semblait lui être cachée.

Dans tous les cas, un tiers s’avère mis en œuvre :

Puységur propose à certains sujets de devenir des médecins, des aides par lesquels la voie de la guérison va pouvoir se révéler. Ces dénommés médecins sont placés par Puységur en état de transe, ou de dissociation hypnotique et l’aident par leurs visions à soigner ses patients.
Le chamane du film dont je présenterai un extrait explique à sa patiente qu’elle va trouver en forêt, elle-même, les plantes qui lui sont nécessaire. C’est la forêt qui devient un tiers soignant, par l’intermédiaire de l’esprit des plantes.
Lorsque l’oracle s’exprime, la Pythie n’est qu’à demi-consciente, enivrée par des vapeurs sulfureuses. Sa parole inspirée est le tiers qui révèle l’oracle.
L’effet placebo lui-même n’existe que grâce à la participation d’un tiers, ici représenté par le pouvoir suggestif de la science médicale. Elle devient une instance tierce soignante.

Il semble falloir disposer, pour favoriser la mise en action d’un processus de guérison, d’un espace particulier, un lieu de partage des croyances. Cet espace tiers représenterait alors un autre niveau de réalité, un tiers exclu, levier du changement.
Dans un contexte de transe nécessaire pour soutenir le rituel, apparaît une intelligence intuitive partagée. Lors de la transe, le medicine man comme le patient sont « investis », habités par ce nouvel espace. Pour la psyché du patient, tout se passe alors comme si une instance totémique apparaissait, lieu d’expression de sentiments, d’impressions, de révélations intuitives, de projections virtuelles archaïques émanant du thérapeute ou du groupe de soignants et du patient.

Le rituel achevé, c’est-à-dire une fois la séance terminée, il semble aux participants que la lumière s’estompe, que l’ombre envahit de nouveau l’espace, et que la lucidité s’évanouit, avant que de disparaître de la mémoire même des participants. Hors de la transe et à distance de la séance, le sujet patient est volontiers amnésique. Le cadre, voire le chamane lui-même peuvent apparaître des plus banals.
Cet autre niveau de réalité, ce tiers exclu, ne correspond-t-il pas à un inconscient, dans une définition très différente de celle habituellement retenue ?

Le physicien quantique Basarab Nicolescu propose un modèle transdisciplinaire qui donne un cadre scientifique à cette hypothèse clinique d’un inconscient comme étant un autre niveau de réalité.

Après avoir donné un aperçu de ce modèle, je propose de mettre en rapport certaines situations qui me semblent illustrer la présence de cette dimension autre. Le cas d’Hélène, quasiment aveugle de naissance, traitée par un medicine man (séquences filmées), l’expérience des travaux du Dr. René Péoc’k (thèse de médecine), qui illustre comment l’attachement peut engendrer un lien d’une nature indéterminée entre un animal et un appareillage (faisant référence à la théorie de l’attachement de Lorentz), et qui n’est pas sans rappeler le lien subtil mère/nourrisson. Enfin un exemple clinique suggérant une communication au double niveau, conscient et symbolique.


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Dernière modification 10/09/09

 

 


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