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Du rapport
magnétique à lalliance thérapeutique,
la dimension cachée
Edouard COLLOT,
Psychiatre, Hypnoanalyste
Depuis Mesmer et surtout Puységur,
lattention des cliniciens est attirée par
des artéfacts de communication qui nont
jamais vraiment trouvé dexplication. Il
ne sagit pas de sintéresser à
des éléments mineurs du discours, mais
de tenter de comprendre pourquoi Mesmer, Puységur,
et souvent à leur insu, tous les thérapeutes,
connaissent des instants dintuitions fulgurantes.
Il sagit par exemple de prise de conscience ou
de création de métaphores inattendues,
mais aussi de la survenue dévénements
synchronistiques, de guérisons étonnantes,
tout comme de leffet placébo. Loin dêtre
négligeables, ces artéfacts sont souvent
essentiels à lissue favorable du traitement.
A partir de lanalyse de ces faits, étant
entendu que le non-explicable nest en rien le
non-rationnel, lhypothèse est posée
de lexistence possible dune variable cachée
qui pourrait peut-être éclairer lorigine
de ces manifestations qui figurent dans tout contexte
thérapeutique.
Une piste danalyse comparative nous est donnée
par lobservation de la prise en charge effectuée
par le medicine man, ce dernier ne possédant
aucunes de nos représentations forgées
par une science qui a longtemps crée une scission
objet/sujet.
La pratique du chamane est « naturelle »,
au plus proche dune expérience ancestrale
de « ce qui fonctionne ». Elle ne prétend
pas à la science et nous plonge dans un contexte
proche de lempirisme des cures de Mesmer ou Puységur.
Plus précisément, lobservation du
chamane montre quil sagit dune pratique
reposant sur une connaissance empirique tangible, mais
qui laisse place à linstant du traitement
à la spontanéité et à lintuition,
celle du thérapeute mais aussi celle du patient.
Tout est à réinventer et à rejouer
à chaque fois. Tout se passe comme si, dans certaines
conditions de lâcher prise, la personne avait
soudain accès à un nouvel espace, ouvrant
sur un autre réel. De cette ouverture elle conçoit
un éclairage, une mise à distance opérante
de sa problématique qui jusqualors semblait
lui être cachée.
Dans tous les cas, un tiers savère
mis en uvre :
Puységur propose à certains sujets de
devenir des médecins, des aides par lesquels
la voie de la guérison va pouvoir se révéler.
Ces dénommés médecins sont placés
par Puységur en état de transe, ou de
dissociation hypnotique et laident par leurs visions
à soigner ses patients.
Le chamane du film dont je présenterai un extrait
explique à sa patiente quelle va trouver
en forêt, elle-même, les plantes qui lui
sont nécessaire. Cest la forêt qui
devient un tiers soignant, par lintermédiaire
de lesprit des plantes.
Lorsque loracle sexprime, la Pythie nest
quà demi-consciente, enivrée par
des vapeurs sulfureuses. Sa parole inspirée est
le tiers qui révèle loracle.
Leffet placebo lui-même nexiste que
grâce à la participation dun tiers,
ici représenté par le pouvoir suggestif
de la science médicale. Elle devient une instance
tierce soignante.
Il semble falloir disposer, pour favoriser la mise
en action dun processus de guérison, dun
espace particulier, un lieu de partage des croyances.
Cet espace tiers représenterait alors un autre
niveau de réalité, un tiers exclu, levier
du changement.
Dans un contexte de transe nécessaire pour soutenir
le rituel, apparaît une intelligence intuitive
partagée. Lors de la transe, le medicine man
comme le patient sont « investis », habités
par ce nouvel espace. Pour la psyché du patient,
tout se passe alors comme si une instance totémique
apparaissait, lieu dexpression de sentiments,
dimpressions, de révélations intuitives,
de projections virtuelles archaïques émanant
du thérapeute ou du groupe de soignants et du
patient.
Le rituel achevé, cest-à-dire
une fois la séance terminée, il semble
aux participants que la lumière sestompe,
que lombre envahit de nouveau lespace, et
que la lucidité sévanouit, avant
que de disparaître de la mémoire même
des participants. Hors de la transe et à distance
de la séance, le sujet patient est volontiers
amnésique. Le cadre, voire le chamane lui-même
peuvent apparaître des plus banals.
Cet autre niveau de réalité, ce tiers
exclu, ne correspond-t-il pas à un inconscient,
dans une définition très différente
de celle habituellement retenue ?
Le physicien quantique Basarab Nicolescu propose un
modèle transdisciplinaire qui donne un cadre
scientifique à cette hypothèse clinique
dun inconscient comme étant un autre niveau
de réalité.
Après avoir donné un aperçu de
ce modèle, je propose de mettre en rapport certaines
situations qui me semblent illustrer la présence
de cette dimension autre. Le cas dHélène,
quasiment aveugle de naissance, traitée par un
medicine man (séquences filmées), lexpérience
des travaux du Dr. René Péock (thèse
de médecine), qui illustre comment lattachement
peut engendrer un lien dune nature indéterminée
entre un animal et un appareillage (faisant référence
à la théorie de lattachement de
Lorentz), et qui nest pas sans rappeler le lien
subtil mère/nourrisson. Enfin un exemple clinique
suggérant une communication au double niveau,
conscient et symbolique.
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