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Linduction
:
un moyen puissant pour nouer lalliance thérapeutique
Jean CASSANAS,
Docteur en Psychologie, Thérapeute familial,
Centre Hospitalier Théophile Roussel
Les travaux de Zetzel, Greenson, Bordin
et surtout Luborsky ont montré le rôle
déterminant de lalliance thérapeutique
dans toutes les thérapies. Dans les approches
systémiques, nous sommes confrontés à
trois niveaux dalliance :
avec chaque membre de la famille,
avec les différents sous-systèmes à
lintérieur de la famille,
avec cette même famille dans son ensemble.
Le thérapeute va devoir se situer rapidement
dans des jeux dalliances parfois très complexes
car le risque pour lui est de se retrouver en position
darbitre au milieu dun système familial
qui ne laccepte pas.
Dans la ou les premières séances, il lui
faut donc être particulièrement attentif
à la façon dont il va pouvoir nouer une
alliance avec ce système familial (ou conjugal).
Il sagit de devenir, en quelque sorte, un nouveau
membre de la famille pour mettre en marche puis maintenir
le processus thérapeutique.
Cest à ce moment que linduction
hypnotique joue un rôle majeur : le thérapeute,
très attentif à ce que la famille laisse
entrevoir au niveau analogique, se laisse affecter par
les enjeux émotionnels quil perçoit.
Il imagine alors et propose, dans la séance,
une mise en scène relationnelle mais aussi une
rêverie partagée quil va formuler
de façon assez directive afin de focaliser lattention
de ses interlocuteurs. Le ton employé et surtout
le fait de faire partager son propre état émotionnel
transforme la nature du lien initial thérapeute-patient.
Le thérapeute, en induisant cette transe partagée,
crée lalliance dont il a besoin. Le choix
de la thématique est déterminant : plus
il a touché juste, plus linduction facilite
lalliance. Mais aussi, plus il entre en transe
et cherche à partager avec la famille ce quil
lui propose de vivre, plus la famille entre dans cette
expérience dans laquelle il lentraîne.
Cest un temps dabord inaugural puis, comme
on le verra, de relance du processus à partir
de ce que la famille lui fait vivre. Cela va fortement
contribuer à nouer et renouer le lien à
laide duquel un réel travail thérapeutique
pourra se dérouler.
Une vignette clinique illustrera cette procédure.
Il sagit dune situation assez dramatique
: après le suicide du fils aîné,
une famille se présente à deux reprises
avec toujours un des autres enfants absent, ce qui rend
problématique le démarrage de la thérapie.
Lorsquenfin tout le monde est là, je leur
demande de rester debout pendant au moins une minute
pour penser tous ensemble à celui qui ne sera
plus jamais là
Jévoque le
besoin que jai de partager avec cette famille
ce moment puisque je ne connaîtrai jamais leur
fils aîné
Quelques mois plus tard, de nouveau, je me retrouve
dans une impasse : leffet dynamique des premières
séances sest estompé. Les enfants
vont mieux et les parents seuls continuent à
venir me voir mais, réduit au silence, écrasé
par le climat dépressif dans lequel ils menferment,
je me sens neutralisé car jai perdu ma
liberté de pensée et daction. Jutilise
alors mes propres rêveries pour de nouveau les
éveiller : il sagit dévoquer
devant eux un fantasme très précis qui
condense à la fois ce que nous vivons ensemble
et ce quils ont vécu de plus traumatique
: je suis sur un lit dhôpital (ils sont
tous les deux médecins hospitaliers), très
mal en point, avec à mon chevet, eux deux qui
me veillent
A la séance suivante, jutilise
le récit de cette rêverie pour, de nouveau,
comme avec la minute de silence, renouer un lien dynamique
avec eux. Leffet est immédiat : leur inquiétude
à mon égard a transformé notre
relation et la thérapie soriente dans une
direction nouvelle
.
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