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Approche
biocognitive de lalliance thérapeutique
Jean-Pierre
COURTIAL,
Professeur émérite Université de
Nantes
Nous proposons lhypothèse
que, de façon générale, ce qui
savère efficace dans lalliance thérapeutique,
cest lattribution culturellement partagée
entre le patient, le thérapeute et la société,
de lorigine légitime de la souffrance ou
du dysfonctionnement psychique. On peut imaginer, dans
le cadre traditionnel, quun sacrifice majeur est
nécessaire. On peut concevoir ainsi quun
transfert fort, peut-être même avec un thérapeute
de renom, selon une logique de désir mimétique,
est en mesure de libérer le sujet de déterminismes
invalidants. On pourra prendre conscience dobstacles
à la sexualité infantile, vérité
moderne ou bien nouveaux boucs émissaires justifiant
la plainte et la mise en cause des parents ?
M. Martinez, à la suite des travaux de F. Varela,
a proposé un modèle dit biocognitif de
la conscience de soi incluant les niveaux biologiques,
cognitifs et culturels. Selon ce modèle, proche
de la notion de transduction de Rossi, la conscience
est la conséquence de ce qui circule au sein
dun réseau dévénements
associés. Apprendre à marcher résulte
de la construction dun cycle biocognitif où
un pied se porte en avant suivi du déplacement
de lautre pied pour rétablir léquilibre.
La conscience que lenfant en a résulte
de ce cycle et de linsertion de ce cycle dans
des formes culturelles exprimées par des comportements
de marcheur et des énoncés comme «
lenfant sait marcher » qui présentent
une structure réflexive pour lenfant :
« je sais que je sais marcher » etc. Nous
avons montré, en observant ce modèle dans
le contexte du processus inventif, puis en analysant
le rôle de la culture pour la santé, en
analysant léducation thérapeutique,
puis une thérapie nommée ACCES et, enfin
des forums de malades, que ce réseau biocognitif
présentait une structure associative fractale
conduisant à une logique analogique des interprétations
avec bifurcations possibles, effet papillon. Un enfant
laissé seul à lhôpital dans
les années 1950 pourra, sur la base dune
attention sélective arbitraire à certains
détails, avoir conscience de la méchanceté
de ses parents ou de la sienne propre. Mais toute interprétation
tentée tend à la confirmation. La conscience
biocognitive aboutit ainsi à des cycles de reproduction
dune invariance provisoire de soi selon la logique
du couplage. Elle est sous-tendue par une logique de
la vie, du type de lélan vital de Bergson,
à savoir une capacité de création,
cest-à-dire dinvention dassociations
nouvelles pour créer des interprétations
nouvelles, source dénergie nouvelle au
sein de cette conscience.
La conscience fait ainsi partie dun réseau
sociocognitif global lié à la culture.
Quest-ce qui, au sein de cette culture, peut justifier
du point de vue du sujet une « bifurcation »
majeure ?
Quels sont les acteurs réseaux susceptibles de
« tenir » lensemble ? Ce pourra être,
du côté des chimiothérapies, un
médicament puissant, intrusif, plutôt douloureux,
et du côté des psychothérapies,
une catharsis mise en scène, sachant que, du
point de vue biocognitif, chimiothérapie et psychothérapie
sont les deux faces dun même processus énergétique.
Avec quel cycle sociocognitif le patient est-il prêt
à faire alliance ? Avec celui qui mettra en scène
de façon spectaculaire un fluide magnétique
objectif ou bien prouvera à la face du monde
lexistence bien réelle dun traumatisme
scandaleux ou avec celui qui reviendra à sattribuer
à soi-même lorigine de la souffrance
en liaison toutefois avec la conviction dun pouvoir
nouveau sur celle-ci ?
Nous proposons lhypothèse que lalliance
efficace est celle qui sinscrit dans un contexte
tel quil mette en jeu des cycles justifiant les
bifurcations vitales. Dans le cas de lhypnose,
cest la mise en cause du patient par lui-même
et la conviction nouvelle de lefficacité
de ressources propres qui serait principalement opérante.
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