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Lorsque
soublie la relation au patient
Antoine Bioy,
Docteur en Psychologie
Limportance de la relation dans
la pratique de ce qui allait devenir lhypnose
a été identifiée dès le
18ème siècle. Depuis, cette relation ne
cesse dinterroger, car ce qui la distingue dautres
modalités de prises en charge thérapeutique
est loin dêtre une question totalement résolue.
Pourtant, si lapproche psychodynamique sest
beaucoup questionnée sur ce thème, dautres
approches ont souligné limportance du «
rapport hypnotique » sans véritablement
pousser très avant une réflexion à
ce propos. Ainsi, lhypnose ericksonienne sest
inspirée de lapproche humaniste de Carl
Rogers pour donner toute sa place à la dimension
de la relation avec le patient, puis, plus récemment,
a emprunté à dautres courants la
notion « dalliance thérapeutique
». Mais les études manquent sur les singularités
de cette alliance en pratique hypnotique, au-delà
des emprunts.
De cette frilosité à avancer sur cette
question de la relation nous semble découler
un élément iatrogène : celui de
sur-considérer la portée dautres
aspects, tel celui de la transe hypnotique, parfois
perçue comme possiblement porteuse dun
potentiel thérapeutique en dehors de tout autre
aspect. Par exemple, on propose parfois au patient de
pratiquer lauto-hypnose, comme si cette dernière
avait une efficacité uniquement « pour
ce quelle est ». On oublie alors quavant
tout, cette pratique a pris corps dans une relation,
celle qui a été vécue avec le praticien.
Le patient est dailleurs bien souvent le premier
à « sen rendre compte », en
soulignant quil lui a manqué la voix du
praticien, ou simplement que ce nétait
« pas pareil ». Cest aussi parfois
une surestimation du pouvoir des métaphores hypnotiques,
dont certains manuels proposent « clefs en main
» un script adapté non plus au patient
et aux aspects relationnels, mais aux symptômes
présentés.
Cest ainsi toute une autre représentation
particulière de lhypnose qui sélabore
lorsque le praticien met de côté les aspects
relationnels de sa pratique, représentation où
la transe hypnotique et les suggestions, via notamment
les métaphores, seraient porteuses dune
efficacité pour ce quelles sont. Une représentation
où la conception du suivi thérapeutique
comme étant une construction entre deux identités
est réfutée, intentionnellement ou non.
Cette communication reviendra sur ces aspects iatrogènes
et la façon dont se pense et se pratique lhypnose
lorsque la dimension relationnelle nest pas lobjet
dune réflexion de la part du praticien.
Antoine BIOY
Docteur en Psychologie,
Maître de conférences, Université
de Bourgogne,
Unité de prise en charge des douleurs et des
soins palliatifs
de lenfant et de ladulte,
Hôpital Bicêtre
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